Alzheimer : les nouveaux traitements changent-ils vraiment la donne ?
24 septembre 2026
Pendant des décennies, traiter la maladie d’Alzheimer signifiait essentiellement tenter d’en atténuer les symptômes. En quelques années, le paysage a changé. L’arrivée des anticorps anti-amyloïde, capables d’agir sur l’un des mécanismes biologiques de la maladie, ouvre pour la première fois la voie à des traitements visant à en ralentir l’évolution. Mais derrière le changement de paradigme, que mo
Pendant des
décennies, traiter la maladie d’Alzheimer signifiait essentiellement tenter
d’en atténuer les symptômes. En quelques années, le paysage a changé. L’arrivée
des anticorps anti-amyloïde, capables d’agir sur l’un des mécanismes
biologiques de la maladie, ouvre pour la première fois la voie à des
traitements visant à en ralentir l’évolution. Mais derrière le
changement de paradigme, que montrent réellement les données ? Une revue
publiée en 2025 dans le Journal of the Chinese Medical Association fait
le point sur les stratégies thérapeutiques disponibles ou en développement à
tous les stades du continuum de la maladie d’Alzheimer.
1. Faire le point sur les données
actuelles
L’évolution
de la prise en charge de la maladie d’Alzheimer a été retracée à partir des
principaux essais cliniques, revues systématiques, recommandations et critères
diagnostiques récents. Les différentes stratégies thérapeutiques ont été
examinées selon les six stades du continuum de la maladie.
Le panorama
s’étend des traitements symptomatiques historiques — inhibiteurs de
l’acétylcholinestérase et mémantine — aux immunothérapies anti-amyloïde, tout
en intégrant les traitements en développement, la prise en charge des symptômes
neuropsychiatriques et les approches non pharmacologiques.
Aucune
stratégie de recherche bibliographique systématique, aucun critère formel de
sélection des publications ni aucune méta-analyse n’ont été détaillés. Cette
étude consistait avant tout à d’un état des lieux clinique et thérapeutique,
plutôt qu’une comparaison quantitative de l’efficacité des différentes
stratégies.
2. Alzheimer n’est plus seulement
envisagée au stade de la démence
Premier
changement : la maladie d’Alzheimer est désormais pensée comme un continuum,
depuis une phase biologique asymptomatique jusqu’à la démence sévère. Les progrès
des biomarqueurs — PET amyloïde, biomarqueurs du liquide cérébrospinal,
biomarqueurs plasmatiques — permettent en effet d’identifier des anomalies
associées à la maladie avant même l'apparition d'une démence. Les auteurs
reprennent ainsi une classification en six stades : maladie
asymptomatique avec biomarqueurs positifs, déclin cognitif subjectif, trouble
cognitif léger (MCI), puis démence légère, modérée et sévère. Ce changement
de classification n’est pas seulement sémantique : le stade de la maladie
détermine désormais en partie les possibilités thérapeutiques.
3. Lecanemab et donanemab :
qu’est-ce qui change ?
Le lecanemab
et le donanemab sont deux anticorps monoclonaux dirigés contre
l’amyloïde. Contrairement aux traitements symptomatiques classiques, ils
interviennent sur un mécanisme pathologique de la maladie en réduisant la
charge amyloïde cérébrale. Aux
États-Unis, ils ont été autorisés par la FDA pour les formes précoces de la
maladie : MCI dû à Alzheimer et démence légère, avec confirmation de la
pathologie amyloïde par biomarqueurs.
Les essais
pivots montrent une réduction de la charge amyloïde et un ralentissement
statistiquement significatif du déclin cognitif et fonctionnel.
Mais «
ralentir » ne signifie pas « arrêter ».
Aussi, le
bénéfice clinique est jugé « modeste » et estimé comme
correspondant à un retard d'environ 6 à 12 mois dans le déclin cognitif
chez les patients aux stades précoces. Ces traitements ne restaurent donc pas
les fonctions cognitives perdues et ne guérissent pas la maladie.
