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De nouvelles perspectives dans les vaccins contre le cancer

Génétique médicale Infectiologie

La revue de science translationnelle du JAMA, intitulée « Vaccins contre le cancer » et publiée en septembre 2026, analyse l’évolution rapide du rôle des vaccins dans la prévention et le traitement des cancers. Après plusieurs décennies marquées par des résultats thérapeutiques limités, les progrès réalisés en immunologie tumorale, dans l’identification des antigènes, le séquençage génomique et les technologies d’administration vaccinale ont relancé l’intérêt pour la vaccination anticancéreuse. Plus de 2 000 protéines ou antigènes tumoraux immunogènes ont désormais été identifiés. Les stratégies actuelles vont de vaccins ciblant des antigènes partagés, potentiellement applicables à une large population de patients, jusqu’à des vaccins hautement individualisés dirigés contre des néoantigènes propres à chaque tumeur. Les vaccins anticancéreux reposent sur trois composants fondamentaux : un antigène, un adjuvant destiné à stimuler l’activation immunitaire et un vecteur ou système d’administration. Les vaccins thérapeutiques visent à induire une immunité adaptative en activant les lymphocytes T CD4+ et CD8+ spécifiques de l’antigène, ainsi que les lymphocytes B. Les cellules présentatrices d’antigènes, notamment les cellules dendritiques, captent les antigènes vaccinaux, migrent vers les ganglions lymphatiques et activent les lymphocytes, qui reconnaissent ensuite les cellules tumorales exprimant l’antigène et peuvent les détruire. Contrairement à la réponse immunitaire innée, rapide mais transitoire, l’immunité adaptative peut être hautement spécifique et durable. La vaccination préventive est déjà bien établie pour certaines tumeurs associées à des infections. La vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) réduit le risque de cancers liés au HPV, tandis que la vaccination contre l’hépatite B diminue le risque de carcinome hépatocellulaire. Toutefois, seuls environ 13 % des cancers ont une étiologie infectieuse. La majorité des vaccins anticancéreux en développement ciblent donc des antigènes cellulaires dérivés de la tumeur plutôt que des agents pathogènes. Plusieurs approches immunologiques sont déjà autorisées dans le traitement de cancers établis. Le sipuleucel-T, vaccin cellulaire autologue ciblant la phosphatase acide prostatique, a amélioré la survie globale chez des patients atteints d’un cancer de la prostate métastatique résistant après castration : la survie à 36 mois était de 32 % contre 23 % avec le placebo (HR 0,78 ; IC à 95 % 0,61-0,98 ; p = 0,03), bien qu’il n’ait pas eu d’amélioration significative du temps jusqu’à progression (TTP). Le talimogene laherparepvec (T-VEC), virus herpétique oncolytique administré par voie intratumorale et codant le granulocyte-macrophage colony-stimulating factor (GM-CSF), a obtenu un taux de réponse durable de 16,3 % contre 2,1 % avec le GM-CSF dans le mélanome non résécable (16,3 % [IC à 95 % 12,1 %-20,5 %] contre 2,1 % [IC à 95 % 0 %-4,5 %] ; odds ratio 8,9 ; p < 0,001) et a apporté des éléments de preuve en faveur d’une activation systémique des lymphocytes T. Le BCG intravésical (Mycobacterium bovis atténué) reste un traitement immunologique majeur du cancer de la vessie non-infiltrant à haut risque, tandis que le nadofaragene firadenovec, vecteur adénoviral intravésical codant l’interféron alfa-2b, est autorisé dans les formes réfractaires au BCG. Une attention particulière est portée aux vaccins personnalisés dérivés de mutations tumorales, ou vaccins à néoantigènes. Les avancées du séquençage de nouvelle génération, de l’intelligence artificielle et des plateformes à acides nucléiques permettent désormais de concevoir des vaccins spécifiques à chaque patient à partir du profil mutationnel de sa tumeur. Dans le mélanome cutané à haut risque de stade IIIB-IV réséqué, l’association du vaccin personnalisé à ARNm mRNA-4157 (V940) au pembrolizumab a permis d’obtenir une survie sans récidive de 76,6 % contre 60 % avec le pembrolizumab seul à 23 mois (HR 0,56 ; IC à 95 % 0,31-1,02 ; p = 0,05) ; une évaluation en phase 3 est en cours. Dans le cancer du pancréas, un vaccin individualisé à ARN ciblant des néoantigènes a induit des réponses lymphocytaires T spécifiques de l’antigène chez 8 des 16 patients étudiés. Ces réponses immunitaires persistaient après un suivi médian de 3,2 ans, et les patients répondeurs présentaient une survie sans récidive plus favorable que les non-répondeurs dans cette petite étude. La revue souligne également le potentiel des vaccins de prévention du cancer chez les populations présentant un risque génétique élevé. Dans une étude de phase 1b/2 menée chez des patients atteints d’un syndrome de Lynch, le vaccin Nous-209, codant 209 néoantigènes partagés issus de mutations entraînant un décalage du cadre de lecture, a induit une immunité spécifique détectable chez tous les participants évaluables. Des lymphocytes T spécifiques restaient détectables chez 85 % des participants à un an, sans événement indésirable grave lié au vaccin. Des limitations importantes persistent néanmoins. Les vaccins entièrement personnalisés nécessitent un séquençage tumoral et une fabrication sur mesure pouvant prendre plusieurs semaines ; la progression de la maladie ou un nombre insuffisant de mutations peuvent empêcher l’administration du traitement. À l’inverse, les vaccins dirigés contre des antigènes non mutés sont plus simples à produire et potentiellement utilisables chez un plus grand nombre de patients, mais ils peuvent être moins immunogènes du fait de la similitude de leurs cibles avec des protéines normales. Les auteurs décrivent donc le développement vaccinal comme un continuum allant de stratégies universelles ciblant des antigènes partagés à des approches totalement personnalisées. Le choix de la stratégie dépend notamment du type tumoral, de la charge mutationnelle, du contexte clinique, du coût et de l’objectif recherché : traitement d’une tumeur établie, prévention de la rechute ou prévention primaire. Le profil de tolérance est globalement favorable. Les effets indésirables les plus fréquents sont transitoires et comprennent fatigue, fièvre, myalgies et réactions au site d’injection. Les toxicités sévères liées aux vaccins semblent rares : une revue de 239 essais de phase 1 portant sur des vaccins anticancéreux a rapporté environ 2 événements de grade 3-4 pour 1 000 administrations vaccinales. Les progrès futurs dépendront également du développement et de la validation de biomarqueurs, notamment les réponses lymphocytaires T spécifiques de l’antigène, la diversité du répertoire des lymphocytes T, l’élargissement épitopique et l’ADN tumoral circulant. Ces biomarqueurs pourraient permettre de mieux mesurer l’effet des vaccins anticancéreux, d’accélérer les essais cliniques et d’identifier les patients les plus susceptibles d’en bénéficier. Dans l’ensemble, les auteurs concluent que la vaccination anticancéreuse évolue progressivement d’un domaine essentiellement expérimental vers une intégration croissante avec les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, la chimiothérapie et d’autres traitements systémiques. Ses applications potentielles s’étendent désormais du traitement des cancers établis à la prévention des récidives et, à terme, à la prévention primaire de certains cancers.    

Source(s) :
Disis ML, Chun BMN, Dhillon KK, Liao JB, Hunter N, Cecil DL. Vaccines for Cancer: A Translational Science Review. JAMA. Published online September 21, 2026. doi:10.1001/jama.2026.15540 ;

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