COVID-19 en réanimation : un risque accru d’aspergillose invasive
7 janvier 2022
Les patients présentant une infection sévère à SARS-CoV-2 semblent également à haut risque d’infections fongiques invasives. En effet, sont associées à la COVID-19 des lésions épithéliales pulmonaires, une lymphopénie, une dysfonction cellulaire T et l'administration d'antibiothérapies à large spectre, dexaméthasone et thérapies immunosuppressives. Or, seuls des case reports et études de cohorte d
Les patients
présentant une infection sévère à SARS-CoV-2 semblent également à haut risque
d’infections fongiques invasives. En effet, sont associées à la COVID-19 des
lésions épithéliales pulmonaires, une lymphopénie, une dysfonction cellulaire T
et l'administration d'antibiothérapies à large spectre, dexaméthasone et
thérapies immunosuppressives. Or, seuls des case reports et études de cohorte de
faibles effectifs ont jusqu’alors été publiés et une prévalence variable
d'infections fongiques invasives a été signalée. Qu’en est-il réellement chez
ces patients justifiant d’une réanimation et d’un support ventilatoire
mécanique ?
L’objectif de l’étude
MYCOVID publiée dans The Lancet était d’évaluer la prévalence et les facteurs de risque d'infections fongiques invasives ainsi que la mortalité associée, chez des patients bénéficiant d’une ventilation mécanique
pour une pneumopathie à SARS-CoV-2avec syndrome de détresse
respiratoire aigüe sévère. Il s’agit d’une étude française, de cohorte et
multicentrique incluant 18 centres de réanimation.
Le critère de jugement
principal était la prévalence des infections fongiques invasives. Tous
les patients intubés avaient bénéficié d’un dépistage systématique, pour les
microorganismes fongiques à tropisme respiratoire, une à deux fois par semaine.
Trois prélèvements microbiologiques au minimum étaient nécessaires. L’aspergillose
pulmonaire associée à la COVID-19 (CAPA - Covid-19 Associated Pulmonary
Aspergillosis) prouvée ou probable était définie selon les critères récents
ECMM / ISHAM (European Confederation of Medical Mycology / International Society for
Human and Animal Mycology). Les critères de jugement secondaires étaient les
facteurs de risque de CAPA, et la mortalité associée.
Entre février et
juillet 2020, 565 patients intubés pour COVID-19 étaient éligibles, dont 509
patients ayant bénéficié d’au moins trois prélèvements de dépistage pour
analyse microbiologique, d’âge moyen 59,4 ans, majoritairement des hommes
(79%). Tout d’abord, le nombre d’infections fongiques invasives prouvées ou
probables était particulièrement élevé, jusqu’à22% des patients.
Par ailleurs, 76 (15%) patients remplissaient les critères de CAPA
prouvée/probable, trente-deux (6 %) avaient une candidémie, six (1
%) une mucormycose invasive et un (< 1 %) une fusariose invasive.La mortalité globale
en USI était significativement plus élevée chez les patients COVID-19 avec
aspergillose (61,8%) versus sans surinfection fongique (32,1 %). Une CAPA
prouvée ou probable était un facteur de risque indépendant significatif de
décès (hazard ratio 1,45 ; p=0,033).
En analyse
multivariée, l’âge supérieur à 62 ans (OR : 2,34 ; p = 0,0013), le
traitement pardexaméthasone et anti-IL-6 (OR : 2,71 ; p =
0,027) fréquemment prescrit dans ce contexte, et la durée prolongée de
ventilation mécanique (>14 jours ; OR : 2·16 ; p=0·019)
étaient indépendamment associés à une CAPA prouvée ou probable.
Les résultats de cette
étude sont en faveur d’une prévalence particulièrement élevée d’aspergillose
invasive et de candidémie chez les patients atteints de COVID-19 sous ventilation mécanique,
associée à un taux de mortalité élevé. Il semble alors indispensable de
surveiller activement ces microorganismes fongiques, et d’évaluer dans des
études ultérieures le bénéfice de l’instauration d’un traitement antifongique
prophylactique chez ces patients à haut risque.
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Réservé aux professionnels de santé, inscription gratuite.
Référence scientifique
Gangneux JP, et al. Fungal infections in mechanically ventilated patients with COVID-19 during the first wave: the French multicentre MYCOVID study. Lancet Respir Med. 2021 Nov 26:S2213-2600(21)00442-2