La prise en charge de l’asthme sévère reste complexe, notamment chez les patients présentant des symptômes persistants et des exacerbations malgré un traitement optimisé. Les objectifs thérapeutiques évoluent progressivement au-delà du simple contrôle des symptômes, pour viser désormais l’obtention d’une rémission clinique.
Le dupilumab, un anticorps monoclonal ciblant la sous-unité commune du récepteur des interleukines (IL)-4 et IL-13, inhibe des voies de signalisation essentielles impliquées dans l’inflammation de type 2. Bien que des essais contrôlés randomisés aient démontré son efficacité dans l’asthme sévère, les données concernant le maintien de son efficacité à long terme en pratique clinique courante restent limitées.
L’étude ProVENT, toujours en cours, vise à combler ce manque de données. Cette analyse intermédiaire a évalué l’efficacité du dupilumab sur une période de deux ans, en s’intéressant à la fonction respiratoire, au contrôle de l’asthme, à la qualité de vie, aux biomarqueurs inflammatoires et à la rémission clinique. Les résultats ont été publiés en avril 2026 dans la revue Respiratory Medicine.
Evaluation des résultats à long terme en pratique clinique courante
ProVENT est une étude observationnelle, prospective et multicentrique, menée en Autriche, en Allemagne et en Suisse. Elle inclut des patients âgés de 12 ans et plus, recevant du dupilumab pour un asthme sévère non contrôlé dans le cadre de leur prise en charge habituelle.
Parmi les 399 patients inclus, 259 disposaient d’au moins une évaluation après l’inclusion, tandis que 100 avaient atteint les deux ans de suivi. L’âge moyen était de 53,1 ans et 53,4 % des patients étaient des femmes. Les patients présentaient un asthme depuis 15,6 ans en moyenne et avaient connu en moyenne deux exacerbations au cours des deux années précédant leur inclusion dans l’étude.
La rémission clinique était définie par quatre critères :
- Absence d’exacerbations sévères de l’asthme.
- Absence de recours aux corticostéroïdes oraux.
- Contrôle des symptômes de l’asthme.
- Amélioration ou stabilisation de la fonction respiratoire.
Ces critères ont été évalués sur des périodes d’un et de deux ans.
Une amélioration durable de la fonction respiratoire
Le traitement par dupilumab a été associé à une amélioration rapide de la fonction respiratoire, observable dès les trois premiers mois et maintenue tout au long du suivi.
À 24 mois, le volume expiratoire maximal en une seconde (VEMS) moyen pré-bronchodilatateur avait augmenté de 0,24 L (écart-type [ET] : 0,46), tandis que le VEMS moyen exprimé en pourcentage de la valeur théorique avait progressé de 10,1 points de pourcentage (15,8).
Ces résultats suggèrent une amélioration durable de la limitation du débit aérien dans les conditions habituelles de prise en charge.
Un meilleur contrôle de l’asthme et une amélioration de la qualité de vie
Les résultats rapportés par les patients se sont également nettement améliorés, avec des bénéfices apparaissant rapidement et se maintenant pendant deux ans.
À 24 mois :
- Le score au questionnaire de contrôle de l’asthme en cinq items (ACQ-5) avait diminué en moyenne de 0,96 point (1,2), traduisant un meilleur contrôle des symptômes.
- Le score au test de contrôle de l’asthme (ACT) avait augmenté de 4,4 points (5,5), reflétant une amélioration du contrôle de la maladie.
- Le score au questionnaire standardisé de qualité de vie liée à l’asthme (AQLQ[S]) avait progressé de 0,61 point (1,3), suggérant une réduction du retentissement de la maladie sur la vie quotidienne.
Fait important, ces améliorations dépassaient les seuils établis de changement minimal cliniquement pertinent, indiquant des bénéfices susceptibles d’être perceptibles par les patients.
Une réduction des biomarqueurs de l’inflammation de type 2
Le dupilumab a également été associé à une diminution des biomarqueurs de l’inflammation de type 2.
La fraction expirée du monoxyde d’azote (FeNO), un marqueur de l’inflammation des voies aériennes, a rapidement diminué et est restée inférieure à sa valeur initiale tout au long du suivi. Les concentrations sériques d’immunoglobulines E (IgE) totales ont également diminué.
Le nombre d’éosinophiles sanguins a fluctué au cours du traitement, mais était globalement plus faible après deux ans qu’à l’inclusion.
Ces résultats biologiques confortent l’hypothèse d’un effet durable du dupilumab sur les voies inflammatoires impliquées dans l’asthme sévère. Toutefois, les mesures des biomarqueurs n’étaient disponibles que pour un nombre relativement limité de patients lors des dernières visites de suivi.
Près de six patients sur dix ont atteint une rémission clinique
L’un des résultats les plus marquants concerne la proportion de patients ayant satisfait aux quatre critères de rémission clinique.
Parmi les patients disposant de données complètes pour l’évaluation de la rémission, 55,9 % avaient atteint une rémission clinique après un an, une proportion qui s’élevait à 58,0 % après deux ans.
L’absence d’exacerbations sévères et le contrôle satisfaisant des symptômes figuraient parmi les critères individuels les plus fréquemment remplis.
Ces résultats suggèrent que la rémission clinique pourrait constituer un objectif atteignable pour une proportion importante de patients traités par dupilumab en pratique clinique courante.
Des résultats prometteurs, mais certaines limites à prendre en compte
Les résultats de ProVENT confortent les observations des essais cliniques antérieurs et apportent des données supplémentaires indiquant que les améliorations associées au dupilumab peuvent se maintenir pendant au moins deux ans.
Cependant, plusieurs limites doivent être prises en considération. Cette étude observationnelle, sans groupe comparateur, ne permet pas de comparaison directe avec d’autres traitements ni d’établir un lien de causalité. Les données de suivi manquantes et le nombre relativement restreint de patients ayant atteint deux ans de suivi peuvent également introduire des biais.
Par ailleurs, les différences de définition de la rémission clinique compliquent les comparaisons avec d’autres études. Les données de tolérance n’ont pas été rapportées dans cette analyse intermédiaire et feront l’objet d’une évaluation dans la publication finale.
Vers des objectifs thérapeutiques plus ambitieux à long terme
Les résultats à deux ans de l’étude ProVENT suggèrent que le dupilumab est associé à des améliorations durables de la fonction respiratoire, du contrôle des symptômes, de la qualité de vie et des biomarqueurs inflammatoires chez les patients atteints d’asthme sévère.
Fait particulièrement notable, près de 60 % des patients disposant de données complètes avaient atteint une rémission clinique après deux ans.
Bien que des données complémentaires soient nécessaires, notamment concernant la tolérance à long terme et les résultats obtenus dans des populations plus importantes, ces observations renforcent la place potentielle du dupilumab dans la poursuite d’objectifs thérapeutiques plus ambitieux, allant au-delà du contrôle conventionnel de l’asthme.