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Au-delà du capteur : l’impact potentiel des alertes de mesures du glucose en continu sur le contrôle glycémique

medecine generale Endocrinologie et métabolisme

Pourquoi les paramètres d’alerte de la CGM sont importants La mesure continue du glucose (CGM) constitue désormais un standard de prise en charge chez les personnes atteintes de diabète de type 1 (DT1) et chez de nombreux patients atteints de diabète de type 2 (DT2) traités par insuline, compte tenu des données démontrant son efficacité pour améliorer la gestion glycémique. Les systèmes de CGM en temps réel proposent plusieurs alertes personnalisables, notamment en cas de glycémie élevée, de glycémie basse, de glycémie très basse imminente ou de variation rapide du glucose. Cependant, les données permettant de guider les cliniciens dans le paramétrage optimal de ces alertes restent limitées. Cette question est particulièrement pertinente en soins primaires, où la prescription de CGM augmente, alors que la maîtrise des réglages spécifiques aux différents dispositifs peut être variable. Dans cette lettre de recherche publiée en 2026 dans JAMA Network Open, Zheng et ses collègues ont évalué si l’utilisation des alertes de CGM et leurs seuils étaient associés à des paramètres glycémiques cliniquement pertinents. Leurs résultats suggèrent que le réglage des alertes ne relève pas uniquement d’une préférence d’utilisation : différentes configurations peuvent être associées à des effets distincts, et parfois opposés, sur l’hyperglycémie et l’hypoglycémie. Une large cohorte pour décrypter l’impact des paramètres d’alerte Cette étude de cohorte rétrospective a analysé des rapports de CGM Dexcom G6 recueillis dans un vaste système de santé américain entre septembre 2020 et avril 2022. Au total, 2 387 participants ont contribué à 12 877 rapports de CGM, avec une médiane de trois rapports par participant. L’âge moyen était de 42,7 ans et 51,4 % des participants étaient des femmes. Des modèles d’équations d’estimation généralisées ont été utilisés afin de tenir compte des mesures répétées chez un même patient, avec des analyses ajustées sur l’âge, le sexe et le type de diabète. Une correction du taux de fausses découvertes (FDR) a été appliquée afin de tenir compte des comparaisons multiples. Les investigateurs ont évalué les associations entre l’activation des différentes alertes, les seuils sélectionnés et les principaux paramètres de CGM, notamment la glycémie moyenne, l’indicateur de gestion du glucose (GMI), la variabilité glycémique, le temps dans la cible (TIR), le temps au-dessus de la cible (TAR) et le temps sous la cible (TBR). Alertes d’hyperglycémie : le signal le plus net d’un meilleur contrôle L’activation de l’alerte d’hyperglycémie était associée à plusieurs paramètres glycémiques favorables. Par rapport à l’absence d’alerte, elle était associée à une glycémie moyenne plus faible (172,70 vs 182,43 mg/dL ; β = −9,72 mg/dL ; IC à 95 % : −12,53 à −6,91 ; P corrigé pour le FDR = 0,005), à un GMI plus faible (7,40 % vs 7,64 % ; β = −0,24 point de pourcentage ; IC à 95 % : −0,31 à −0,17 ; P corrigé pour le FDR = 0,005), ainsi qu’à une variabilité glycémique réduite (β = −3,69 ; IC à 95 % : −4,76 à −2,62 ; P corrigé pour le FDR = 0,005). Elle était également associée à une diminution du temps passé entre 180 et 250 mg/dL (hyperglycémie modérée), et au-dessus de 250 mg/dL (hyperglycémie sévère). Dans l’analyse globale, le TIR était d’environ 58,1 % lorsque l’alerte d’hyperglycémie était activée, contre 53,3 % lorsqu’elle était désactivée (β = 4,84 points de pourcentage ; IC à 95 % : 3,40 à 6,28 ; P corrigé pour le FDR = 0,005). Le choix du seuil d’alerte semblait également important. Des seuils d’alerte d’hyperglycémie plus bas, donc plus stricts, étaient systématiquement associés à une glycémie moyenne, un GMI, une variabilité glycémique et un TAR plus faibles, ainsi qu’à un TIR plus élevé. L’association suivait un gradient : chaque augmentation de 1 mg/dL du seuil d’alerte d’hyperglycémie était associée à une diminution estimée de 0,10 point de pourcentage du TIR, ce qui souligne l’importance potentielle du niveau auquel