Au-delà de la convalescence : comment la réadaptation cardiaque basée sur l’exercice physique améliore le pronostic des patients atteints de maladie coronarienne
Cardiologie et Médecine vasculaire
La maladie coronarienne demeure l’une des principales causes de mortalité dans le monde. Les progrès des traitements médicaux et des techniques de revascularisation coronarienne ont amélioré la survie des patients. Toutefois, nombre d’entre eux continuent de présenter des symptômes, une diminution de leurs capacités physiques et un risque accru de récidive d’événements cardiovasculaires.
La réadaptation cardiaque (RC) basée sur l’exercice physique vise à améliorer le pronostic à long terme grâce à une activité physique structurée, pratiquée seule ou associée à des interventions éducatives et à un soutien psychosocial. Bien que la RC soit largement recommandée, des incertitudes persistent quant à ses effets sur la mortalité, les événements cardiovasculaires, les hospitalisations et la qualité de vie.
Une revue systématique Cochrane menée par Dibben et ses collaborateurs, publiée en septembre 2026, a évalué l’efficacité clinique et le rapport coût-efficacité de la RC basée sur l’exercice physique, comparativement aux soins habituels ne comportant pas de programme d’exercice structuré.
Méthodes
Les chercheurs ont réalisé une revue systématique et une méta-analyse d’essais contrôlés randomisés portant sur des adultes atteints de maladie coronarienne, notamment des patients ayant des antécédents d’infarctus du myocarde (IDM), de pontage aortocoronarien (PAC), d’intervention coronarienne percutanée (ICP), d’angor ou de coronaropathie établie.
La revue a inclus 107 essais regroupant 26 886 participants, dont 22 nouveaux essais identifiés depuis la précédente revue publiée en 2021. La majorité des participants avaient présenté un IDM ou bénéficié d’une revascularisation coronarienne. L’âge moyen des participants variait de 47 à 81 ans.
Les interventions comprenaient des programmes d’exercice supervisés, des programmes réalisés à domicile ainsi que des programmes associant exercice physique, éducation thérapeutique et soutien psychologique. Les résultats ont été évalués à trois échéances : à court terme (6 à 12 mois), à moyen terme (plus de 12 à 36 mois) et à long terme (plus de trois ans).
Résultats : moins d’infarctus et d’hospitalisations
Bénéfices à court terme
À 6 à 12 mois, la RC basée sur l’exercice physique a montré des bénéfices significatifs sur plusieurs critères cardiovasculaires importants.
- Infarctus du myocarde : la RC a réduit le risque relatif d’IDM de 28 % par rapport aux groupes témoins (risque relatif [RR] : 0,72 ; intervalle de confiance à 95 % [IC à 95 %] : 0,55–0,93). Ce résultat repose sur des données présentant un niveau de certitude élevé. Selon les auteurs, environ 71 patients doivent bénéficier d’un programme de RC pour éviter un infarctus supplémentaire.
- Hospitalisations : la RC a réduit de 35 % le risque d’hospitalisation toutes causes confondues (RR : 0,65 ; IC à 95 % : 0,51–0,82), avec un niveau de certitude modéré. Environ 17 patients doivent suivre un programme de réadaptation pour éviter une hospitalisation.
- Mortalité toutes causes confondues : une réduction modeste du risque a été observée (RR : 0,86 ; IC à 95 % : 0,74–1,00). Toutefois, l’intervalle de confiance incluant l’absence d’effet, un bénéfice sur la survie ne peut être établi avec certitude.
De même, aucune réduction claire de la mortalité cardiovasculaire ou du recours ultérieur à des procédures de revascularisation coronarienne n’a été démontrée. Les données concernant les hospitalisations spécifiquement liées à des causes cardiovasculaires demeurent incertaines.
Protection cardiovasculaire à plus long terme
Au-delà de la première année, la RC a montré des bénéfices cardiovasculaires potentiellement importants.
Entre 12 et 36 mois, la mortalité cardiovasculaire a été réduite de 26 % (RR : 0,74 ; IC à 95 % : 0,58–0,95).
Après plus de trois ans de suivi, des réductions ont été observées concernant la mortalité cardiovasculaire (RR : 0,58 ; IC à 95 % : 0,43–0,78) et les récidives d’IDM (RR : 0,67 ; IC à 95 % : 0,51–0,87).
En revanche, aucune réduction clairement établie de la mortalité toutes causes confondues n’a été démontrée au cours du suivi à plus long terme.
Qualité de vie et rapport coût-efficacité
La RC basée sur l’exercice physique a été associée à une amélioration de la qualité de vie liée à la santé au cours de la première année, notamment en matière de capacités physiques, de perception de l’état de santé général, de vitalité et de bien-être psychologique.
Huit évaluations économiques suggèrent que la RC pourrait présenter un rapport coût-efficacité favorable.
Forces et limites des données disponibles
Le nombre important d’essais randomisés renforce la confiance dans les résultats globaux, particulièrement concernant la réduction du risque d’IDM. Cependant, certaines limites méthodologiques, des disparités dans la présentation des résultats et l’hétérogénéité des programmes de réadaptation introduisent des incertitudes.
Les femmes restent largement sous-représentées, ce qui limite la possibilité de généraliser les résultats de manière équivalente aux deux sexes. Par ailleurs, les différences d’intensité des exercices, de durée des programmes et d’observance rendent difficile l’identification de la stratégie de réadaptation la plus efficace.
Néanmoins, les essais les plus récents incluent davantage de femmes, de participants issus de pays à revenu faible ou intermédiaire, ainsi que des programmes réalisés à domicile ou reposant sur des outils numériques. Ces évolutions améliorent la pertinence des résultats pour la pratique clinique actuelle.
Implications cliniques : intégrer la réadaptation aux soins courants
Ces résultats confortent la place de la RC basée sur l’exercice physique dans la prévention secondaire chez les patients atteints de maladie coronarienne, en complément des traitements médicamenteux et de la prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire.
Après un infarctus du myocarde ou une revascularisation coronarienne, l’orientation vers un programme de réadaptation cardiaque et la participation à celui-ci peuvent être encouragées, en adaptant la prise en charge aux capacités fonctionnelles, aux comorbidités et aux préférences des patients.
Les programmes à domicile et les dispositifs numériques pourraient contribuer à lever certains obstacles pratiques à la participation, tout en permettant une prise en charge individualisée.
Bien que des incertitudes persistent concernant certains critères de jugement, les données disponibles soutiennent un élargissement de l’accès aux programmes structurés de réadaptation cardiaque, dans le cadre d’une prise en charge globale, coordonnée et centrée sur le patient atteint de maladie coronarienne.
Source(s) :
Cochrane Library ;
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