Neutrophiles : les complices cachés du CCR ?
Oncologie
Le cancer colorectal (CCR)
demeure l’une des principales causes de mortalité oncologique dans le monde. Si
le rôle des lymphocytes T dans l’immunosurveillance tumorale est largement
documenté, l’implication des neutrophiles, cellules clés de l’immunité
innée, suscite un intérêt croissant.
Longtemps considérés comme de
simples acteurs de l’inflammation aiguë, les neutrophiles apparaissent
aujourd’hui comme des régulateurs complexes du microenvironnement tumoral.
Leur accumulation dans les tumeurs colorectales est associée à une évolution
clinique défavorable, mais leurs fonctions exactes restent hétérogènes et
contextuelles.
Cette revue publiée en 2025
analyse le rôle des neutrophiles intratumoraux et circulants dans la
carcinogenèse colorectale, leurs mécanismes d’action moléculaires et leur
potentiel en tant que biomarqueurs et cibles thérapeutiques.
Inflammation : moteur
secret de la progression ?
Les auteurs décrivent d’abord le
recrutement des neutrophiles vers la tumeur, médié par des chimiokines telles
que CXCL1, CXCL2 et IL-8 (CXCL8), activant le récepteur CXCR2.
Une fois infiltrés, les neutrophiles peuvent adopter différents phénotypes
fonctionnels.
Deux sous-types sont proposés :
les neutrophiles N1, au profil antitumoral, capables de stimuler la
cytotoxicité immunitaire, et les neutrophiles N2, pro-tumoraux,
favorisant la progression tumorale. Dans le CCR, le microenvironnement riche en
TGF-β oriente majoritairement vers un phénotype N2.
Les neutrophiles pro-tumoraux
contribuent à la carcinogenèse par plusieurs mécanismes. Ils sécrètent des protéases
(élastase, MMP-9) favorisant l’invasion tumorale et la dégradation de la
matrice extracellulaire. Ils produisent des espèces réactives de l’oxygène
(ROS) induisant des dommages génétiques. Ils stimulent également l’angiogenèse
via la libération de VEGF.
La formation de NETs
(Neutrophil Extracellular Traps) constitue un mécanisme clé. Ces structures
d’ADN extracellulaire favorisent l’adhésion des cellules tumorales, facilitent
la dissémination métastatique et modulent la réponse immunitaire locale.
Sur le plan clinique, un rapport
neutrophiles/lymphocytes (NLR) élevé est associé à un pronostic défavorable
dans le CCR, corrélé à une diminution de la survie globale et sans progression.
Les neutrophiles circulants reflètent ainsi l’état inflammatoire systémique et
l’agressivité tumorale.
Les interactions entre
neutrophiles et cellules tumorales participent également à la résistance
thérapeutique, notamment en modulant la réponse aux inhibiteurs de points de
contrôle immunitaire.
Transformer l’ennemi
inflammatoire en cible thérapeutique
Le cancer colorectal est
étroitement lié à des phénomènes inflammatoires chroniques. Les neutrophiles,
longtemps sous-estimés, apparaissent comme des modulateurs centraux du
microenvironnement tumoral, capables d’influencer croissance, invasion et
dissémination métastatique.
Cette revue visait à clarifier
leur rôle dans la progression du CCR et à explorer leur potentiel
translationnel. Les données montrent que l’infiltration neutrophilique et un NLR
élevé constituent des marqueurs pronostiques robustes, tandis que les
mécanismes moléculaires identifiés ouvrent des pistes thérapeutiques.
Les limites résident dans
l’hétérogénéité des phénotypes neutrophiliques et dans la difficulté à
distinguer leurs fonctions protectrices et délétères selon le contexte tumoral.
À terme, le développement de
stratégies ciblant l’axe CXCR2, la formation des NETs ou la polarisation
N1/N2 pourrait permettre d’intégrer les neutrophiles dans une approche d’immunothérapie
combinée, transformant un acteur inflammatoire en véritable cible
thérapeutique.
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