Psychothérapies chez les adultes présentant un TDAH : des bénéfices significatifs, mais des résultats encore inégaux
Psychiatrie
Une nouvelle étude menée auprès de plus de 3 millions de patients en Angleterre suggère que les psychothérapies peuvent réduire les symptômes dépressifs et anxieux chez les adultes présentant un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Toutefois, les résultats restent moins favorables que chez les personnes sans TDAH.
Prendre en charge la santé mentale au-delà des symptômes du TDAH
Les adultes présentant un TDAH souffrent beaucoup plus fréquemment de dépression et d’anxiété que la population générale. Malgré ce fardeau important en matière de santé mentale, les interventions psychologiques destinées à cette population se sont traditionnellement concentrées sur la gestion des symptômes caractéristiques du TDAH, tels que l’inattention, l’hyperactivité et l’impulsivité, plutôt que sur le traitement direct des troubles psychiatriques associés.
Bien que les psychothérapies, notamment les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), soient largement recommandées dans la prise en charge de la dépression et de l’anxiété, les données concernant leur efficacité chez les adultes présentant un TDAH restent limitées.
Pour combler ce manque de connaissances, El Baou et ses collègues ont mené une vaste étude de cohorte rétrospective, publiée dans The Lancet Regional Health – Europe en août 2026. Leur objectif était de déterminer si les adultes présentant un TDAH bénéficient des psychothérapies conventionnelles et si leurs résultats diffèrent de ceux observés chez les adultes sans diagnostic de TDAH.
Évaluer les psychothérapies en pratique courante
Les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux électroniques de patients pris en charge dans le cadre du programme NHS Talking Therapies du système national de santé britannique (NHS), entre avril 2012 et mars 2022.
L’étude a inclus 3 265 292 adultes ayant bénéficié d’une psychothérapie pour une dépression ou un trouble anxieux, parmi lesquels 13 693 présentaient un diagnostic documenté de TDAH. Les chercheurs ont également constitué un groupe de comparaison de 13 686 adultes sans TDAH identifié, appariés selon leurs caractéristiques démographiques, cliniques et les modalités de traitement.
Les interventions comprenaient des approches de faible intensité, telles que des programmes d’auto-assistance guidée fondés sur les TCC, ainsi que des traitements de plus forte intensité, notamment des TCC individuelles et des entretiens de soutien psychologique.
Les symptômes dépressifs et anxieux ont été évalués respectivement à l’aide des questionnaires Patient Health Questionnaire-9 (PHQ-9) et Generalised Anxiety Disorder-7 (GAD-7).
Trois critères principaux ont été étudiés :
- L’amélioration fiable, correspondant à une réduction cliniquement significative des symptômes, supérieure à la marge d’erreur de mesure ;
- Le rétablissement fiable, associant une amélioration significative à des scores symptomatiques inférieurs aux seuils cliniques ;
- L’aggravation fiable, correspondant à une détérioration significative des symptômes.
Des réductions significatives des symptômes dépressifs et anxieux…
Chez les adultes présentant un TDAH, les psychothérapies ont été suivies de réductions modérées à importantes des symptômes dépressifs (Cohen d = −0,72 ; intervalle de confiance [IC] à 95 % : −0,75 à −0,70) et anxieux (Cohen d = −0,72 ; IC à 95 % : −0,74 à −0,69).
Ces résultats témoignent d’une amélioration notable des symptômes entre le début et la fin du traitement. Toutefois, en l’absence d’un groupe témoin de patients présentant un TDAH et n’ayant reçu aucun traitement, ces améliorations ne peuvent pas être attribuées exclusivement à la psychothérapie.
… mais des résultats moins favorables que chez les adultes sans TDAH
Malgré ces améliorations, les adultes présentant un TDAH ont systématiquement obtenu des résultats thérapeutiques moins favorables que les patients sans diagnostic de TDAH.
Après prise en compte des différences entre les deux groupes concernant les caractéristiques des patients et les facteurs liés au traitement, les adultes présentant un TDAH avaient :
- Une probabilité relative d’amélioration fiable plus faible de 23 %, avec un odds ratio (OR) de 0,77 (IC à 95 % : 0,73–0,81 ; p < 0,0001).
- Une probabilité relative de rétablissement fiable plus faible de 31 %, avec un OR de 0,69 (IC à 95 % : 0,65–0,72 ; p < 0,0001).
