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Au-delà de l’IMC : les risques méconnus de l’obésité à poids normal chez les femmes

Endocrinologie et métabolisme Gynécologie et Obstétrique

L’indice de masse corporelle (IMC) est largement utilisé pour évaluer l’obésité, mais il ne permet pas de distinguer la masse grasse de la masse musculaire ni de tenir compte de la répartition des graisses. Ainsi, les personnes présentant un IMC normal peuvent néanmoins avoir un excès de masse grasse et un risque accru de troubles métaboliques et musculosquelettiques.
Dans une revue narrative publiée en mai 2026 dans la revue Women's Health, Frost et ses collaborateurs ont examiné les conséquences de l’obésité à poids normal (OPN) tout au long de la vie des femmes, en s’intéressant particulièrement aux modifications hormonales, à la santé métabolique, aux muscles squelettiques et à la santé osseuse.
L’OPN est généralement définie par un IMC compris entre 18,5 et 24,9 kg/m², associé à un pourcentage de masse grasse supérieur à 30 % chez les femmes, bien que les seuils varient selon les études. Les femmes présentent un risque de développer une OPN deux à six fois plus élevé que les hommes, ce qui souligne l’importance de reconnaître cette affection souvent sous-diagnostiquée.
Les auteurs ont réalisé une revue narrative non systématique de la littérature scientifique. Cette revue a examiné les modifications liées à l’adiposité, de l’adolescence à la postménopause, en tenant compte de la régulation hormonale, du risque cardiométabolique, de la fonction musculaire, de la santé osseuse et des différences ethniques.

Modifications hormonales et santé cardiométabolique

Le tissu adipeux agit comme un organe endocrinien, produisant des hormones et des médiateurs inflammatoires qui influencent le métabolisme du glucose, la sensibilité à l’insuline et la santé reproductive.
Pendant la période reproductive, un excès de masse grasse peut contribuer à l’insulinorésistance, à la dyslipidémie et aux irrégularités menstruelles. Une altération de la signalisation de la leptine et de l’adiponectine peut perturber les voies de régulation hormonale de la reproduction, affectant potentiellement l’ovulation et la fertilité. Toutefois, les données établissant un lien spécifique entre l’OPN et les troubles de la reproduction restent limitées.
La périménopause s’accompagne de difficultés supplémentaires. La diminution des concentrations d’œstrogènes favorise une redistribution des graisses vers la région abdominale, notamment au niveau du tissu adipeux viscéral, augmentant ainsi le risque cardiométabolique, même en l’absence de prise de poids.
Après la ménopause, la réduction de la production d’œstrogènes accentue les perturbations métaboliques. Une étude transversale menée auprès de 634 femmes ménopausées présentant un IMC normal a montré que celles atteintes d’OPN avaient un risque environ deux fois plus élevé de présenter au moins deux facteurs de risque du syndrome métabolique, comparativement aux femmes appartenant au tertile inférieur de masse grasse.

Différences ethniques dans la prévalence de l’OPN

La composition corporelle et le risque métabolique varient selon les groupes ethniques. La revue a mis en évidence une prévalence particulièrement élevée de l’OPN chez les femmes originaires d’Asie du Sud, avec des taux rapportés de 30 à 40 %.
Les populations asiatiques présentent fréquemment des pourcentages de masse grasse plus élevés et une adiposité viscérale plus importante, malgré des valeurs d’IMC relativement faibles.
Ces résultats soulignent l’importance d’une évaluation individualisée plutôt que de s’appuyer exclusivement sur des seuils universels d’IMC.

Les conséquences de l’accumulation de graisse dissimulée

Les femmes présentant une OPN ont souvent une masse musculaire squelettique réduite et une qualité musculaire altérée par rapport aux femmes ayant un IMC similaire, mais présentant un profil métabolique plus favorable.
Une conséquence particulièrement préoccupante est la myostéatose, caractérisée par une accumulation de graisse à l’intérieur et autour des muscles squelettiques. Ce phénomène contribue à l’inflammation, à une altération de la signalisation de l’insuline et à une diminution de la force musculaire.
La myostéatose devient particulièrement préoccupante avec l’avancée en âge, car elle peut accélérer la sarcopénie, limiter la mobilité et augmenter le risque de chutes.
Les perturbations de la signalisation de l’adiponectine et de la leptine peuvent également altérer le métabolisme musculaire. Néanmoins, les données suggèrent que l’activité physique, notamment les exercices de renforcement musculaire, peut améliorer la qualité musculaire et réduire l’infiltration graisseuse délétère.

Une fragilité osseuse accrue malgré un IMC normal

L’excès de masse grasse affecte également l’intégrité du squelette par l’intermédiaire de mécanismes inflammatoires et de modifications du remodelage osseux.
Les médiateurs inflammatoires, notamment le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α) et l’interleukine-6 (IL-6), peuvent augmenter la résorption osseuse et altérer la microarchitecture osseuse.
Bien qu’un poids corporel plus élevé puisse parfois favoriser la densité osseuse grâce aux contraintes mécaniques exercées sur le squelette, les femmes présentant une OPN ne disposent souvent pas d’une masse musculaire suffisante pour bénéficier de cet effet protecteur.
Les données suggèrent qu’une augmentation de la graisse viscérale est associée à une altération de la qualité osseuse, à une diminution de la densité minérale osseuse et à une plus grande susceptibilité aux fractures.
Ces effets deviennent particulièrement préoccupants après la ménopause, lorsque la diminution des concentrations d’œstrogènes accélère la perte osseuse. Les femmes présentant une OPN, âgées de 50 à 69 ans, avaient une probabilité plus élevée de présenter une densité minérale osseuse réduite que les femmes de poids normal ayant un pourcentage de masse grasse plus faible.

Aller au-delà de l’IMC

Les auteurs recommandent d’intégrer, lorsque cela est approprié, des évaluations de la composition corporelle, telles que l’absorptiométrie biphotonique à rayons X (DXA) ou l’analyse par impédancemétrie bioélectrique, dans l’évaluation clinique, particulièrement pendant la transition ménopausique.
Les stratégies préventives devraient privilégier les exercices de renforcement musculaire, un apport protéique adéquat et la préservation de la masse musculaire squelettique. Une évaluation cardiométabolique, comprenant notamment la mesure de la glycémie et du bilan lipidique, pourrait contribuer à identifier des risques jusqu’alors méconnus.
Cependant, l’hétérogénéité des seuils diagnostiques, la prédominance des études transversales et le nombre limité de recherches longitudinales ne permettent pas de tirer des conclusions définitives concernant les relations de causalité.

Reconnaître un risque encore sous-estimé

L’obésité à poids normal représente une menace importante et souvent non détectée pour la santé métabolique, hormonale et musculosquelettique des femmes.
Un IMC normal ne signifie pas nécessairement une composition corporelle saine. L’identification d’un excès de masse grasse, d’une diminution de la masse musculaire et de modifications de la répartition des graisses pourrait permettre une intervention plus précoce, notamment pendant la ménopause, et contribuer à un vieillissement en meilleure santé.

Source(s) :
Women's Health ;

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