27/04/2026
Maladies rénales : la découverte d’un ‘chef d’orchestre’ qui aggrave la maladie
Autre
La maladie rénale chronique affecte plus de 10 % de la population mondiale, soit près de 850 millions de personnes. Elle se caractérise par une dégradation progressive et irréversible de la fonction rénale, pouvant conduire à la dialyse ou à la transplantation. Si ses facteurs de risque – diabète, hypertension, obésité ou inflammation – sont bien connus, une caractéristique reste particulièrement préoccupante. Même lorsque la cause initiale est traitée, la maladie continue presque toujours de progresser. Ce caractère auto-entretenu, longtemps mal compris, représente un verrou majeur dans la prise en charge clinique.
Dans ce contexte, deux équipes de l’Institut Necker-Enfants malades (Inserm/CNRS/Université Paris Cité), dirigées par le Dr Marco Pontoglio et le Dr Fabiola Terzi, ont cherché à identifier les mécanismes responsables de cette progression inexorable. Leur attention s’est portée sur HNF1B, une protéine connue pour son rôle clé dans le développement embryonnaire du rein et dans la régulation de nombreux gènes.
Une approche expérimentale multi-modèles
Un cercle vicieux moléculaire
Les travaux montrent que la diminution de l’activité de HNF1B entraîne une insuffisance rénale rapide et sévère, associée à une fibrose et une atrophie du tissu rénal. Les cellules tubulaires, habituellement différenciées et stables, perdent leur identité, prolifèrent de manière inappropriée puis entrent en sénescence ou en apoptose, contribuant à la dégradation du tissu.
Les chercheurs identifient également une signature génique spécifique régulée par HNF1B, altérée très précocement dans les modèles de maladie, parfois avant l’apparition de lésions visibles. Cette altération est associée à un défaut de réparation du tissu rénal.
Plus encore, l’étude met en évidence un mécanisme auto-entretenu : les facteurs pathologiques tels que l’inflammation ou la présence d’albumine dans les urines diminuent l’activité de HNF1B. « Nos résultats révèlent l’existence d’un véritable cercle vicieux qui explique le caractère auto-entretenu des maladies rénales : la diminution de l’activité de HNF1B favoriserait la maladie rénale, et en retour, la maladie rénale supprimerait progressivement l’activité de HNF1B, aggravant encore les lésions rénales », résume dans un communiqué de presse de l’Inserm le Dr Marco Pontoglio.
L’analyse des biopsies humaines confirme la robustesse de ce mécanisme : la signature moléculaire d’une perte de fonction de HNF1B est retrouvée systématiquement, avec une intensité corrélée à la sévérité de la maladie. « Cette étude établit HNF1B comme un véritable gardien de la fonction du rein. Sa perte d’activité relie pour la première fois les maladies génétiques rénales rares et les formes communes de la maladie rénale chronique par un mécanisme unique », souligne Dr Fabiola Terzi.
Perspectives thérapeutiques
Au-delà du rein, cette découverte invite à explorer si des mécanismes similaires de perte d’identité cellulaire et de boucles de rétroaction délétères pourraient exister dans d’autres pathologies chroniques, ouvrant ainsi un nouveau champ d’investigation en médecine translationnelle.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023 Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.
Source(s) :
HNF1B intègre des signaux dans une boucle d’avance qui favorise la progression de la maladie rénale ;
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