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Le rôle émergent de l’activité physique dans le cancer du sein triple négatif

Oncologie

La pratique d’une activité physique structurée pourrait améliorer la qualité de vie et la tolérance aux traitements chez les patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif, tandis que des recherches récentes suggèrent de potentiels effets antitumoraux.

Pourquoi s’intéresser à l’activité physique dans le cancer du sein triple négatif ?

Le cancer du sein triple négatif (CSTN) représente environ 15 à 20 % des cancers du sein et se caractérise par l’absence d’expression des récepteurs aux œstrogènes, à la progestérone et de HER2. Son agressivité, son risque accru de récidive et les options thérapeutiques ciblées limitées constituent des défis cliniques majeurs.
Au-delà du contrôle de la progression de la maladie, la prise en charge de la fatigue liée aux traitements, de la perte musculaire, des neuropathies et de la détresse psychologique est essentielle pour préserver la qualité de vie des patientes.
Une revue exploratoire menée par Lee et ses collaborateurs, publiée dans Breast Cancer Research en septembre 2026, a examiné si l’activité physique pouvait apporter des bénéfices au-delà des soins de support conventionnels, notamment en influençant certaines voies biologiques impliquées dans la progression du CSTN.

Une synthèse des données cliniques et expérimentales

Les auteurs ont réalisé une revue systématique des études publiées entre janvier 2010 et septembre 2025. Parmi les 566 références identifiées, 25 études répondaient aux critères d’inclusion. Celles-ci comprenaient des essais contrôlés randomisés, des études observationnelles, des expériences en laboratoire et des études animales.
La revue a évalué les effets de l’activité physique sur la qualité de vie, les capacités fonctionnelles, la tolérance aux traitements, les réponses immunitaires et la biologie tumorale. En raison de l’hétérogénéité importante des études, aucune analyse statistique combinée n’a été réalisée.

Des résultats encourageants sur la qualité de vie et la poursuite des traitements

Une amélioration de la qualité de vie chez les survivantes d’un CSTN

Un essai pilote randomisé mené auprès de 23 survivantes d’un CSTN a évalué un programme d’exercice aérobique de 12 semaines, comprenant 150 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine.
Les participantes du groupe interventionnel ont présenté une amélioration de 14 points du score de qualité de vie spécifique au cancer du sein, contre une diminution de 6,1 points dans le groupe témoin (p = 0,05). L’activité physique était également associée à une réduction de la masse grasse et du temps passé en position sédentaire.

Une meilleure tolérance à la chimiothérapie

L’essai randomisé BENEFIT a évalué les effets d’exercices aérobiques ou de renforcement musculaire supervisés, pratiqués deux fois par semaine pendant une chimiothérapie néoadjuvante (20,2 ± 4,0 semaines), chez 180 femmes atteintes d’un cancer du sein, dont 60 patientes présentant un CSTN.
Les deux modalités d’exercice étaient associées à une réduction significative des interruptions prématurées de la chimiothérapie par rapport au groupe témoin inscrit sur liste d’attente (odds ratio [OR] = 2,34 ; intervalle de confiance à 95 % [IC à 95 %] : 1,10–5,06).
L’entraînement aérobique augmentait également la probabilité de maintenir l’intensité de dose de la chimiothérapie dans le sous-groupe de patientes présentant des tumeurs à récepteurs hormonaux négatifs (OR = 3,71 ; IC à 95 % : 1,20–11,50).
Cependant, l’activité physique n’a pas entraîné d’amélioration significative du critère d’évaluation principal, à savoir la réduction de la taille tumorale, dans l’ensemble de la population étudiée. Aucun événement indésirable grave lié à l’exercice n’a été rapporté.

Une association possible avec une amélioration de la survie

Une étude observationnelle menée auprès de 518 femmes atteintes d’un CSTN a montré que la pratique d’une activité physique après le diagnostic était associée à une réduction de la mortalité toutes causes confondues (hazard ratio [HR] = 0,67 ; IC à 95 % : 0,46–0,96), ainsi qu’à un risque plus faible de récidive ou de décès spécifique à la maladie (HR = 0,58 ; IC à 95 % : 0,39–0,86).
Ces résultats sont encourageants, mais ne permettent pas d’établir un lien de causalité, car les patientes physiquement actives peuvent différer des patientes moins actives par d’autres caractéristiques importantes.

Comment l’activité physique pourrait-elle influencer la biologie tumorale ?

La revue a identifié plusieurs mécanismes potentiels par lesquels l’activité physique pourrait agir sur le CSTN.
Tout d’abord, les muscles en contraction libèrent des protéines de signalisation appelées myokines, susceptibles d’activer les cellules tueuses naturelles (natural killer, NK) et d’autres cellules immunitaires capables de reconnaître et de détruire les cellules malignes.
Ensuite, l’activité physique pourrait activer la protéine kinase activée par l’AMP (AMPK), qui régule le métabolisme énergétique cellulaire et pourrait inhiber la voie de signalisation PI3K/Akt/mTOR, impliquée dans la croissance tumorale et la résistance aux traitements.
L’exercice pourrait également atténuer la signalisation inflammatoire via le facteur nucléaire kappa B (NF-κB) et influencer l’expression des gènes grâce à des modifications épigénétiques.
Des études en laboratoire ont montré que le sérum sanguin prélevé après une séance d’exercice réduisait de 19 à 29 % la prolifération des cellules de CSTN. Toutefois, ces résultats n'ont pas encore permis de démontrer des effets antitumoraux équivalents chez les patientes.

Implications cliniques : vers des programmes d’activité physique personnalisés

Les auteurs recommandent d’intégrer aux soins de support une activité physique individualisée, avec un encadrement adapté.
Les activités aérobiques, telles que la marche ou le vélo, associées à un renforcement musculaire progressif, pourraient contribuer à préserver les capacités fonctionnelles et à réduire la fatigue pendant la chimiothérapie.
Les programmes doivent tenir compte de la phase de traitement, de la condition physique initiale, des neuropathies, de l’anémie, des complications cardiovasculaires et des préférences des patientes. Des séances plus courtes et de moindre intensité peuvent être plus adaptées pendant les périodes de toxicité importante des traitements.
Une collaboration multidisciplinaire entre les équipes d’oncologie, de kinésithérapie et les professionnels spécialisés en activité physique est essentielle pour garantir une mise en œuvre sécurisée.

Une approche prometteuse en soins de support, mais des preuves supplémentaires sont nécessaires

L’activité physique représente une stratégie potentiellement bénéfique et accessible pour améliorer la qualité de vie et favoriser la poursuite de la chimiothérapie chez les patientes atteintes d’un CSTN.
Néanmoins, les données cliniques spécifiques au CSTN restent limitées, en particulier concernant les formes métastatiques et la survie à long terme. La plupart des mécanismes antitumoraux proposés reposent principalement sur des recherches en laboratoire et des études animales.
Des essais randomisés de plus grande envergure, intégrant des biomarqueurs immunitaires ainsi que des critères d’évaluation liés aux traitements et à la survie, sont nécessaires pour déterminer si l’activité physique peut directement modifier la progression du CSTN.

Source(s) :
Breast Cancer Research ;

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