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Asthme : hommes et femmes, même maladie ?

Allergologie et Immunologie

Par Ana Espino | Publié le 5 mai 2026 | 4 min de lecture  



L’asthme est une maladie inflammatoire chronique des voies aériennes caractérisée par une hyperréactivité bronchique, une production excessive de mucus et une inflammation variable. Il ne s’agit pas d’une pathologie unique, mais d’un ensemble de phénotypes reposant sur des mécanismes immunologiques différents.

Une particularité majeure de l’asthme est l’existence de différences marquées entre les sexes, qui évoluent au cours de la vie. L’asthme est plus fréquent chez les garçons durant l’enfance, puis devient plus prévalent et souvent plus sévère chez les femmes à l’âge adulte. Ces variations suggèrent un rôle clé des hormones sexuelles, mais aussi des facteurs génétiques et immunologiques.

Cependant, les mécanismes précis à l’origine de ces différences restent encore incomplètement compris. Les données sont hétérogènes, notamment selon les périodes de vie (enfance, grossesse, ménopause), et les interactions entre hormones, système immunitaire et environnement sont complexes.

Dans ce contexte, cet article, publié récemment dans Immunological Reviews, vise à mieux comprendre comment les hormones sexuelles et les différences chromosomiques influencent la physiopathologie de l’asthme, afin d’ouvrir la voie à des stratégies thérapeutiques plus personnalisées.


Pourquoi l’asthme diffère-t-il selon le sexe ?


L’asthme repose sur des mécanismes inflammatoires multiples. L’inflammation de type 2 (Th2) entraîne une infiltration d’éosinophiles, une production de mucus et une hyperréactivité bronchique, tandis que des formes non de type 2 impliquent des neutrophiles et des réponses Th1/Th17.

Les différences entre hommes et femmes apparaissent dès l’enfance. Les garçons présentent une incidence plus élevée, liée notamment à des facteurs anatomiques (voies aériennes plus petites) et à une réponse immunitaire plus marquée. À l’inverse, chez l’adulte, les femmes présentent davantage d’exacerbations et une morbidité plus importante.

Ces variations s’expliquent en grande partie par l’effet des hormones sexuelles :

  • Les androgènes ont un effet protecteur en réduisant l’inflammation des voies aériennes et en améliorant la fonction pulmonaire
  • Les œstrogènes, via le récepteur ER-α, favorisent certaines réponses inflammatoires, notamment en augmentant la production d’IL-33 et l’activation des voies Th2 et Th17

Les fluctuations hormonales jouent également un rôle clé. Chez les femmes, les symptômes peuvent varier au cours du cycle menstruel, s’aggraver pendant la grossesse ou être modifiés après la ménopause.

D’autres facteurs interviennent, comme l’obésité, qui accentue l’inflammation, en particulier chez les femmes, ou encore les infections virales, dont l’impact diffère selon le sexe. Enfin, des différences d’expression génétique liées au chromosome X contribuent également à moduler la réponse immunitaire.


Vers une approche différenciée ? 


L’asthme est une maladie complexe dont l’expression varie selon le sexe et les périodes de vie. Cette revue met en évidence le rôle central des hormones sexuelles dans la modulation de l’inflammation bronchique et dans la sévérité de la maladie.

Les androgènes apparaissent globalement protecteurs, tandis que les œstrogènes peuvent amplifier certaines réponses inflammatoires, ce qui pourrait expliquer la plus grande sévérité observée chez les femmes adultes.

Au-delà de ces observations, ces travaux soulignent l’importance de mieux prendre en compte les différences entre hommes et femmes dans la compréhension et la prise en charge de l’asthme.

« Comprendre les différences liées au sexe dans l’asthme est essentiel pour adapter les traitements et améliorer la prise en charge des patients », suggèrent les auteurs.

Reste désormais à approfondir le rôle des chromosomes sexuels, à mieux caractériser les effets hormonaux selon les différentes étapes de la vie et à intégrer ces données dans des stratégies thérapeutiques personnalisées, à l’interface entre immunologie, endocrinologie et médecine de précision.

À lire également : Intérêt des interventions psychologiques sur le contrôle de l’asthme.



À propos de l'auteure
 – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.



Source(s) :
McKernan KE, et al. Sex Differences in Asthma Pathogenesis. Immunol Rev. 2026 Jan;337(1):e70100. doi: 10.1111/imr.70100. PMID: 41508394; PMCID: PMC12783869. ;

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