Par Elodie Vaz | Publié le 8 mai
2026 | 4 min de lecture
Le diabète de type 2 se caractérise par
une élévation chronique de la glycémie, liée à un déséquilibre entre deux
hormones pancréatiques essentielles : l’insuline, sécrétée par les cellules
bêta, et le glucagon, produit par les cellules alpha. Lorsque la production ou
l’action de l’insuline diminue, ou que celle du glucagon devient excessive,
l’homéostasie glucidique est rompue. Si les bases génétiques de la maladie sont
bien documentées, les mécanismes régulant l’expression des gènes dans ces
cellules restent encore partiellement élucidés. L’épigénome, ensemble de
modifications chimiques de l’ADN influençant l’activité des gènes sans en
altérer la séquence, apparaît aujourd’hui comme un acteur central de cette
régulation.
Pour comprendre, une équipe de
l’université de Lund a entrepris de dresser la cartographie épigénomique la
plus fine à ce jour des cellules impliquées dans la régulation de la glycémie.
Son objectif : comprendre comment les profils épigénétiques contrôlent
l’expression génique dans les cellules bêta et alpha, et déterminer comment ces
profils sont altérés dans le diabète de type 2.
Dans les coulisses des cellules qui
contrôlent la glycémie
Les chercheurs ont analysé des centaines
de milliers de cellules pancréatiques issues de 24 individus, diabétiques et
non diabétiques. Cette approche à large échelle a permis d’identifier des
signatures épigénétiques spécifiques à chaque type cellulaire. L’étude publiée
le 24 avril dans Nature metabolism s’est particulièrement concentrée sur la
méthylation de l’ADN, un mécanisme clé de régulation transcriptionnelle.
Afin de tester le rôle fonctionnel de ces
modifications, les scientifiques ont manipulé la méthylation à proximité des
gènes codant pour l’insuline et le glucagon dans des cellules bêta en culture,
évaluant ainsi leur impact direct sur l’expression hormonale.
Les travaux montrent que de nombreux
gènes essentiels à la production hormonale sont régulés par des variations de
méthylation. « Cette étude a permis, pour la première fois, de décrire en
détail des profils épigénétiques spécifiques à chaque type cellulaire. Elle
montre que de nombreux gènes essentiels à la production d’insuline et de
glucagon sont régulés par des différences de méthylation de l’ADN », explique
dans un communiqué de presse, Charlotte Ling, auteure principale.
Les chercheurs identifient également des
altérations marquées chez les patients diabétiques. Parmi elles, la
surexpression épigénétique du facteur de transcription ONECUT2 dans les
cellules bêta apparaît déterminante. Cette anomalie perturbe la production
d’énergie cellulaire et la sécrétion d’insuline, contribuant potentiellement à
la progression de la maladie.
« Ici, pour la première fois, nous
montrons précisément quelles régions régulent la production d'insuline et de
glucagon par le biais de la méthylation de l'ADN, ce qui nous donne la
possibilité de développer de futurs traitements basés sur l'épigénétique »,
souligne Charlotte Ling. « Cela nous permet de mieux comprendre pourquoi les
cellules bêta perdent leur fonction dans le diabète. À plus long terme, ces
connaissances pourraient nous aider à identifier de nouvelles cibles
thérapeutiques personnalisées », ajoute-t-elle.
Et si on pouvait réparer les cellules
malades ?
Cette cartographie est une avancée
majeure dans la compréhension des mécanismes moléculaires du diabète de type 2.
Elle met en lumière le rôle dynamique de l’épigénome dans la fonction des
cellules endocrines pancréatiques et dans leur altération pathologique.
« Nous cherchons maintenant à comprendre
lesquelles de ces modifications sont réversibles et si cela peut aider les
cellules bêta à retrouver leur fonction chez les personnes diabétiques. Un
aspect essentiel est de déterminer si les effets de la modification de la
méthylation de l'ADN se maintiennent dans la cellule au fil du temps », précise
Charlotte Ling.
À terme, ces travaux ouvrent la voie à
des stratégies thérapeutiques ciblées, capables de moduler l’épigénome de
manière spécifique. Une approche qui pourrait transformer la prise en charge du
diabète, en s’orientant vers une médecine de précision fondée sur la
reprogrammation cellulaire.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie,
explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus
largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a
passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre
un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement
et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des
Hommes.