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Cancer du sein : une radiothérapie plus courte devient le nouveau standard mondial

Oncologie

Par Elodie Vaz | Publié le 12 mars 2026 | 4 min de lecture


Le cancer du sein demeure le plus fréquent chez les femmes. En France, environ 60 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, dont près d’un tiers au stade locorégional. Dans ces situations, la prise en charge repose classiquement sur une chirurgie suivie d’une radiothérapie ciblant le sein ou la paroi thoracique ainsi que les zones ganglionnaires.

Jusqu’à récemment, le schéma de référence consistait en 25 séances de radiothérapie administrées sur cinq semaines. Les résultats finaux de l’essai français de phase III, publiés en mars 2026 dans The Lancet après cinq ans de suivi, pourraient profondément modifier cette stratégie thérapeutique à l’échelle internationale.



Peut-on traiter aussi efficacement en moins de temps ?


Coordonnée par la Dr Sofia Rivera, onco-radiothérapeute à l’Institut Gustave Roussy, l’étude HypoG-01 avait pour ambition d’évaluer si un protocole de radiothérapie hypofractionnée plus court pouvait être utilisé chez les patientes nécessitant une irradiation ganglionnaire.

L’objectif principal était de démontrer la non-infériorité d’un traitement en trois semaines par rapport au protocole standard en cinq semaines, en termes de sécurité et d’efficacité. Les investigateurs ont notamment cherché à déterminer si l’augmentation de la dose par séance pouvait accroître le risque de lymphœdème.


L’essai HypoG-01 a été conduit dans 29 hôpitaux français et a inclus 1 265 patientes entre septembre 2016 et mars 2020. Toutes présentaient un cancer du sein au stade locorégional, avec une atteinte ganglionnaire. Les critères d’inclusion étaient volontairement larges afin de refléter la diversité des situations cliniques rencontrées en pratique, incluant différents sous-types tumoraux (HER2+, récepteurs hormonaux positifs ou cancers triple négatif).

« Notre ambition était de développer un essai pragmatique, dont les conclusions pourraient facilement être applicables dans la pratique clinique courante », souligne dans un communiqué de presse de l’Institut Gustave Roussy, Dr Sofia Rivera.

Les participantes ont été randomisées en deux groupes. Le premier recevait un protocole hypofractionné de 15 séances sur trois semaines, pour une dose totale de 40 Gy (2,67 Gy par fraction). Le second groupe suivait le traitement standard de 25 séances sur cinq semaines, pour une dose totale de 50 Gy (2 Gy par fraction). Les analyses statistiques ont été réalisées par l’équipe du Pr Stefan Michiels, spécialiste en biostatistique à l’Institut Gustave Roussy.


Trois semaines de traitement aussi sûres que cinq


Après cinq ans de suivi, les résultats montrent que la radiothérapie hypofractionnée sur trois semaines présente un profil de sécurité comparable au traitement standard. L’incidence du lymphœdème est quasiment identique dans les deux groupes : 22 % dans le bras traité par le protocole classique contre 23 % dans le groupe hypofractionné. Les effets indésirables graves demeurent rares et similaires entre les deux stratégies (2,6 %).

L’étude confirme également l’efficacité oncologique du protocole court. Le schéma en trois semaines n’est pas moins performant que le traitement standard pour prévenir les récidives et assurer des chances de guérison équivalentes.

Ces données apportent un niveau de preuve particulièrement attendu pour l’irradiation des ganglions, notamment ceux de la chaîne mammaire interne, localisés plus profondément dans le thorax et historiquement considérés comme plus délicats à traiter par hypofractionnement.


Au-delà de la démonstration scientifique, l’impact clinique et organisationnel de ces résultats est considérable. Réduire la radiothérapie de 25 à 15 séances diminue de 40 % la durée du traitement, allégeant significativement la charge pour les patientes et les systèmes de santé.

« L’étude HypoG-01 apporte enfin la preuve scientifique de haut niveau qui nous manquait à l’échelle internationale pour généraliser le traitement court aux formes de cancers du sein nécessitant une irradiation ganglionnaire », affirme Dr Sofia Rivera. « Nous démontrons qu’il est possible de traiter tout aussi bien, mais beaucoup plus vite, en réduisant de deux semaines le parcours des femmes sans aucun surrisque de complications. »


Vers une radiothérapie plus efficiente


En établissant la non-infériorité d’un protocole hypofractionné dans les cancers du sein avec atteinte ganglionnaire, l’essai HypoG-01 marque une étape majeure dans l’évolution des standards thérapeutiques. Promue par Unicancer et soutenue par l’INCa, cette recherche académique française ouvre la voie à une transformation globale de la radiothérapie mammaire.

Au-delà de l’amélioration du parcours de soins, ces résultats pourraient aussi favoriser l’accès à la radiothérapie dans des systèmes de santé contraints, où la disponibilité des équipements et des créneaux de traitement reste limitée. À l’avenir, l’intégration de stratégies d’irradiation encore plus personnalisées, combinées aux progrès de la radiothérapie de précision, pourrait poursuivre cette dynamique vers des traitements à la fois plus courts, plus ciblés et mieux tolérés.

À lire également : L’exercice combiné, une stratégie gagnante pour la forme cardiorespiratoire post-cancer du sein




À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.      



Source(s) :
Rivera S, et al. 5-year results of hypofractionated locoregional radiotherapy in early breast cancer (HypoG-01 – UNICANCER): a French multicentre, randomised, non-inferiority, phase 3, open-label, controlled trial. Lancet. 2026;407:976-987. ;

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