Par Elodie Vaz | Publié le 9 mars 2026 | 3 min de lecture
L’astrocytome de haut grade, qui inclut
le glioblastome, figure parmi les tumeurs cérébrales les plus agressives. Sa
croissance rapide et sa forte propension à récidiver après résection en font
une pathologie au pronostic sombre. En cas de récidive, la survie médiane n’est
généralement que de quatre à cinq mois.
Si les inhibiteurs de points de contrôle
immunitaire ont transformé la prise en charge de nombreux cancers solides en
réactivant les lymphocytes T contre les cellules tumorales, leur efficacité
reste limitée dans les tumeurs cérébrales. En cause : la barrière
hémato-encéphalique.
Franchir la barrière
hémato-encéphalique
Des chercheurs de Keck Medicine de l’USC
en Californie ont exploré une stratégie visant à surmonter cette barrière afin
de potentialiser l’effet d’un inhibiteur de point de contrôle immunitaire, le
pembrolizumab, chez des patients atteints d’astrocytome de haut grade
récidivant.
L’hypothèse : associer la thermothérapie
interstitielle au laser (LITT), procédure minimalement invasive capable de
détruire le tissu tumoral par hyperthermie, à l’immunothérapie, afin de
faciliter l’infiltration et l’activation des lymphocytes T au sein de la
tumeur. Les résultats ont été publiés le 26 février dans la revue Nature
Communications.
L’essai clinique de phase 1/2b a inclus
45 patients présentant une deuxième récidive d’astrocytome de haut grade. Près
de 15 % en étaient à une troisième récidive, témoignant d’une maladie très
avancée.
La thermothérapie interstitielle au
laser
Les participants ont été répartis entre
deux approches : soit une thermothérapie interstitielle au laser (LITT), soit
une chirurgie avec biopsie, suivies dans les deux cas d’un traitement par
pembrolizumab.
Pour la LITT, les neurochirurgiens ont
utilisé l’IRM afin de localiser précisément la tumeur, guider la sonde laser et
délivrer la chaleur de manière ciblée. L’hyperthermie détruit le tissu tumoral
tout en préservant les structures saines environnantes et, surtout, perturbe la
barrière hémato-encéphalique pendant plusieurs semaines.
Selon les travaux antérieurs de l’équipe,
cette fenêtre temporelle permettrait aux lymphocytes T activés par le
pembrolizumab de pénétrer dans le cerveau et d’exercer leur activité
cytotoxique.
Les données rapportées sont marquantes.
Près de la moitié des patients traités par LITT suivie de pembrolizumab étaient
encore en vie 18 mois après le traitement. À l’inverse, aucun des patients
ayant reçu le traitement conventionnel (chirurgie suivie de pembrolizumab)
n’était vivant à 18 mois.
Plus d’un tiers des patients du groupe
LITT - immunothérapie ont survécu au-delà de trois ans, dépassant largement la
survie attendue de quatre à cinq mois pour une récidive d’astrocytome de haut
grade.
La perturbation de la barrière
hémato-encéphalique jouerait un rôle central. « Cela alerte les lymphocytes T
de la présence de la tumeur et facilite leur migration vers la tumeur pour la
localiser et l'attaquer », explique dans un communiqué de presse le professeur
David Tran, MD, PhD, chef du service de neuro-oncologie chez Keck Medicine,
codirecteur du USC Brain Tumor Center et auteur principal de l’étude.
Lever le verrou immunitaire du cerveau
Il souligne la portée clinique
potentielle de ces résultats. « Ils suggèrent que la LITT peut renforcer
l’efficacité de l’inhibiteur de point de contrôle immunitaire pembrolizumab
contre l’astrocytome de haut grade. Les patients atteints de ce type de cancer
avancé disposent de peu d’options thérapeutiques et d’un pronostic sombre.
Cette approche pourrait prolonger significativement leur espérance de vie et
offrir un nouvel espoir aux patients et à leurs proches. »
Alors que la Food and Drug Administration
a depuis autorisé la LITT pour certaines tumeurs cérébrales et que le
pembrolizumab est déjà approuvé dans plusieurs indications oncologiques, ces
résultats ouvrent la voie à des essais de plus grande ampleur. Ils invitent
également à explorer d’autres combinaisons visant à moduler la barrière
hémato-encéphalique pour optimiser l’immunothérapie intracrânienne.
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.