- Une probabilité relative d’aggravation fiable plus élevée de 38 %, avec un OR de 1,38 (IC à 95 % : 1,25–1,50 ; p < 0,0001).
Ces différences persistaient après ajustement sur la sévérité initiale des symptômes, les caractéristiques démographiques et les facteurs liés au traitement. Ces résultats suggèrent que les prises en charge psychologiques conventionnelles ne répondent pas toujours de manière optimale aux besoins des adultes présentant un TDAH.
Adhésion au traitement et différences démographiques
Les adultes présentant un TDAH étaient davantage susceptibles d’interrompre prématurément leur traitement, d’être orientés vers d’autres structures de soins ou de ne pas être considérés comme éligibles à la prise en charge.
Les analyses exploratoires n’ont pas clairement montré que le TDAH influençait le lien entre les caractéristiques démographiques des patients et leur réponse au traitement. Toutefois, la faible représentation des personnes âgées et des minorités ethniques limitait la possibilité de tirer des conclusions définitives.
Pourquoi les résultats thérapeutiques pourraient-ils différer ?
Plusieurs explications potentielles ont été avancées.
Les difficultés d’attention, d’organisation, de mémoire et de régulation émotionnelle associées au TDAH peuvent compliquer l’engagement des patients dans les approches thérapeutiques conventionnelles. Certains peuvent notamment éprouver des difficultés à réaliser les exercices entre les séances, à mémoriser les stratégies thérapeutiques ou à maintenir une assiduité régulière aux consultations.
Par ailleurs, une connaissance insuffisante du TDAH par les professionnels de santé, ainsi que l’absence de recommandations standardisées concernant l’adaptation des psychothérapies, pourraient contribuer à une moindre efficacité des traitements.
Des facteurs de stress psychosociaux persistants, les expériences de discrimination et une éventuelle chronicité accrue des troubles psychiques pourraient également influencer les résultats.
Il convient toutefois de souligner que ces explications restent des hypothèses et ne constituent pas des mécanismes démontrés par l’étude.
Interpréter les résultats avec prudence
La nature observationnelle de l’étude ne permet pas d’établir de lien de causalité. Bien que les méthodes statistiques d’appariement aient permis de réduire les différences entre les groupes, certains facteurs non mesurés pourraient avoir influencé les résultats.
Par ailleurs, les personnes présentant un TDAH étaient nettement sous-représentées dans la base de données par rapport aux estimations issues d’études épidémiologiques antérieures. Cette situation pourrait notamment refléter un sous-diagnostic du TDAH ou des obstacles à l’accès aux soins.
Enfin, les chercheurs ne disposaient pas d’informations sur les traitements médicamenteux spécifiques du TDAH, les différentes présentations cliniques du trouble ou les interventions antérieures ciblant le TDAH. Cette absence de données limite l’évaluation de leur influence potentielle sur la réponse thérapeutique.
Implications cliniques : vers une prise en charge psychologique plus inclusive
Ces résultats soutiennent l’intérêt de proposer aux adultes présentant un TDAH des psychothérapies ciblant directement la dépression et l’anxiété, plutôt que de concentrer exclusivement les interventions sur la gestion des symptômes du TDAH.
Toutefois, l’amélioration des résultats pourrait nécessiter des adaptations thérapeutiques tenant compte des particularités du TDAH. Celles-ci pourraient notamment inclure des supports thérapeutiques plus accessibles, un accompagnement renforcé pour la réalisation des exercices entre les séances, une plus grande flexibilité dans l’organisation des soins et une meilleure sensibilisation des professionnels de santé aux particularités neurodéveloppementales.
De futures études prospectives devront déterminer quelles adaptations permettent d’améliorer l’efficacité des interventions, le maintien des patients dans les programmes thérapeutiques et l’accessibilité des soins.
Le message principal de cette étude est encourageant, tout en appelant à la vigilance : les adultes présentant un TDAH peuvent tirer des bénéfices significatifs des psychothérapies conventionnelles. Néanmoins, la persistance d'inégalités dans les résultats thérapeutiques souligne la nécessité de développer des prises en charge en santé mentale plus personnalisées, accessibles et équitables.
Source(s) :
The Lancet Regional Health – Europe ;
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