Des contacts étroits entre les neurones sensoriels et les mélanocytes
6 octobre 2022
Les troubles de la pigmentation sont liés à une sécrétion insuffisante ou anormale de mélanine par des mélanocytes lésés ou en nombre insuffisant. Dans la plupart de ces troubles, les changements de mélanine ne sont pas uniformément répartis, mais localisés et persistants. L’un des principaux exemples sont les tâches pigmentaires, qui sont d’origine congénitale ou liées à l’âge. Les lentigos sont
Les troubles de la pigmentation
sont liés à une sécrétion insuffisante ou anormale de mélanine par des
mélanocytes lésés ou en nombre insuffisant. Dans la plupart de ces troubles,
les changements de mélanine ne sont pas uniformément répartis, mais localisés
et persistants. L’un des principaux exemples sont les tâches pigmentaires, qui
sont d’origine congénitale ou liées à l’âge. Les lentigos sont décrits comme
des tâches pigmentaires, dues à l’exposition cumulative d’année en année aux
rayonnements solaires. Cependant, les mécanismes sous-jacents au développement
et à la persistance de ces tâches restent encore largement méconnus.
Au niveau de la peau, les
mélanocytes sont au contact des neurones sensoriels cutanés, dont le rôle dans
l’environnement direct des mélanocytes n’a été que peu étudié jusque-là. En
effet, les outils de recherche et les modèles pour étudier les relations entre
les neurones et les mélanocytes restaient jusqu’à récemment très limités.
Contrairement à la peau humaine, les mélanocytes de la peau des souris sont
uniquement localisés dans les follicules pileux. Les modèles de peau
artificielle et les explants de peau humaine ne contiennent quant à eux pas de
neurones. Le développement récent des cellules souches humaines, et notamment
des cellules souches pluripotentes induites) a ouvert de nouvelles possibilités
pour aborder ces thématiques de recherche.
Dans cette nouvelle étude, les
chercheurs se sont intéressés à la relation entre les neurones et les
mélanocytes, en utilisant d’une part de la peau humaine et d’autre part des
cultures cellulaires. Ils ont tout d’abord observé l’interaction physique entre
les neurones sensoriels et les mélanocytes dans la peau humaine. Ils ont montré
qu’un contact plus étroit entre les mélanocytes et les neurones nociceptifs était
associé à une plus forte coloration de la peau que l’échantillon cutané
contrôle.
Les chercheurs ont ensuite
analysé de près l’interaction entre les neurones et les mélanocytes, grâce à
des cocultures de neurones sensoriels humains (dérivés de cellules souches
pluripotentes induites) et de mélanocytes. Les mélanocytes ainsi cocultivés
avec les neurones avaient une survie et une pigmentation accrues. La coculture
avec les neurones sensoriels humains induisait significativement la
morphogenèse et la pigmentation des mélanocytes humains. Un résultat similaire
a été observé en cultivant les mélanocytes dans le milieu de culture des
neurones sensoriels, avec une induction forte et spécifique de la survie des
mélanocytes.
Pour aller plus loin, les
chercheurs ont procédé à des analyses protéomiques et identifié le RGMB dans le
milieu de culture des neurones sensoriels. Le RGMB (Repulsive Guidance Molecule
B) est une protéine, qui induit la morphogenèse et la production de mélanine
par les mélanocytes, démontrant que le RGMB est un facteur de stimulation des
mélanocytes, sécrété par les neurones sensoriels. L’analyse du transcriptome
suggère que la machinerie de transport du mélanosome pourrait être contrôlée
par le RGMB. Les mélanocytes produiraient des vésicules, en réponse au
traitement par le RGMB.
Cette nouvelle étude a permis la
découverte du rôle important des neurones sensoriels dans la modulation des
mélanocytes humains, au travers de la sécrétion d’un facteur clé, le RGMB. A
l’avenir, le RGMB pourrait faire l’objet de nouvelles études pour évaluer son
action non seulement dans la régulation des mélanocytes, mais aussi d’autres
cellules de la peau. Ce facteur pourrait représenter un maillon important dans
le développement de nouvelles thérapies pour la prise en charge de maladies
neuro-cutanées ou de troubles de la pigmentation cutanée.
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Référence scientifique
Siu Yu A. Chow and al. Human sensory neurons modulate melanocytes through secretion of RGMB. Cell Reports 40(12) : 111366, September 2022.