01/07/2026
La nicotinamide prévient-elle vraiment le cancer de la peau ?
Dermatologie et Vénérologie
La nicotinamide, une forme de vitamine B3, suscite depuis plusieurs années un intérêt croissant dans la prévention des cancers cutanés non mélanocytaires. Peu coûteuse, bien tolérée et facilement disponible, elle est déjà recommandée par certains dermatologues chez les patients présentant un risque élevé de développer de nouveaux carcinomes cutanés. Pourtant, malgré des résultats encourageants issus de plusieurs études, son efficacité réelle continue de faire débat.
Dans une revue critique publiée dans American Journal of Clinical Dermatology, Eugene Tan et Hywel Williams réévaluent les données scientifiques les plus récentes concernant la nicotinamide. Les auteurs analysent notamment une vaste étude rétrospective menée chez plus de 33 000 anciens combattants américains, ainsi que les principales méta-analyses publiées ces dernières années, afin de déterminer si les preuves actuelles sont suffisantes pour recommander son utilisation en pratique clinique.
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Des résultats encourageants, mais des preuves encore insuffisantes
L'étude rétrospective la plus récente rapportait une diminution de 14 % du risque global de cancer cutané chez les patients recevant de la nicotinamide, avec une réduction atteignant 22 % pour les carcinomes épidermoïdes. Les bénéfices semblaient plus importants lorsque le traitement était instauré précocement, après le premier épisode de cancer cutané.
Cependant, les auteurs soulignent que ces résultats doivent être interprétés avec prudence. L'étude présente plusieurs limites méthodologiques importantes susceptibles de surestimer l'effet protecteur observé. Parmi elles figurent l'absence d'information sur certains facteurs de risque majeurs, comme le phototype cutané, l'exposition cumulative aux ultraviolets ou les habitudes de photoprotection, mais aussi un risque de biais de sélection, des difficultés à vérifier l'observance réelle du traitement et une population d'étude composée presque exclusivement d'hommes âgés, limitant la généralisation des résultats.
Les auteurs replacent également ces nouvelles données dans le contexte des essais cliniques et des méta-analyses précédentes. Si l'étude ONTRAC publiée en 2015 avait montré un effet protecteur de la nicotinamide chez des patients à haut risque, d'autres essais, notamment chez les transplantés d'organes, n'ont pas retrouvé de bénéfice significatif. Les deux revues systématiques les plus récentes concluent elles aussi que les preuves disponibles restent de faible niveau et ne permettent pas d'affirmer avec certitude que la nicotinamide réduit l'incidence des cancers cutanés.
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Faut-il recommander la nicotinamide en pratique ?
Cette revue rappelle que la nicotinamide possède un mécanisme d'action biologiquement plausible, notamment en favorisant la réparation des dommages de l'ADN induits par les rayonnements ultraviolets et en améliorant le métabolisme énergétique des cellules cutanées. Néanmoins, les auteurs estiment que cette plausibilité biologique ne suffit pas à justifier une recommandation systématique en l'absence de preuves cliniques solides.
Ils soulignent que les données actuellement disponibles reposent en grande partie sur des études observationnelles ou sur un nombre limité d'essais randomisés, souvent réalisés dans des populations très spécifiques. Avant d'intégrer la nicotinamide aux recommandations internationales de prévention du cancer cutané, ils appellent à la réalisation d'essais multicentriques de grande ampleur, randomisés et contrôlés contre placebo, afin d'évaluer de manière fiable son efficacité et son rapport bénéfice-risque.
En attendant, les auteurs rappellent que les mesures de prévention dont l'efficacité est démontrée restent inchangées : limitation de l'exposition solaire, utilisation régulière d'écrans solaires, vêtements protecteurs et surveillance dermatologique des personnes à risque. La nicotinamide apparaît comme une piste prometteuse, mais le verdict scientifique, selon eux, n'est pas encore définitivement rendu.
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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