Par Ana Espino | Publié le 26 juin 2026 | 4 min de lecture
Longtemps resté dans l’ombre d’autres arboviroses comme la
dengue, le chikungunya ou le Zika, le virus Oropouche (OROV) suscite
aujourd’hui une attention croissante des autorités sanitaires. Responsable de
flambées épidémiques récurrentes en Amérique latine, notamment au Brésil, ce
virus est transmis principalement par des moucherons du genre Culicoides.
Jusqu’à récemment, l’infection était considérée comme une maladie fébrile
généralement bénigne et spontanément résolutive.
Cependant, plusieurs signalements récents ont soulevé une
inquiétude majeure : le virus pourrait être capable de franchir la barrière
placentaire et d’affecter le développement du fœtus. Cette hypothèse rappelle
les premières observations réalisées lors de l’émergence du virus Zika. Face à
ces nouvelles données, des chercheurs ont réalisé une revue de la littérature
afin de faire le point sur les connaissances disponibles concernant l’infection
à Oropouche pendant la grossesse, ses modalités de transmission et ses
conséquences périnatales potentielles.
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Des indices de plus en plus solides en faveur d’une
transmission mère-enfant
Les auteurs ont analysé les données issues d’études
cliniques, de séries de cas, de rapports de surveillance et de publications
scientifiques consacrés à l’infection à Oropouche pendant la grossesse. Leur
revue met en évidence plusieurs cas documentés de transmission verticale,
confirmés par la détection de matériel génétique viral dans le placenta, le
liquide amniotique, le sang du cordon ombilical ou encore certains tissus
fœtaux.
Les observations les plus préoccupantes concernent les
conséquences fœtales. À ce jour, plusieurs cas de décès in utero ont été
associés à une infection maternelle par le virus. D’autres grossesses ont été
marquées par la survenue d’anomalies congénitales, notamment des
microcéphalies, des ventriculomégalies, des anomalies du corps calleux, des
atrophies cérébrales, des malformations de la fosse postérieure ou encore des
arthrogryposes. Les auteurs soulignent que ces atteintes touchent
principalement le système nerveux central, suggérant un neurotropisme du virus
comparable à celui observé avec d’autres arbovirus tératogènes.
L’analyse suggère également que les infections survenant au
premier trimestre pourraient être associées au risque le plus élevé de
complications graves, période correspondant aux étapes critiques de
l’organogenèse. Toutefois, des effets indésirables ont également été rapportés
après des infections plus tardives au cours de la grossesse.
Les chercheurs rappellent enfin que le diagnostic reste
complexe. Les symptômes de l’infection – fièvre, céphalées, douleurs
musculaires et articulaires, nausées ou vomissements – sont très proches de
ceux observés lors de nombreuses autres arboviroses circulant dans les mêmes
régions. La confirmation repose principalement sur la RT-PCR durant la phase
aiguë puis sur des tests sérologiques ultérieurs.
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Vers la reconnaissance d’un syndrome congénital à
Oropouche ?
Cette revue met en lumière l’émergence d’un risque
jusqu’alors largement sous-estimé associé au virus Oropouche. Les données
actuellement disponibles suggèrent qu’une transmission verticale est possible
et qu’elle pourrait être responsable de complications fœtales parfois sévères,
notamment neurologiques.
Les auteurs soulignent toutefois que les connaissances
restent encore limitées. La majorité des données provient de cas isolés ou de
petites séries observationnelles, ce qui ne permet pas encore d’estimer
précisément la fréquence des complications ni d’établir un lien causal
définitif. Les mécanismes exacts de transmission placentaire et les
conséquences neurodéveloppementales à long terme chez les enfants exposés
demeurent également mal connus.
Malgré ces incertitudes, les résultats justifient une
vigilance accrue dans les régions touchées par les épidémies d’Oropouche. Les
auteurs plaident pour l’intégration du virus dans le diagnostic des syndromes
fébriles de la grossesse, le renforcement de la surveillance materno-fœtale et
la mise en place d’études prospectives de grande ampleur. À l’image de ce qui a
été réalisé après l’épidémie de Zika, ces travaux pourraient permettre de mieux
caractériser un éventuel syndrome congénital associé à Oropouche et d’adapter
les stratégies de prévention et de prise en charge des femmes enceintes
exposées.
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.