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L'édito de Ana ESPINO

Une interview de Nadine Houédé

Une interview de Nadine Houédé

Dr. Ana ESPINO

Docteure en immunologie

Santé sur le Net

Comité scientifique · Santé des hommes

PSA, toucher rectal, biopsie, … Le dépistage du cancer de la prostate reste entouré de questions. À qui s’adresse-t-il ? Que se passe-t-il lorsqu’une anomalie est détectée ? Cancer signifie-t-il forcément traitement ? La Professeure Nadine Houédé, oncologue, nous aide à y voir clair.

Lorsqu’on parle du cancer de la prostate, certains mots suffisent parfois à faire naître l’inquiétude : PSA, toucher rectal, biopsie, cancer…

Derrière ces termes se cache un parcours qui peut susciter appréhensions et idées reçues. Pourtant le dépistage et le diagnostic du cancer de la prostate sont loin d’être aussi automatiques : un PSA élevé ne signifie pas forcément cancer, et découvrir des cellules cancéreuses ne signifie pas nécessairement devoir être traité.

Alors, reprenons ce parcours depuis le début, sans tabou.

1. Le dépistage, pour qui et pourquoi ?

Avec près de 60 000 nouveaux cas diagnostiqués en France en 2018, le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme.

Pourtant le dépistage n’est pas systématique …

Ce paradoxe tient en partie à l’existence de cancers dits indolents. Ces formes progressent si lentement qu’elles peuvent ne jamais affecter la santé. Les détecter expose au risque de surdiagnostic, voire de traitements inutiles, avec de possibles effets sur les fonctions urinaires et sexuelles.

Alors, faut-il se faire dépister, et quand ? La décision est individuelle et se discute avec son médecin, notamment entre 50 et 70 ans, selon ses facteurs de risque.

Le principal est l’âge : le risque de développer un cancer de la prostate augmente en vieillissant. Les antécédents familiaux et certaines prédispositions génétiques, comme une mutation du gène BRCA2, peuvent également favoriser son apparition.

À savoir ! Les gènes BRCA1 et BRCA2 participent à la réparation de notre ADN. Lorsqu’ils présentent certaines mutations, ce mécanisme peut être moins efficace, ce qui augmente le risque de développer certains cancers.

Si la décision de se faire dépister est prise, deux examens entrent alors en jeu : le dosage du PSA et le toucher rectal.

2. PSA : qu’est-ce que ça veut dire ?

Le PSA (Antigène Prostatique Spécifique) est une protéine produite par la prostate, présente en faible quantité dans le sang. Son dosage est crucial dans le dépistage du cancer de la prostate.

Mais attention aux idées reçues : un PSA élevé ne veut pas dire cancer ! Dans 70% des cas, un PSA élevé est associé à d’autres maladies (hypertrophie de la prostate, prostatite ou infection urinaire).

De manière similaire, avec l’âge, la prostate grossit et le taux de PSA augmente.

À l’inverse, un taux de PSA faible n’exclut pas la présence d’un cancer de la prostate (10% des cas).

Alors, à quel moment peut-on considérer ce taux comme dangereux ? En cas de PSA élevé, un second dosage est réalisé pour confirmer le résultat. Si l’augmentation persiste, des examens complémentaires permettent d’en rechercher la cause.

Le taux de PSA est un signal d’alerte, pas un diagnostic. Il doit toujours être interprété en tenant compte du contexte médical. En cas de doute, parlez-en avec votre médecin.

3. Le toucher rectal est-il encore nécessaire ?

C’est sans doute l’examen qui suscite le plus de réticences. Pourtant, le toucher rectal apporte des informations complémentaires au dosage du PSA.

Cet examen, inconfortable mais indolore, permet au médecin d’évaluer la taille et la consistance de la partie accessible de la prostate. Une prostate souple, mais augmentée de volume, peut évoquer un adénome bénin. Une zone dure ou irrégulière peut faire suspecter un cancer.

À savoir ! Un toucher rectal normal n’exclut pas un cancer, car seules les anomalies palpables peuvent être détectées.

Si son intérêt dans le dépistage fait aujourd’hui débat, les recommandations 2024–2026 de l’Association française d’urologie (AFU) lui conservent un rôle aux côtés du PSA.

4. Une anomalie est détectée : que se passe-t-il ensuite ?

Une anomalie détectée ne signifie pas forcément cancer, ni biopsie immédiate ! Des examens complémentaires, notamment une IRM de la prostate, peuvent être proposés pour repérer d’éventuelles zones suspectes et, si nécessaire, guider les prélèvements.

Si la suspicion persiste, une biopsie peut être envisagée, sans être systématique. La décision dépend des résultats des examens et des facteurs de risque du patient. Seule l’analyse des tissus prélevés permet de confirmer ou non le diagnostic.

À savoir ! Comment se déroule une biopsie ?

Réalisée sous anesthésie locale, la biopsie consiste à prélever de petits fragments de prostate à l’aide d’une aiguille guidée par échographie. Parfois l’IRM aide à définir plus précisément les zones à biopsier. L’opération est effectuée en ambulatoire. De légers saignements sont possibles après l’examen. En cas de fièvre ou de difficultés à uriner, consultez rapidement.

Et même lorsqu’une biopsie retrouve des cellules cancéreuses, une nouvelle question se pose : faut-il réellement traiter ?

5. Vais-je forcément devoir être traité ?

Non, un cancer de la prostate ne nécessite pas toujours un traitement immédiat !

Lorsque le cancer présente des caractéristiques peu agressives — PSA bas, faible volume tumoral et résultats rassurants à l’IRM et à la biopsie — une surveillance active peut être proposée.

« Environ la moitié des patients concernés par la surveillance active, n’auront pas besoin de traitement dans les trois années suivant leur diagnostic. Le traitement n’est envisagé que si les examens montrent une progression » précise la Pr. Nadine Houédé.

Mais attention, surveiller ne signifie pas ne rien faire ! Le patient bénéficie d’un suivi régulier pour détecter toute évolution de la maladie.

L’objectif ? Éviter les traitements inutiles et leurs éventuelles conséquences, notamment urinaires et sexuelles, tout en intervenant suffisamment tôt si la maladie évolue.

Car diagnostiquer un cancer ne signifie pas forcément devoir le traiter.

Dépistage du cancer de la prostate : que retenir ?

Le dépistage du cancer de la prostate n’obéit pas à une règle unique. Il se discute avec son médecin, selon son âge, ses antécédents et ses facteurs de risque.

Et si une anomalie est détectée, pas de conclusion hâtive ! Un PSA élevé ne signifie pas forcément cancer. Et un cancer diagnostiqué ne nécessite pas toujours de traitement. Le parcours se construit étape par étape, avec des examens complémentaires adaptés à chaque situation. Pour certaines formes peu agressives, une surveillance « active » est souvent privilégiée.

L’essentiel est donc de s’informer, de poser ses questions et d’en parler avec son médecin, sans tabou.

« Un dépistage aujourd’hui, une vie préservée demain. » — Pr Nadine Houédé