La lèpre : une maladie encore hors de contrôle
Infectiologie
Par Ana Espino | Publié le 20 janvier 2026 | 3 min de lecture
La lèpre est une maladie infectieuse chronique causée par Mycobacterium leprae, caractérisée par une grande hétérogénéité clinique, immunologique et évolutive. Malgré une diminution marquée de la prévalence mondiale grâce à la polychimiothérapie (MDT), l’incidence annuelle reste stable, témoignant d’une transmission persistante.
Les traitements actuels ont permis de réduire la charge de morbidité, mais ne permettent pas l’éradication et sont fragilisés par l’émergence de résistances, en particulier à la rifampicine. Les stratégies de prévention reposent principalement sur la chimioprophylaxie et la vaccination par le BCG, dont l’efficacité est partielle et inconstante. Les principaux défis concernent la compréhension incomplète de la physiopathologie, le rôle central mais complexe de la réponse immunitaire de l’hôte, et l’influence déterminante des facteurs génétiques sur la susceptibilité, la présentation clinique et les réactions lépreuses.
Dans ce contexte, cette étude a été initiée de sorte à synthétiser les connaissances récentes sur les traitements, la prévention, les mécanismes immunitaires et les déterminants génétiques de la lèpre afin d’identifier des leviers d’amélioration du contrôle de la maladie.
Pourquoi la lèpre résiste-t-elle encore ?
Cette étude intègre des données épidémiologiques, cliniques, immunologiques et génétiques issues d’études observationnelles, d’essais cliniques, de travaux fondamentaux et d’études d’association génétique. L’efficacité et les limites de la polychimiothérapie ont été portés à l’étude, de même que les stratégies de prévention chez les contacts. Les mécanismes immunitaires et les facteurs génétiques de susceptibilité impliqués dans la diversité clinique de la maladie ont également été étudiés afin de proposer une vision intégrée des déterminants biologiques et thérapeutiques de la lèpre.
Les données actuelles démontrent que les stratégies de chimioprophylaxie, notamment la rifampicine en dose unique et la rifapentine, permettent une réduction significative du risque chez les contacts, mais sans protection durable. Sur le plan immunologique, la revue met en évidence le rôle clé de la polarisation de la réponse immune, opposant des réponses Th1/Th17 protectrices aux réponses Th2/Treg associées aux formes multibacillaires. M. leprae cible plusieurs cellules de l’hôte, notamment les macrophages, les cellules de Schwann, les kératinocytes et les cellules dendritiques, en détournant leurs fonctions métaboliques et immunitaires. Enfin, l’analyse génétique identifie plus de 30 gènes de susceptibilité, impliqués dans la reconnaissance bactérienne, l’autophagie, la réponse cytokinaire et la présentation antigénique, confirmant que la lèpre est une maladie fortement modulée par le terrain génétique.
Mieux comprendre pour mieux éliminer
La lèpre demeure une maladie infectieuse complexe, située à l’interface de la microbiologie, de l’immunologie et de la génétique. Les principaux challenges identifiés sont la persistance de la transmission, l’émergence de résistances, l’absence de vaccin spécifique et les limites du diagnostic précoce. L’objectif de cette revue était de proposer une vision intégrée des données thérapeutiques, préventives, immunologiques et génétiques afin d’améliorer la compréhension globale de la maladie. Les résultats montrent clairement que le contrôle durable de la lèpre ne peut reposer uniquement sur les antibiotiques, mais nécessite une approche combinée, intégrant prévention ciblée, modulation de la réponse immunitaire et identification des profils génétiques à risque. Cette étude présente toutefois des limites - absence de modèle expérimental complet, hétérogénéité des populations étudiées, … - qui justifient la poursuite des recherches. Ces recherches reposeront sur le développement de vaccins plus efficaces, l’identification de biomarqueurs immuno-génétiques pour le dépistage précoce ou encore l’exploration de nouvelles cibles thérapeutiques visant les voies exploitées par M. leprae.
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice
scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à
l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et
études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et
accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser
des décisions éclairées grâce à une communication percutante. Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
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