Par Elodie Vaz | Publié le 23 février 2026 | 3 min de lecture
Les infections respiratoires aiguës,
qu’elles soient virales, bactériennes ou allergiques, restent un défi majeur de
santé publique. Le SARS-CoV-2 et d’autres coronavirus illustrent la capacité
des virus à muter rapidement, rendant nécessaire l’actualisation régulière des
vaccins. À cela s’ajoutent des bactéries opportunistes comme le Staphylococcus
aureus et l’Acinetobacter baumannii, fréquentes en milieu hospitalier, ainsi
que des allergènes respiratoires tels que les acariens domestiques, moteurs d’asthme
allergique.
Dans une étude publiée le 19 février dans
Science, l’équipe du professeur Bali Pulendran (Stanford Medicine) décrit un
vaccin intranasal capable, chez la souris, de protéger contre cet ensemble
hétérogène de menaces respiratoires.
Dépasser 230 ans de paradigme
antigénique
Depuis le médecin anglais Edward Jenner,
« le paradigme de la vaccinologie depuis 230 ans » repose sur la spécificité
antigénique, rappelle dans un communiqué de presse le Pr Pulendran, professeur
de microbiologie et d’immunologie, et auteur principal de l’étude. Les vaccins
miment un composant distinctif du pathogène afin d’induire une mémoire
adaptative ciblée.
Mais cette stratégie montre ses limites
face à la dérive antigénique. « Il devient de plus en plus évident que de
nombreux agents pathogènes sont capables de muter rapidement. À l’instar du
léopard qui change ses taches, un virus peut modifier les antigènes présents à
sa surface », souligne le chercheur.
Si des vaccins dits « universels » ont
été envisagés contre des familles virales entières, l’idée d’un vaccin
réellement transversal restait marginale. « Cette idée nous intéressait car
elle paraissait un peu extravagante. Je pense que personne n’envisageait
sérieusement qu’une telle chose puisse être possible », confie-t-il.
Miser sur l’immunité intégrée
Plutôt que de cibler un antigène, le
vaccin mime les signaux immunitaires échangés lors d’une infection. Il vise à
exploiter l’interaction entre immunité innée et adaptative pour instaurer un
état d’alerte pulmonaire prolongé.
« Ce qui est remarquable avec le système
immunitaire inné, c’est qu’il peut protéger contre un large éventail de
microbes différents », rappelle le Pr Pulendran. Habituellement transitoire,
cette réponse peut toutefois être prolongée dans certaines conditions, comme
suggéré par les effets hétérologues du vaccin BCG.
Des travaux antérieurs de l’équipe
avaient montré que des lymphocytes T pulmonaires pouvaient maintenir
l’activation des cellules innées via des cytokines stimulant des récepteurs de
type Toll. « Ces lymphocytes T fournissaient un signal essentiel pour maintenir
l’activation du système immunitaire inné, qui dure généralement quelques jours
ou une semaine, mais qui, dans ce cas précis, pouvait durer jusqu’à trois mois
», précise l’auteur de l’étude.
Le nouveau vaccin, GLA-3M-052-LS+OVA,
associe des agonistes de récepteurs Toll à une protéine modèle (ovalbumine)
destinée à recruter des lymphocytes T dans le poumon, administré par voie
intranasale.
Une « double peine » pour les
pathogènes
Chez la souris, trois doses hebdomadaires
ont conféré une protection d’au moins trois mois contre le SARS-CoV-2 et
d’autres coronavirus. Les animaux vaccinés ont présenté une perte de poids
minime, une charge virale pulmonaire réduite d’un facteur 700 et une survie
complète.
« Le système immunitaire pulmonaire est
tellement réactif et alerte qu’il peut déclencher les réponses adaptatives
typiques (lymphocytes T et anticorps spécifiques du virus) en seulement trois
jours, ce qui est un délai extrêmement court », explique-t-il. « Normalement,
chez une souris non vaccinée, cela prend deux semaines. »
La protection s’est étendue aux
infections bactériennes à Staphylococcus aureus et Acinetobacter baumannii.
Face à ces résultats, l’équipe a élargi son exploration. « Alors on s’est dit :
“Qu’est-ce qui pourrait encore pénétrer dans les poumons ?” (…) Des allergènes.
» Exposées à un allergène d’acariens, les souris vaccinées ont montré une
atténuation de la réponse Th2 et l’absence d’hypersécrétion de mucus.
Vers une application clinique ?
« Je pense que nous disposons d’un vaccin
universel contre diverses menaces respiratoires », avance le scientifique. Des
essais de phase I sont envisagés pour évaluer l’innocuité chez l’humain, avec
l’hypothèse que deux doses intranasales pourraient suffire.
Dans une projection optimiste, le
chercheur estime qu’un tel vaccin pourrait être disponible d’ici cinq à sept
ans avec un financement adéquat. « Imaginez recevoir à l’automne un spray nasal
qui vous protège de tous les virus respiratoires, y compris la COVID-19, la
grippe, le virus respiratoire syncytial et le rhume, ainsi que de la pneumonie
bactérienne et des allergènes du début du printemps. (…) Cela révolutionnerait
la pratique médicale. »
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À propos
de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en
santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore
les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur
la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans
au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes.
Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue
que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.