Par Elodie Vaz | Publié le 20 mai
2026 | 4 min de lecture
Pendant des décennies, la Metformine a
été considérée comme un médicament agissant principalement sur le foie pour
limiter la production de glucose. Mais une nouvelle étude menée par
l’Northwestern University, publiée le 8 mai dans Nature Metabolism, remet en
cause ce paradigme : le véritable siège de son action serait l’intestin. Chez
la souris, les chercheurs montrent que le médicament agit en modifiant
directement le métabolisme énergétique des cellules intestinales, transformant
littéralement l’intestin en « éponge à aglucose ».
Le diabète de type 2 se caractérise par
une hyperglycémie chronique liée à une résistance progressive à l’insuline.
Lorsque l’organisme ne parvient plus à utiliser correctement le glucose,
celui-ci s’accumule dans le sang, favorisant des atteintes vasculaires,
rénales, neurologiques ou cardiovasculaires. Depuis plusieurs décennies, la
metformine constitue le traitement de première intention pour contrôler cette
glycémie excessive.
Jusqu’ici, le consensus scientifique
voulait que la molécule réduise essentiellement la production hépatique de
glucose. Pourtant, plusieurs observations cliniques demeuraient difficiles à
expliquer, notamment son effet marqué après les repas, sa capacité à réduire
l’appétit ou encore ses impacts métaboliques multiples.
Repenser le
mécanisme d’action de la metformine
L’objectif de cette nouvelle étude est
précisément d’identifier le tissu réellement responsable des effets
thérapeutiques de la metformine. Les travaux s’inscrivent dans la continuité
des recherches du laboratoire de Navdeep Chandel, qui avaient déjà montré que
le médicament inhibe le complexe I mitochondrial, une enzyme essentielle à la
respiration cellulaire et à la production d’énergie.
La question reste toutefois entière :
dans quel organe cette inhibition produit-elle les effets métaboliques observés
chez les patients ? « La metformine aide essentiellement l'intestin à absorber
le glucose présent dans le sang, ce qui souligne encore davantage le rôle
majeur de l'intestin dans la régulation de la glycémie », explique dans un
communiqué de presse Dr Navdeep Chandel, auteur principal de l’étude et
professeur de biochimie et de génétique moléculaire à la Feinberg School of
Medicine.
Pour répondre à cette question, les
chercheurs ont utilisé un modèle murin exprimant une enzyme de levure, NDI1,
capable de mimer le complexe I mitochondrial tout en restant résistante à
l’inhibition par la metformine.
Cette enzyme a été exprimée
spécifiquement dans les cellules intestinales des souris afin de rendre
uniquement l’intestin insensible au médicament. Les chercheurs ont ensuite
observé les conséquences sur la glycémie des animaux traités.
Le résultat montre que lorsque les
mitochondries intestinales ne peuvent plus être inhibées par la metformine,
l’effet hypoglycémiant du médicament diminue fortement. Ces données démontrent
que l’intestin pourrait être un site majeur — voire central — de l’action
thérapeutique de la molécule.
Des mitochondries
intestinales au cœur du contrôle glycémique
L’étude montre que la metformine ralentit
la production d’énergie mitochondriale dans les cellules de la muqueuse
intestinale. Ce déficit énergétique pousse alors les cellules à consommer
davantage de glucose pour maintenir leur activité métabolique.
Autrement dit, l’intestin capte
activement le sucre circulant, réduisant ainsi la glycémie après les repas.
Cette découverte permet également d’expliquer plusieurs phénomènes observés
depuis longtemps chez les patients sous metformine.
Les chercheurs rapportent notamment une
diminution des taux circulants de citrulline, molécule produite exclusivement
par les mitochondries de l’intestin grêle, ainsi qu’une augmentation du GDF15,
hormone associée à une réduction de l’appétit et à une perte de poids.
« On s'est toujours demandé comment un
seul médicament pouvait avoir dix effets différents », souligne Dr Chandel. «
Eh bien, c'est possible s'il cible un élément clé de la cellule, et cibler les
mitochondries est un élément clé. »
Les travaux mettent également en évidence
des similitudes inattendues avec la Berbérine, complément alimentaire largement
promu sur les réseaux sociaux. Selon les auteurs, la berbérine semble emprunter
la même voie métabolique intestinale que la metformine.
Les chercheurs appellent toutefois à la
prudence. « La metformine bénéficie de décennies de preuves cliniques, tandis
que les compléments comme la berbérine sont beaucoup moins étudiés », rappelle
Dr Chandel.
Une nouvelle
cible thérapeutique ?
Au-delà de la metformine elle-même, cette
étude ouvre la voie à une nouvelle approche thérapeutique centrée sur
l’intestin et les mitochondries intestinales. Pour le professeur Zach Sebo, ces
résultats invitent à réévaluer les modèles établis : « Notre étude suggère que
réexaminer les hypothèses concernant le mécanisme d'action de la metformine
pourrait permettre de mieux comprendre son fonctionnement. »
À lire
également : Foie,
sucre et pilules : qui mène le jeu ?
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie,
explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus
largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé
douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un
carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et
santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des
Hommes.