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L’enzyme SRC : nouvelle cible pour les anticorps anticancéreux

Allergologie et Immunologie Oncologie

Depuis plus d’un demi-siècle, l’enzyme cancérigène SRC occupe une place centrale dans la recherche en oncologie. Identifiée dans les années 1970 comme le premier oncogène par J. Michael Bishop et Harold Varmus, cette découverte – récompensée par le prix Nobel en 1989 – a profondément transformé la compréhension génétique du cancer. SRC code une enzyme impliquée dans la transmission de signaux intracellulaires favorisant la prolifération tumorale.

Jusqu’à récemment, les chercheurs pensaient que cette protéine restait confinée à l’intérieur des cellules cancéreuses, la rendant difficilement accessible aux approches immunothérapeutiques.

Une étude menée à l’Université de Californie à San Francisco (UCSF), et publiée le 12 mars dans Science, remet en cause ce paradigme. Les chercheurs montrent que SRC peut apparaître à la surface de nombreuses cellules tumorales, ouvrant la voie à une nouvelle stratégie thérapeutique ciblée.


Identifier une cible accessible aux anticorps


L’équipe dirigée par Jim Wells cherchait à comprendre si certaines protéines considérées comme intracellulaires pouvaient, dans des conditions particulières, devenir accessibles à des médicaments à base d’anticorps. « Personne n’avait pensé à le chercher à l’extérieur », explique le chercheur dans un communiqué de presse. « Notre découverte nous permet de tester des immunothérapies éprouvées sur cette nouvelle cible tumorale. »

Les scientifiques se sont particulièrement intéressés au comportement des cellules tumorales en division rapide, connues pour produire d’importantes quantités de déchets moléculaires.


Une exploration du trafic intracellulaire de SRC


Pour comprendre comment SRC pourrait atteindre la surface cellulaire, les chercheurs ont suivi la protéine dans des cellules cancéreuses cultivées in vitro.

Dans les cellules saines, les déchets sont normalement stockés dans des vésicules puis recyclés par des systèmes de dégradation. Mais dans les tumeurs à croissance rapide, ces mécanismes sont saturés. Les vésicules remplies de déchets fusionnent alors avec la membrane plasmique et expulsent leur contenu vers l’extérieur.

Les observations ont révélé que SRC pouvait être entraînée dans ce processus d’élimination. « Nous avons constaté que le SRC était projeté sur la membrane externe, où il restait exposé comme un drapeau rouge », explique dans un communiqué Corleone Delaveris, premier auteur de l’étude.


Une cible présente sur de nombreuses tumeurs


Les analyses menées sur des échantillons tumoraux humains ont confirmé la présence de SRC à la surface de cellules cancéreuses de la vessie, tandis qu’elle était absente des tissus vésicaux sains et des cellules immunitaires. Cette spécificité suggère qu’elle pourrait constituer une cible pertinente pour orienter des anticorps thérapeutiques vers les cellules tumorales.

Les chercheurs ont ensuite testé plusieurs approches précliniques. En collaboration avec Michael Evans, spécialiste en radiologie à l’UCSF, l’équipe a développé des anticorps radioactifs dirigés contre SRC et les a évalués chez des souris porteuses de tumeurs humaines. Les anticorps se sont accumulés dans les cellules cancéreuses et ont contribué à réduire la taille des tumeurs.

D’autres anticorps ont également été conçus pour recruter le système immunitaire et favoriser la destruction des cellules tumorales. Selon les chercheurs, cette cible pourrait concerner près de la moitié des tumeurs, notamment celles du sein, du côlon, du pancréas et de la vessie.


Vers de nouvelles stratégies d’immunothérapie


Ces résultats suggèrent que l’accumulation de déchets moléculaires dans les tumeurs peut exposer à leur surface des protéines habituellement invisibles pour les traitements. Exploiter ces « déchets » pourrait ainsi offrir un nouveau réservoir de cibles thérapeutiques.

L’UCSF a déjà accordé une licence pour ces anticorps à la société Inversion Therapeutics afin d’explorer leur développement clinique. « Nous sommes allés de la découverte jusqu’au développement de deux thérapies précliniques ciblant SRC, et elles ont fonctionné », souligne Jim Wells. « C’est vraiment passionnant. »

À plus long terme, cette approche pourrait encourager les chercheurs à revisiter d’autres protéines considérées comme strictement intracellulaires. Si ces « déchets moléculaires » se révèlent fréquemment exposés à la surface des cellules cancéreuses, ils pourraient constituer une nouvelle génération de cibles pour les immunothérapies anticancéreuses.

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