Le cancer du sein
reste le cancer le plus fréquent chez les femmes à l’échelle mondiale. Malgré
des progrès thérapeutiques majeurs, notamment en situation précoce, le risque
de récidive demeure un enjeu central de la prise en charge. Celui-ci varie
selon les sous-types tumoraux, en particulier pour les formes agressives comme
les tumeurs « triple négatif » ou à récepteurs hormonaux négatifs (RH-),
souvent moins sensibles aux traitements conventionnels.
Dans ce contexte, les stratégies
néoadjuvantes (chimiothérapie, radiothérapie ou hormonothérapie administrées
avant la chirurgie) permettent de réduire la taille tumorale et d’évaluer la
réponse au traitement. Toutefois, même en cas de réponse apparente, certaines
patientes développent ultérieurement une rechute, révélant la persistance d’une
maladie résiduelle minimale difficile à détecter.
Évaluer le
potentiel pronostique de l’ADN tumoral circulant
Présentée lors du l’European Breast
Cancer Conference 15, une étude s’est donné pour objectif d’évaluer la capacité
de l’ADN tumoral circulant (ADNtc) à prédire le risque de récidive après un
traitement néoadjuvant.
L’ADNtc correspond à des fragments d’ADN
issus des cellules tumorales, détectables dans le plasma sanguin. Déjà
identifié comme biomarqueur pronostique dans plusieurs contextes oncologiques,
son utilité spécifique après traitement préopératoire restait toutefois peu
documentée, en raison du faible nombre de patientes incluses dans les études
antérieures.
Comme le souligne la professeure Elisa
Agostinetto, oncologue à l’Institut Jules Bordet, « nous savons déjà que l'ADN
tumoral circulant (ADNtc) a une valeur pronostique […] Cependant, jusqu'à
présent, les données concernant son utilité en néo-adjuvant étaient limitées ».
Une analyse
longitudinale en conditions réelles
Les chercheurs ont analysé des
échantillons de plasma provenant de 81 patientes atteintes d’un cancer du sein
précoce, incluses dans deux études prospectives menées en collaboration avec
l’Istituto Nazionale dei Tumori de Milan.
Les prélèvements d’ADNtc ont été réalisés
à trois moments clés : avant le début du traitement néoadjuvant, à l’issue de
celui-ci et avant la chirurgie, puis au cours du suivi, dont la durée médiane
atteignait environ sept ans.
La population étudiée, âgée de 27 à 75
ans (médiane 48 ans), présentait majoritairement des tumeurs de moins de 5 cm
avec atteinte ganglionnaire. Près de 60 % des patientes étaient atteintes d’un
cancer triple négatif.
Au cours du suivi, 21 patientes ont
présenté une récidive et quatre sont décédées des suites de celle-ci,
fournissant ainsi un nombre d’événements particulièrement élevé pour ce type
d’analyse.
Une signature
pronostique renforcée après traitement
Les résultats montrent que la présence
d’ADNtc est fortement associée au risque de rechute, en particulier lorsqu’elle
est détectée après le traitement néoadjuvant.
Si 57 % des patientes présentaient de
l’ADNtc au début de l’étude, ce taux chutait à 17 % après traitement. La
présence initiale d’ADNtc était associée à une tendance à la récidive, sans
atteindre la significativité statistique. En revanche, sa détection en
post-néoadjuvant multipliait par 3,5 le risque de rechute, indépendamment des
facteurs cliniques classiques.
Même chez les patientes présentant une
réponse pathologique complète, l’ADNtc conservait une valeur prédictive,
suggérant qu’il reflète finement la maladie résiduelle minimale.
« Les résultats […] ont montré que la
présence d’ADN tumoral circulant (ADNtc) était associée à un risque accru de
récidive du cancer du sein, en particulier lorsque l’ADNtc était détecté à la
fin du traitement préopératoire », précise Pr Elisa Agostinetto. « Ces
résultats suggèrent que l’ADNtc pourrait être utile pour identifier les
patientes présentant un risque plus élevé […] et pour orienter un traitement
complémentaire si nécessaire », ajoute-t-elle.
Vers une médecine
plus personnalisée
Cette étude, fondée sur une cohorte
suivie à long terme et incluant un nombre important d’événements, renforce la
place de l’ADNtc comme biomarqueur dynamique du risque de récidive. Elle
suggère qu’une simple prise de sang, réalisée après traitement néoadjuvant,
pourrait guider les décisions thérapeutiques post-opératoires.
Toutefois, son intégration en pratique
clinique reste conditionnée à des validations prospectives. « À l'heure
actuelle, il n'est pas utilisé en pratique clinique courante […] », rappelle Pr
Elisa Agostinetto, qui appelle à des essais où les décisions thérapeutiques
seraient directement guidées par ce biomarqueur.
Pour Javier Cortés, expert indépendant, «
l'analyse […] vient étayer les preuves […] que l'ADN tumoral circulant (ADNtc)
[…] peut nous aider à choisir le traitement le plus approprié pour chaque
patiente ».
Reste désormais à démontrer que
l’intervention précoce chez les patientes positives à l’ADNtc peut
effectivement améliorer leur pronostic. Au-delà du cancer du sein, cette
approche pourrait contribuer à redéfinir le suivi oncologique en intégrant des
biomarqueurs circulants capables de détecter, bien avant les signes cliniques,
les premières traces d’une rechute.
Source(s) :
Agostinetto E. Tumor DNA circulating in patients’ blood after pre-surgery treatments predicts whether breast cancer will return. EurekAlert! 2026 Mar 26. ;