Par Elodie Vaz | Publié le 9 mars 2026
| 3 min de lecture
Avec près de 60 000 nouveaux cas par an
en France, le cancer de la prostate constitue le premier cancer masculin et la
troisième cause de mortalité par cancer. Un homme sur six après 60 ans est
concerné. Si le pronostic des formes localisées est souvent favorable, la
perspective thérapeutique demeure associée, pour les patients, à des séquelles
fonctionnelles redoutées. Jusqu’à 90 % d’entre eux craignent des complications
telles que l’incontinence urinaire et la dysfonction érectile après traitement.
Les stratégies conventionnelles –
prostatectomie totale ou radiothérapie – ont démontré leur efficacité
carcinologique, mais au prix d’effets indésirables non négligeables : troubles
urinaires (20 à 40 %), troubles sexuels (30 à 90 % selon l’âge) et, dans le cas
de l’irradiation, certaines complications digestives. Dans ce contexte,
l’émergence d’approches focales représente un changement paradigmatique.
Traiter la tumeur, pas toute la prostate
Depuis le 1er janvier 2026, le traitement
par ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU), via la plateforme Focal One
développée par EDAP TMS, est remboursé par l’Assurance maladie pour les cancers
localisés. L’enjeu scientifique et clinique est clair : traiter la tumeur index
tout en préservant le parenchyme prostatique sain afin de réduire la morbidité
fonctionnelle. « On n’opère plus avec un bistouri mais avec une souris
d’ordinateur », résume le Pr Pascal Rischmann,
ancien Président de l’Association Française d’Urologie et de l’Académie
nationale de chirurgie. « C’est un traitement personnalisé en fonction de la
tumeur », précise-t-il.
L’objectif de l’étude HIFI, publiée en
décembre 2024 dans European Urology, était de comparer pour la première
fois l’efficacité carcinologique et les résultats fonctionnels de cette
stratégie focale à ceux de la chirurgie radicale.
Moins d’effets secondaires
La technologie repose sur une
planification personnalisée intégrant imagerie 3D et fusion IRM–biopsies,
permettant un ciblage millimétrique de la lésion. Une sonde introduite par voie
naturelle délivre 400 à 600 tirs d’ultrasons focalisés. Sur la zone d’impact,
la température atteint 80 à 100 °C, induisant une nécrose tumorale instantanée
sans incision ni irradiation. L’intervention est réalisée en une séance de 30
minutes à deux heures.
L’étude HIFI a inclus plus de 3 300
patients traités dans 46 centres. Elle compare directement HIFU focal et
prostatectomie totale dans des indications comparables.
Une désescalade thérapeutique
Les résultats « confirment non seulement
l’efficacité carcinologique de la technologie HIFU, mais également des
résultats fonctionnels supérieurs à ceux de la chirurgie, même assistée par
robot, dans les mêmes indications », affirme le Dr Guillaume Ploussard, premier
auteur de l’étude.
Sur le plan fonctionnel, les données sont
particulièrement marquantes. « Les patients opérés par ultrasons focalisés
conservent une sexualité identique dans 90 % des cas », souligne le Pr
Rischmann. Le risque d’incontinence apparaît significativement réduit
comparativement aux approches radicales.
Les témoignages cliniques illustrent ces
données quantitatives. Hervé, 59 ans, traité en 2023 pour une récidive,
rapporte : « Impressionnant, ce traitement ciblé ! (…) À la suite de
l'intervention, j’ai eu très peu d'arrêts maladie, pas de douleurs et aucun
effet secondaire. »
Constantin, anesthésiste, témoigne
également : « Par rapport à la chirurgie, il s'agit d'une intervention
incomparable, c'est incroyable ! (…) Je n’ai eu aucun effet secondaire
fonctionnel (incontinence et dysfonction érectile), ce qui est vraiment important
pour un homme de 48 ans. » Il conclut : « C'est révolutionnaire, et ça
supplante largement la chirurgie à un stade précoce de la lésion. »
Pour le Dr Antoine Faix, « ce nouveau
traitement constitue une désescalade thérapeutique, car il s’agit d’un
traitement curatif ciblant la tumeur et non plus d’un traitement radical
ciblant toute la prostate ». Environ 30 % des patients, soit près de 20 000
hommes par an, pourraient être éligibles, notamment dans les formes localisées
à risque intermédiaire.
Le remboursement national met fin à une
inégalité d’accès jusque-là limitée à certains centres experts ou aux patients
pouvant financer la procédure. « Ce remboursement traduit une évolution vers
une médecine plus ciblée, fondée sur la pertinence des soins : le bon
traitement, au bon patient, au bon moment ! », estime le Pr Matthieu Durand.
Au-delà de la performance technologique,
cette approche s’inscrit dans un mouvement plus large de désescalade
thérapeutique en oncologie urologique. Reste désormais à documenter les
résultats oncologiques à long terme et à affiner les critères de sélection pour
confirmer si cette stratégie focale peut s’imposer durablement comme standard
dans les cancers prostatiques localisés.
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À propos
de l'auteure – Elodie
Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et,
plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010,
elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope
contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent
environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à
celle des Hommes.