4. Une efficacité qui a un prix :
les ARIA
Autre limite
importante : ces traitements ne sont ni simples ni anodins.
Les anticorps
anti-amyloïde peuvent provoquer des amyloid-related imaging abnormalities
(ARIA), notamment des œdèmes cérébraux ou des anomalies hémorragiques
visibles à l’IRM. Le risque est notamment plus élevé chez les porteurs de
l’allèle APOE ε4.
La prise en
charge nécessite donc une sélection rigoureuse des patients, la confirmation de
la pathologie amyloïde et une surveillance par IRM.
À cela
s’ajoutent des contraintes très concrètes : perfusions intraveineuses répétées,
surveillance radiologique, coût et accès aux biomarqueurs. Autrement dit, l’efficacité
observée dans les essais ne suffit pas à résoudre la question de leur
déploiement en pratique clinique.
5. Et avant les premiers
symptômes ?
C’est
peut-être là que se joue la prochaine étape.
Si
l’accumulation amyloïde précède de plusieurs années les symptômes, pourquoi
attendre le déclin cognitif pour intervenir ? L’idée est
séduisante, mais elle n’est pas encore démontrée. L’essai A4, qui
évaluait le solanezumab chez des personnes asymptomatiques présentant une
accumulation amyloïde, n’a pas montré de bénéfice cognitif significatif. D’autres
essais cherchent désormais à savoir si les nouvelles immunothérapies peuvent
faire mieux. AHEAD évalue le lecanemab et TRAILBLAZER-ALZ 3 le
donanemab à des stades précliniques de la maladie.
6. Les anciens traitements n’ont
pas disparu
L'arrivée des
immunothérapies ne rend pas obsolètes les traitements historiques.
Les inhibiteurs
de l’acétylcholinestérase — donepezil, rivastigmine et galantamine —
restent utilisés dans les formes symptomatiques, tandis que la mémantine
conserve une place dans les formes modérées à sévères. Le changement
tient donc moins à un remplacement qu’à une stratification croissante des
traitements selon le stade de la maladie : immunothérapie anti-amyloïde
chez certains patients aux stades précoces, traitements symptomatiques au cours
de la démence, auxquels s’ajoutent la prise en charge des symptômes
neuropsychiatriques et les interventions non pharmacologiques.
7. Après l’amyloïde, tau ?
L’amyloïde
n’est pas la seule cible explorée.
La protéine tau,
dont l'accumulation sous forme pathologique est étroitement associée à la
neurodégénérescence, constitue l’une des principales pistes de recherche.
Plusieurs molécules sont ou ont été évaluées, notamment des anticorps et des
stratégies visant à réduire l’expression ou la propagation de tau.
D’autres
pistes, notamment celles ciblant la neuro-inflammation, sont également
étudiées.
Alors, une nouvelle ère
thérapeutique ?
Probablement,
mais pas encore celle de la guérison.
L’arrivée du
lecanemab et du donanemab constitue un changement important : pour la première
fois, des traitements ciblant directement la pathologie amyloïde ont démontré
qu’ils pouvaient ralentir le déclin clinique chez certains patients atteints
d’une maladie d’Alzheimer précoce.
Mais leur
bénéfice reste modeste, leurs risques nécessitent une surveillance étroite et
leur utilisation dépend d’un diagnostic biologique précis et d’infrastructures
adaptées.
Le changement
le plus profond est peut-être ailleurs : Alzheimer devient progressivement
une maladie que l’on cherche à identifier et à traiter de plus en plus tôt, en
fonction de son stade biologique et clinique. La question
n’est donc plus seulement « comment traiter la démence ? », mais de plus en
plus : à quel moment du continuum intervenir — et avec quelle combinaison de
traitements ?
À propos de l'auteure – Ana Espino Docteure en immunologie, spécialisée en virologie Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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Réservé aux professionnels de santé, inscription gratuite.
Référence scientifique
Wu CK, Fuh JL. A 2025 update on treatment strategies for the Alzheimer's disease spectrum. J Chin Med Assoc. 2025 Jul 1;88(7):495-502