l’alerte est réglée, au-delà du simple fait qu’elle soit activée ou non. Il existait toutefois une contrepartie. Les alertes d’hyperglycémie étaient également associées à un TBR plus élevé entre 54 et 70 mg/dL (hypoglycémie de niveau 1), en particulier chez les personnes atteintes de DT1. Cela suggère qu’une réponse trop agressive aux épisodes d’hyperglycémie pourrait favoriser un surtraitement et augmenter l’exposition à des hypoglycémies légères. Les alertes d’hypoglycémie peuvent réduire les épisodes bas, mais au prix d’un possible effet rebond Les alertes d’hypoglycémie étaient activées dans la grande majorité des rapports de CGM et étaient associées à un TBR plus faible entre 54 et 70 mg/dL (hypoglycémie de niveau 1) (β = −0,44 point de pourcentage ; IC à 95 % : −0,71 à −0,16 ; P corrigé pour le FDR = 0,008), ainsi qu’à un TBR plus faible <54 mg/dL (hypoglycémie de niveau 2) (β = −0,30 point de pourcentage ; IC à 95 % : −0,51 à −0,08 ; P corrigé pour le FDR = 0,03). Ces résultats sont cohérents avec l’objectif de ces alertes : permettre une intervention précoce avant que l’hypoglycémie ne s’aggrave. Cependant, les alertes de glycémie basse et de glycémie très basse étaient également associées à une augmentation du temps passé entre 180 et 250 mg/dL (β = +2,00 points de pourcentage ; IC à 95 % : 0,94 à 3,06 ; P corrigé pour le FDR = 0,005). Les auteurs suggèrent que cela pourrait s’expliquer par une correction excessive d’une hypoglycémie imminente ou installée, entraînant une hyperglycémie rebond, ou par une tendance chez certains patients préoccupés par l’hypoglycémie à maintenir volontairement des glycémies plus élevées. Ces explications restent toutefois hypothétiques, car les comportements des patients n’ont pas été directement évalués. Les analyses des seuils montrent également un équilibre entre bénéfices et risques : des seuils d’alerte d’hypoglycémie plus bas étaient associés à une meilleure glycémie moyenne, un GMI plus faible, un TIR plus élevé et de meilleurs paramètres d’hyperglycémie, mais aussi à davantage de temps passé entre 54 et 70 mg/dL. En pratique : personnaliser les alertes plutôt que conserver les réglages par défaut Ces résultats plaident en faveur d’une individualisation des réglages des alertes de CGM plutôt qu’un recours systématique aux paramètres par défaut. Pour les cliniciens, l’analyse conjointe des réglages d’alerte et des paramètres standards de CGM peut aider à mieux comprendre certains profils, tels que des hypoglycémies légères récurrentes, une hyperglycémie rebond ou une glycémie durablement élevée malgré l’utilisation d’une CGM. Globalement, l’étude suggère que les alertes de CGM doivent être considérées comme une composante active de la prise en charge du diabète. Les alertes d’hyperglycémie, en particulier lorsqu’elles sont réglées à des seuils plus bas, étaient les plus régulièrement associées à des profils glycémiques favorables. À l’inverse, les alertes d’hypoglycémie semblaient réduire l’exposition aux glycémies basses, au prix possible d’une augmentation modeste de l’hyperglycémie. Pour les professionnels de santé, le message principal est que les paramètres d’alerte méritent une réévaluation individualisée, en tenant compte des objectifs glycémiques, du risque d’hypoglycémie, du comportement thérapeutique et de la charge liée aux alertes. Limitations Il est important de souligner que ces données mettent en évidence des associations et non des relations causales. Les patients qui activent les alertes et y répondent peuvent différer en termes d’éducation au diabète, d’implication dans l’autogestion, d’intensité du traitement ou de suivi par les professionnels de santé. L’étude ne disposait pas non plus d’informations détaillées sur les traitements, notamment l’utilisation de systèmes automatisés d’administration d’insuline, ce qui pourrait avoir influencé de manière importante les résultats glycémiques.

Source(s) :
Zheng Y, Johnson SB, Iturrate E, et al. Continuous Glucose Monitoring Alert Settings and Glycemic Control in People With Diabetes. JAMA Netw Open. 2026;9(9):e2635687. doi:10.1001/jamanetworkopen.2026.35687 ;

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