Mpox et grossesse : un danger pour le fœtus ?
Gynécologie et Obstétrique
Le Mpox (anciennement
monkeypox) est une zoonose virale due au Monkeypox virus (MPXV), un
orthopoxvirus à ADN double brin. Initialement endémique en Afrique centrale et
occidentale, le virus a connu une expansion mondiale majeure entre 2022 et
2024, conduisant l’OMS à déclarer une urgence de santé publique. Plus de 80
000 cas ont été rapportés dans plus de 100 pays.
Si la majorité des infections
sont bénignes, certaines populations sont à risque de formes graves, notamment
les femmes enceintes. Des complications obstétricales telles que fausses
couches, morts fœtales in utero et prématurité ont été décrites. Des
données suggèrent également une transmission verticale transplacentaire,
soulevant des interrogations sur les mécanismes physiopathologiques impliqués.
Cependant, les données cliniques
restent limitées, hétérogènes et souvent issues de contextes à faibles
ressources. L’objectif de cette revue, publiée dans le Journal of Medical
Virology en 2025, est de synthétiser les connaissances disponibles sur
l’infection à MPXV pendant la grossesse, avec un focus particulier sur la transmission
materno-fœtale et les implications cliniques.
Le virus traverse-t-il la
barrière placentaire ?
Cette revue narrative analyse les
données cliniques, épidémiologiques et expérimentales relatives au Mpox chez la
femme enceinte.
Les données historiques
proviennent principalement de cohortes africaines infectées par le clade I,
plus virulent. Dans l’étude menée en République Démocratique du Congo
(2007–2011), 3 femmes enceintes sur 4 infectées ont présenté une issue
fœtale défavorable, incluant des morts fœtales in utero. Un cas documenté de syndrome
congénital Mpox associait lésions cutanées diffuses, hydrops fœtal et
hépatomégalie. Le virus a été détecté par PCR dans le liquide amniotique, le
sang fœtal et le placenta, confirmant une transmission verticale.
À l’inverse, lors de l’épidémie
mondiale de 2022–2023 liée au clade IIb, plus de 50 cas de femmes
enceintes ont été rapportés sans décès maternel ni complication fœtale majeure
documentée. La létalité globale était inférieure à 0,1 %, suggérant une
virulence moindre. Les différences inter-clades pourraient s’expliquer par des
mutations affectant des protéines d’entrée virale telles que B22R, ainsi
que par une capacité réduite de dissémination cellulaire.
Les modèles animaux renforcent
l’hypothèse d’une transmission in utero. Chez le macaque rhésus,
l’infection par le clade IIb a conduit à des décès fœtaux et à une
positivité virale des villosités placentaires. Des analyses in vitro ont montré
que les trophoblastes extravilleux sont permissifs à l’infection, avec
réplication virale et libération de particules via des prolongements
filopodiaux.
Sur le plan immunologique,
l’infection placentaire induit une réponse inflammatoire marquée, avec
activation macrophagique et production accrue de cytokines pro-inflammatoires.
Toutefois, les mécanismes précis de franchissement de la barrière fœto-placentaire
restent mal définis.
Concernant la prise en charge, le
tecovirimat représente l’option antivirale principale, sans signal de
tératogénicité chez l’animal. Néanmoins, aucune donnée robuste ne démontre son
efficacité dans la prévention de la transmission verticale.
Surveiller, comprendre,
anticiper
Le Mpox pendant la grossesse
constitue une situation à risque potentiel, particulièrement avec les clades
les plus virulents.
Cette revue avait pour objectif
d’évaluer les preuves de transmission verticale et les conséquences
obstétricales associées. Les données disponibles confirment que le clade I
est associé à des complications fœtales sévères, incluant mort in utero et
syndrome congénital. En revanche, le clade IIb, responsable de
l’épidémie récente, semble associé à une morbidité obstétricale plus faible.
Les principales limites
concernent la faible taille des cohortes, l’absence de suivi systématique des
grossesses infectées et le manque d’analyses standardisées des annexes fœtales.
Des études prospectives
multicentriques, intégrant analyses placentaires, charge virale et suivi
néonatal, sont indispensables pour préciser le risque réel. Une meilleure
compréhension du tropisme placentaire et des différences inter-clades permettra
d’optimiser la surveillance obstétricale et d’adapter les stratégies
thérapeutiques chez les femmes enceintes exposées au MPXV.
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