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Thérapie génique : un tournant pour Parkinson ?

Neurologie

Par Ana Espino | Publié le 7 avril 2026 | 4 min de lecture


La maladie de Parkinson est une pathologie neurodégénérative progressive majeure, touchant plus de 8,5 millions de patients dans le monde. Son incidence continue d’augmenter, constituant un enjeu croissant de santé publique. Elle se caractérise par une dégénérescence progressive des neurones dopaminergiques de la substance noire, associée à l’accumulation d’agrégats d’α-synucléine, responsables de dysfonctionnements neuronaux.

Cliniquement, la maladie associe des symptômes moteurs, incluant bradykinésie, rigidité et tremblements, mais également des manifestations non motrices souvent invalidantes, comme les troubles cognitifs ou du sommeil. Ces atteintes reflètent la complexité des mécanismes physiopathologiques impliqués, encore incomplètement élucidés.

Les traitements actuels, dominés par la lévodopa, permettent une amélioration symptomatique initiale. Toutefois, leur efficacité diminue avec le temps, avec l’apparition de fluctuations motrices et dyskinésies. Par ailleurs, ces approches n’agissent pas sur les mécanismes sous-jacents de la maladie et restent peu efficaces sur les symptômes non moteurs.

Dans ce contexte, il existe un besoin critique de stratégies capables de ralentir, voire modifier la progression de la maladie. La thérapie génique émerge comme une approche innovante, visant à cibler directement les mécanismes moléculaires impliqués, notamment la production de dopamine, la neuroprotection ou la réduction de l’α-synucléine.


L’objectif de cette revue est d’analyser les développements récents en thérapie génique dans la maladie de Parkinson, en évaluant leurs mécanismes d’action, leurs résultats cliniques et leurs limites, afin d’identifier les perspectives thérapeutiques futures.



La thérapie génique tient-elle ses promesses ?


Cette revue synthétise les données issues d’études précliniques et essais cliniques évaluant différentes approches de thérapie génique. Les méthodes reposent principalement sur l’utilisation de vecteurs viraux, notamment AAV, lentivirus et HSV, permettant un transfert ciblé de gènes dans le système nerveux central.

Les stratégies visant à restaurer le système dopaminergique reposent sur l’introduction de gènes impliqués dans la synthèse de dopamine, tels que TH, AADC et GTPCH. Des essais cliniques ont montré une amélioration des scores moteurs (UPDRS) et une bonne tolérance, bien que les effets restent comparables au placebo dans certaines études.

D’autres approches ciblent l’hyperactivité neuronale via l’expression de GAD, augmentant la production de GABA. Des essais de phase II rapportent une amélioration d’environ 23 % des scores moteurs, confirmant un effet clinique modéré mais significatif.

La neuroprotection constitue un axe majeur avec l’administration de facteurs trophiques comme GDNF, NRTN ou CDNF. Ces stratégies montrent une augmentation de biomarqueurs dopaminergiques, sans bénéfice clinique constant, notamment chez les patients à un stade avancé.

Les thérapies ciblant les mutations génétiques, notamment PINK1, PRKN ou DJ-1, permettent de corriger des dysfonctionnements mitochondriaux. Des modèles animaux montrent une amélioration fonctionnelle et une neuroprotection significative.

La restauration de la fonction lysosomale via GBA1 représente une stratégie prometteuse. Elle permet de réduire l’accumulation d’α-synucléine et l’inflammation, avec plusieurs essais cliniques en cours.

Enfin, la réduction de l’expression de SNCA par ARN interférents diminue les niveaux d’α-synucléine et améliore les symptômes dans des modèles animaux. Toutefois, des risques de neurotoxicité sont observés, soulignant la nécessité d’un contrôle précis de l’expression génique.



Un espoir réel, encore à confirmer


La maladie de Parkinson reste une pathologie neurodégénérative complexe, sans traitement curatif à ce jour. Les approches actuelles, essentiellement symptomatiques, ne permettent pas de ralentir la progression de la maladie, soulignant un besoin urgent de stratégies ciblant les mécanismes physiopathologiques sous-jacents.


Dans ce contexte, cette revue met en évidence que la thérapie génique constitue une approche particulièrement prometteuse, avec des effets observés sur les fonctions motrices et certains biomarqueurs neurologiques, suggérant un impact potentiel au-delà du simple contrôle symptomatique.


Néanmoins, plusieurs limites freinent encore son application clinique. On observe une variabilité importante des réponses entre patients, probablement liée à l’hétérogénéité de la maladie et aux différences de stades évolutifs. Les défis techniques liés aux vecteurs viraux, notamment en termes de ciblage, de sécurité et de contrôle de l’expression génique, restent également majeurs. Enfin, le manque de données à long terme limite l’évaluation de l’efficacité durable et des effets indésirables potentiels.


Les perspectives reposent sur le développement de stratégies combinées, associant plusieurs cibles thérapeutiques, ainsi que sur l’optimisation des systèmes de délivrance pour améliorer la précision et la sécurité. Une meilleure sélection des patients, basée sur des profils génétiques et cliniques, apparaît également essentielle. À terme, la thérapie génique pourrait s’imposer comme un pilier de la médecine personnalisée, capable de modifier l’évolution de la maladie de Parkinson.

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À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le 
partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 



Source(s) :
Szunyogh S, et al. Recent developments in gene therapy for Parkinson's disease. Mol Ther. 2025 May 7;33(5):2052-2064. doi: 10.1016/j.ymthe.2025.03.030. Epub 2025 Mar 22. PMID: 40121531; PMCID: PMC12126811 ;

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