Précédent

18/02/2026

Microbiome vaginal : fauteur de fausse couche ?

Gynécologie et Obstétrique

Par Ana Espino | Publié le 18 février 2026 | 3 min de lecture

Les fausses couches à répétition
(RPL) concernent environ 1 à 2 % des femmes en âge de procréer et représentent une problématique majeure en gynécologie obstétrique. Elles se définissent par la survenue d’au moins deux pertes de grossesse consécutives avant 20 semaines d’aménorrhée. Bien que certaines causes soient identifiées (anomalies chromosomiques, troubles de la coagulation, facteurs immunologiques), dans près de 50 % des cas, aucun facteur déclencheur clair n’est retrouvé, compliquant considérablement la prise en charge.

Actuellement, les approches thérapeutiques restent fragmentées et souvent empiriques, combinant traitements hormonaux, antiagrégants ou immunomodulateurs sans preuve robuste d’efficacité pour toutes les patientes. Cette incertitude reflète les limites du modèle biomédical actuel, qui néglige souvent les facteurs environnementaux et microbiologiques.

Parmi les pistes émergentes, le microbiote vaginal suscite un intérêt croissant. En temps normal, un écosystème dominé par des Lactobacillus spp. assure une protection contre les infections et maintient un pH acide favorable à l’implantation. En revanche, une dysbiose — marquée par la prolifération de bactéries anaérobies comme Gardnerella, Prevotella ou Atopobium — pourrait favoriser l’inflammation, perturber l’interface materno-fœtale et augmenter le risque de perte fœtale.

Dans ce contexte, cette étude a été initiée de sorte à analyser le rôle du microbiome vaginal dans les fausses couches à répétition. Les mécanismes inflammatoires, métaboliques et immunitaires associés ont été portés à l’étude. L’objectif ? Evaluer les perspectives thérapeutiques, notamment via la modulation ciblée de cet écosystème.




Et si la fausse couche venait du microbiote ?




Cette étude repose sur l’étude de la composition du microbiote vaginal, ses métabolites dérivés, les profils immunitaires associés et leur lien avec les pertes de grossesse à répétition. Les travaux sélectionnés incluent des analyses de prélèvements cervicovaginaux, des séquençages 16S rRNA, des dosages de cytokines pro-inflammatoires, ainsi que des cas cliniques de transplantation de microbiote vaginal.

Les résultats révèlent que les patientes atteintes de RPL présentent une diminution marquée des espèces Lactobacillus, au profit de bactéries potentiellement pathogènes telles que Gardnerella vaginalis, Anaerobacillus ou Streptococcus. Ce déséquilibre s’accompagne d’un profil métabolique altéré, avec une baisse du lactate protecteur et une hausse des amines biogènes pro-inflammatoires, d’une réponse inflammatoire locale exacerbée (élévation d’IL-6, IL-8, TNF-α), et de la présence d’un biofilm bactérien résistant aux traitements antibiotiques standards. Ces modifications entraînent une activation immunitaire utérine délétère, compromettant la tolérance maternelle à l’embryon et favorisant les échecs d’implantation. Certaines études mettent en lumière le potentiel de la transplantation microbienne vaginale pour restaurer un écosystème sain chez des patientes réfractaires, ouvrant ainsi la voie à une stratégie thérapeutique innovante et personnalisée.




Repenser la fausse couche à l’ère du microbiome




Les fausses couches à répétition constituent une pathologie multifactorielle fréquente, dont l’étiologie reste inexpliquée dans près de la moitié des cas. Le principal défi clinique réside dans l’absence de biomarqueurs prédictifs fiables et de traitements ciblés pour ces formes idiopathiques. Cette étude visait à explorer le rôle du microbiote vaginal dans la genèse des pertes de grossesse récurrentes, en s’appuyant sur des données métagénomiques, immunologiques et cliniques.

 
Les résultats suggèrent qu’un déséquilibre microbien, marqué par une réduction des Lactobacillus et une inflammation locale accrue, pourrait perturber l’environnement utérin et compromettre l’implantation embryonnaire. Cette hypothèse ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques axées sur la modulation du microbiome.

Toutefois des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. De nouveaux essais cliniques permettront de tester l’efficacité de la transplantation de microbiote vaginal, mieux standardiser les méthodes d’analyse, et identifier des marqueurs fiables pour prédire les risques. Il sera aussi important de mieux comprendre le lien entre microbiote vaginal et immunité, et de mesurer l’effet des traitements microbiotiques sur les taux de grossesse et la santé du bébé à long terme. Ces efforts permettront d’intégrer ces approches dans une prise en charge plus personnalisée et préventive.





À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 

Source(s) :
Yuan X, et al. Vaginal microbiome and recurrent pregnancy loss. Infect Immun. 2025 Aug 12;93(8):e0005325 ;

Dernières revues


Microbiome vaginal : fauteur de fausse couche ?

Par Ana Espino | Publié le 18 février 2026 | 3 min de lecture<br>

Et si nos boutons parlaient microbe ?

Par Ana Espino | Publié le 17 février 2026 | 3 min de lecture<br>