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14/04/2026

Dialogue intestin–microbiote : le rôle inattendu des cellules épithéliales

Gastro-entérologie et Hépatologie

Par Elodie Vaz | Publié le 14 avril 2026 | 4 min de lecture


Les interactions entre l’intestin et le microbiote intestinal sont essentielles au bon fonctionnement de l’organisme. Elles reposent en grande partie sur l’action du système immunitaire, qui régule la coexistence entre l’hôte et ces communautés microbiennes.

Cependant, ces mécanismes restent mal compris aux premiers stades de la vie, période durant laquelle le système immunitaire est encore immature. Or, comme le souligne dans un communiqué de presse, le professeur Pedro Hernandez Cerda, chercheur à l’Inserm et à l’Institut Curie, « c’est justement lors de ces étapes précoces que les interactions qui vont façonner le fonctionnement intestinal se mettent en place ». Comprendre ces processus précoces représente un enjeu majeur, notamment pour mieux appréhender l’émergence de troubles digestifs ou inflammatoires.


Explorer les mécanismes immunitaires à l’aube de la vie


Dans une étude publiée le 2 avril 2026 dans la revue Science, une équipe pluridisciplinaire associant l’Institut Curie, l’Inserm et le CNRS a cherché à décrypter les mécanismes cellulaires régissant les interactions entre intestin et microbiote au début de la vie. L’objectif était d’identifier comment ces échanges se mettent en place en l’absence d’un système immunitaire pleinement fonctionnel, et quels types cellulaires pourraient compenser cette immaturité.


Le poisson-zèbre, un modèle pour les premières interactions


Pour répondre à cette question, les chercheurs ont utilisé le poisson-zèbre comme modèle expérimental. Ce choix tient à une caractéristique clé : dès le premier jour suivant leur éclosion, ces animaux sont exposés aux micro-organismes environnementaux alors que leur système immunitaire n’est pas encore mature.

Cette fenêtre précoce permet d’observer les premières interactions entre microbiote et tissu intestinal dans un contexte physiologique proche de celui des stades néonataux chez les vertébrés. Les chercheurs ont ainsi analysé les mécanismes moléculaires et cellulaires impliqués dans ce dialogue initial.


Des cellules épithéliales au cœur d’un circuit immunitaire inédit


Les résultats révèlent un rôle central des cellules entéroendocrines, des cellules épithéliales spécialisées de l’intestin. Contrairement aux connaissances établies, ces cellules sont capables de produire une cytokine clé du système immunitaire, l’interleukine-22 (IL-22), jusque-là considérée comme l’apanage des lymphocytes.

Cette production d’IL-22 est déclenchée par le microbiote lui-même, via un métabolite dérivé du tryptophane. En retour, l’IL-22 module la composition du microbiote en induisant l’expression de gènes antimicrobiens dans l’épithélium intestinal.

« C’est donc un cycle qui se met en place : le microbiote semble exploiter son hôte, via l’IL-22, pour contrôler sa propre composition, qui elle-même influence le fonctionnement de l’intestin », explique Pr Pedro Hernandez Cerda.

Ce circuit bidirectionnel participe également à la régulation de la motilité intestinale. Chez les animaux déficients en IL-22, les chercheurs ont observé un ralentissement du transit, associé à une diminution des niveaux de ghréline, une hormone impliquée dans la régulation de l’appétit.

L’étude montre par ailleurs que la ghréline peut compenser, au moins en partie, les effets d’un déficit en IL-22 sur la motilité intestinale.


Une nouvelle cible pour les pathologies précoces


Ces travaux mettent en lumière un mécanisme inédit par lequel des cellules épithéliales intestinales participent directement à la régulation immunitaire, en particulier au début de la vie. « Ce circuit impliquant les cellules entéroendocrines semble agir spécifiquement au début de la vie. Il pourrait ainsi constituer une cible thérapeutique pour certains troubles de la motilité ou de l’inflammation intestinale aux stades précoces de la vie », estime le spécialiste.

Au-delà de cette perspective, l’étude souligne la plasticité et les capacités insoupçonnées des cellules épithéliales intestinales, longtemps considérées comme de simples barrières physiques.

Les chercheurs envisagent désormais d’explorer leur rôle dans des contextes plus extrêmes, notamment lors de lésions intestinales sévères, afin d’évaluer leur potentiel dans la régénération tissulaire.

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À propos de l'auteure
 – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.




Source(s) :
IL-22 from enteroendocrine cells promotes early-life gut motility in zebrafish through the microbiota ;

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