Par Elodie Vaz | Publié le 23 avril
2026 | 3 min de lecture
Les troubles psychiatriques et
neurologiques – du TDAH à la schizophrénie, en passant par la dépression ou la
maladie d’Alzheimer – présentent des différences marquées selon le sexe
biologique. Les hommes et les femmes, définis respectivement par des chromosomes
XY et XX, ne sont pas égaux face à ces pathologies, que ce soit en termes de
prévalence, d’âge d’apparition ou d’évolution. Si ces écarts sont souvent
attribués à un mélange de facteurs biologiques et sociaux, leur constance à
travers les cultures et leur émergence à des périodes clés du développement
suggèrent un ancrage biologique plus profond, possiblement lié à l’expression
des gènes dans le cerveau.
C’est dans ce contexte que l’équipe
d’Alex DeCasien a cherché à déterminer si des différences liées au sexe
existent au niveau de la transcription génique cérébrale dans une étude publiée
dans Science le 16 avril. L’hypothèse centrale est que des variations subtiles
mais systématiques dans l’expression des gènes pourraient contribuer à
expliquer les différences de vulnérabilité aux troubles neuropsychiatriques
entre hommes et femmes.
Plongée au cœur du cerveau, cellule
par cellule
Les chercheurs ont mené une analyse à
haute résolution en utilisant le séquençage d’ARN de noyaux uniques
(snRNA-seq), une technique permettant d’examiner l’expression génique cellule
par cellule. L’étude repose sur des échantillons cérébraux provenant de 30
adultes, répartis équitablement entre hommes et femmes. Six régions corticales
ont été sélectionnées : certaines connues pour présenter des différences
structurelles entre les sexes, d’autres non. Cette approche comparative vise à
distinguer les variations moléculaires spécifiques du sexe de celles liées à
l’architecture cérébrale.
Les résultats montrent que le sexe
biologique n’explique qu’une fraction minime de la variabilité globale de
l’expression génique dans le cerveau. Toutefois, l’analyse révèle plus de 3 000
gènes présentant une expression différentielle selon le sexe dans au moins une
région corticale. Parmi eux, 133 gènes affichent des effets cohérents à travers
différentes régions et types cellulaires.
Le rôle clé des hormones, au-delà des
chromosomes
Sans surprise, les différences les plus
prononcées concernent les gènes localisés sur les chromosomes sexuels. Mais
l’essentiel des variations observées implique des gènes autosomiques, donc non
liés aux chromosomes sexuels, et principalement régulés par les hormones
stéroïdiennes sexuelles. Ce point souligne le rôle potentiel des hormones dans
la modulation de l’activité génique cérébrale.
De nombreux gènes différenciés selon le
sexe recoupent des variants génétiques déjà associés à des troubles
neuropsychiatriques et neurodégénératifs. Cette convergence renforce l’idée que
les différences d’expression génique pourraient contribuer aux disparités
observées dans ces pathologies.
Dans une perspective associée, les
professeurs Jessica Tollkuhn et Marc Breedlove appellent toutefois à la
prudence. « DeCasien et al. reconnaissent explicitement que les différences
liées au sexe observées dans leur étude peuvent provenir de différences de
socialisation et d’expérience ». Ils ajoutent : « On pourrait exclure
l’influence de tels facteurs sociaux si des différences liées au sexe dans
l’expression des gènes sont présentes avant la naissance, et de futures études
pourraient aborder cette question. »
Biologie ou environnement : une
frontière encore floue
Cette étude met en évidence des
différences diffuses mais robustes dans l’expression génique du cerveau humain
selon le sexe biologique. Bien que modestes en amplitude, ces variations
pourraient jouer un rôle clé dans les trajectoires différenciées des maladies
neuropsychiatriques.
Elle ouvre néanmoins des questions
majeures : dans quelle mesure ces différences sont-elles innées ou façonnées
par l’environnement ? Et surtout, comment intégrer ces données dans une
médecine de précision tenant compte du sexe biologique ? Les futures recherches,
notamment sur le développement prénatal, seront déterminantes pour démêler
l’intrication du biologique et du social dans la santé cérébrale.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du
CFPJ en 2023
Élodie, explore
les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur
la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans
au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes.
Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue
que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.