Des probiotiques pour des os en béton ?
Rhumatologie
L’ostéoporose est une maladie
chronique du squelette caractérisée par une diminution progressive de la
densité minérale osseuse (DMO) et une altération de la microarchitecture
osseuse. Cette fragilité accrue expose les patients, en particulier les femmes
ménopausées, à un risque élevé de fractures, souvent sans symptômes
préalables. Selon l’OMS, plus de 200 millions de personnes sont
concernées dans le monde, avec une incidence majeure après 50 ans.
La prise en charge actuelle
repose essentiellement sur des traitements pharmacologiques tels que les bisphosphonates,
les modulateurs des récepteurs aux œstrogènes (SERMs) ou le traitement
hormonal substitutif. Bien qu’efficaces, ces traitements présentent des limitations
importantes : effets secondaires (digestifs, cardiovasculaires), observance
faible et réponse hétérogène selon les patients. Ces contraintes
soulignent la nécessité de stratégies complémentaires, plus sûres et mieux
tolérées.
Parmi les pistes émergentes, les probiotiques
suscitent un intérêt croissant. Leur capacité à moduler le microbiote
intestinal pourrait influencer positivement la santé osseuse via l’axe
intestin-os : amélioration de l’absorption du calcium, réduction de
l’inflammation systémique et régulation de l’activité ostéoblastique et
ostéoclastique.
Dans cette optique, cette étude a
été initiée de sorte à évaluer les effets cliniques de la
supplémentation en probiotiques sur les marqueurs de formation et de
résorption osseuse chez des adultes âgés souffrant d’ostéoporose ou
d’ostéopénie.
Et si les bactéries
remodelaient nos os ?
15 essais cliniques randomisés,
incluant 1 432 participants âgés de plus de 50 ans ont été sélectionnés.
Les durées d’intervention allaient de 8 semaines à 12 mois. Les probiotiques
étudiés comprenaient des souches de Lactobacillus, Bifidobacterium
et Saccharomyces, administrés seuls ou en combinaison, à des doses de 10⁸
à 10¹¹ CFU/jour.
Ces travaux ont permis d’analyser
les principaux marqueurs du remodelage osseux. Les marqueurs de formation
osseuse ont montré des améliorations significatives, avec une augmentation
du P1NP de +8,4 mg/L et une élévation modeste mais significative
de l’ostéocalcine. Concernant les marqueurs de résorption osseuse,
une réduction significative du CTX-I a été observée, indicateur direct
de la dégradation du collagène de type I. En revanche, les effets sur le NTX
et le TRAP-5b sont restés variables et globalement non significatifs.
Les formulations multi-souches
se sont révélées plus efficaces que les mono-souches, tant pour stimuler la
formation osseuse que pour freiner la résorption. Un effet dose-réponse
clair a été observé, notamment sur le P1NP. De plus, les femmes ménopausées
ont présenté des bénéfices plus marqués que les groupes mixtes.
Les analyses de sensibilité ont
confirmé la robustesse des résultats, et aucun biais de publication
significatif n’a été détecté pour les marqueurs principaux (P1NP, CTX-I).
Une cure microbienne pour
solidifier l’avenir ?
L’ostéoporose est une
pathologie marquée par une fragilité osseuse accrue et un risque fracturaire
élevé. Malgré la disponibilité de traitements pharmacologiques, la prise en
charge reste limitée par des effets indésirables, une mauvaise observance et
une efficacité inconstante.
Face à ces enjeux, cette étude
avait pour objectif d’évaluer l’intérêt des probiotiques comme stratégie
adjuvante dans la modulation du remodelage osseux. Les résultats confirment un
effet favorable de la supplémentation, notamment via l’augmentation des
marqueurs de formation osseuse (P1NP, ostéocalcine) et la réduction de la
résorption (CTX-I), avec des bénéfices accentués en cas de formulation
multi-souche et de prise prolongée.
Toutefois, des limites de
cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches.
Ces recherches incluront des essais à long terme avec un meilleur contrôle des
biais méthodologiques, une standardisation des souches probiotiques, ainsi
qu’une inclusion plus représentative de populations sous-étudiées. Une
exploration plus approfondie des mécanismes d’action spécifiques, notamment à
travers l’axe intestin-os, sera essentielle pour confirmer et affiner les
recommandations cliniques.
Dernières revues
HTA : un nouveau seuil, un nouvel enjeu
Par Ana Espino | Publié le 30 janvier 2026 | 3 min de lecture<br>
Allergies : la révolution moléculaire est en marche
Les maladies allergiques touchent près de 30 à 40 % de la pop...