Précédent

20/04/2026

Obésité : hommes et femmes, deux corps… deux risques bien différents

Autre

Par Elodie Vaz | Publié le 20 avril 2026 | 3 min de lecture


L’obésité est une maladie chronique complexe, caractérisée par des perturbations métaboliques et inflammatoires hétérogènes. Elle est un déterminant majeur du syndrome métabolique, qui touchait en 2023 près de 1,54 milliard d’adultes dans le monde. Ce syndrome regroupe plusieurs facteurs de risque tels que l’obésité abdominale, la dyslipidémie, l’hypertension ou encore l’hyperglycémie. Tous sont étroitement associés aux maladies cardiovasculaires et au diabète de type 2.

Mais un autre facteur de risque apparait comme déterminant : le sexe biologique. Selon des scientifiques, il influence à la fois la répartition du tissu adipeux, le métabolisme hépatique et l’intensité des réponses inflammatoires systémiques. Pourtant, les profils différenciés entre hommes et femmes obèses restent encore insuffisamment caractérisés.


Décrypter des profils spécifiques au sexe


Une nouvelle étude, menée par l’Université Dokuz Eylul, qui sera présentée au Congrès européen sur l’obésité (ECO) du 12 au 15 mai, vise à combler ce manque. L’objectif est d’identifier et de comparer les profils cardiométaboliques et inflammatoires chez des adultes obèses, en mettant en évidence d’éventuelles différences liées au sexe. « Nos résultats révèlent des différences fascinantes dans la façon dont les hommes et les femmes réagissent à l’obésité », souligne dans un communiqué de presse, le professeur Zeynep Pekel, auteure principale.


Une analyse clinique approfondie


Les chercheurs ont analysé les données de 1 134 patients obèses suivis entre 2024 et 2025, dont 886 femmes (âge moyen 45 ans) et 248 hommes (âge moyen 41 ans).
 Chaque participant a bénéficié d’une évaluation complète incluant :

●   
des mesures anthropométriques (IMC, tour de taille, pression artérielle),

●   un bilan lipidique détaillé (cholestérol total, LDL, HDL, triglycérides, glycémie à jeun),
●  des marqueurs de fonction hépatique (ALT, GGT) et rénale (créatinine),
●  ainsi que des indicateurs inflammatoires (protéine C-réactive, vitesse de sédimentation, numération plaquettaire et leucocytaire).

Une approche intégrative qui vise à établir des signatures biologiques différenciées entre les sexes.


Graisse abdominale contre inflammation : des profils opposés



Les analyses mettent en évidence des contrastes marqués. Chez les hommes, le profil est dominé par une atteinte métabolique et viscérale : un tour de taille significativement plus élevé, une pression artérielle systolique plus importante, ainsi qu’une élévation des enzymes hépatiques et des triglycérides. Ces éléments traduisent une accumulation de graisse abdominale (viscérale) et une vulnérabilité accrue aux atteintes hépatiques.

À l’inverse, les femmes présentent un profil davantage orienté vers le risque inflammatoire et lipidique. Les taux de cholestérol total et de LDL sont plus élevés, accompagnés d’une augmentation significative des marqueurs inflammatoires tels que la protéine C-réactive et la vitesse de sédimentation.

Ces différences s’expliquent en partie par des mécanismes biologiques distincts. Les femmes stockent préférentiellement la graisse en sous-cutané et présentent une réponse immunitaire plus marquée, influencée notamment par les œstrogènes et des facteurs génétiques liés au chromosome X. Les hommes, eux, accumulent davantage de graisse viscérale, connue pour son rôle dans les complications métaboliques.


Vers des traitements adaptés à chaque sexe ?


Ces résultats soulignent l’importance d’intégrer le sexe comme variable clé dans la prise en charge de l’obésité. « Ils démontrent l’importance cruciale de la recherche spécifique au sexe », insiste la Dre Pekel, co-auteure de l’étude, qui ajoute que ces différences pourraient « constituer un tremplin vers la mise au point de thérapies ciblées ».

Toutefois, les chercheurs appellent à la prudence. « Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives […] nos prochaines étapes consistent à valider ces résultats auprès de populations plus importantes ».

Ces travaux s’inscrivent dans une dynamique plus large de médecine de précision. Mieux comprendre les déterminants biologiques différenciés pourrait permettre, à terme, d’adapter les stratégies thérapeutiques — qu’il s’agisse de prévention cardiovasculaire, de gestion métabolique ou de modulation de l’inflammation — en fonction du sexe, et ainsi améliorer significativement le pronostic des patients obèses.


               À lire également Obésité : quand les reins saturent



À propos de l'auteure – Elodie Vaz  Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.   

Source(s) :
EurekAlert. Obesity affects men and women differently, study finds [Internet]. 2026 [cited 2026 Apr 17]. ; Dokuz Eylul University. Sex-specific cardiometabolic and inflammatory profiles in obesity [Internet]. 2026 [cited 2026 Apr 17]. ;

Dernières revues


Obésité : hommes et femmes, deux corps… deux risques bien différents

Par Elodie Vaz | Publié le 20 avril 2026 | 3 min de lecture<br><br><br>...

Hémophilie : la révolution en une injection ?

Par Ana Espino | Publié le 17 avril 2026 | 4 min de lecture<br><br><br>...

Fitusiran : et si on rééquilibrait la coagulation ?

Par Ana Espino | Publié le 17 avril 2026 | 4 min de lecture<br><br><br>...