Diabète type 2 : des cibles thérapeutiques, une espérance de vie quantifiable
21 juillet 2022
L’atteinte de type macro et microangiopathie diabétique est incontestablement liée à un risque de mortalité prématurée. Des estimations quantitatives d’années de vie gagnées en fonction de l’amélioration du contrôle de l’hémoglobine glyquée (HbA1C) et des facteurs de risque associés au syndrome métabolique - entre autres l’hypertension artérielle, la dyslipidémie et le surpoids - méritent d’être r
L’atteinte de type macro et
microangiopathie diabétique est incontestablement liée à un risque de mortalité
prématurée. Des estimations quantitatives d’années de vie gagnées en fonction
de l’amélioration du contrôle de l’hémoglobine glyquée (HbA1C) et des facteurs
de risque associés au syndrome métabolique - entre autres l’hypertension
artérielle, la dyslipidémie et le surpoids - méritent d’être réalisées dans la
population américaine, au même titre que dans la population européenne (étude britannique
UKPDS : United Kingdom Prospective Diabetes Study, et cohorte de
Framingham).
L’objectif d’une étude de
modélisation prédictive publiée dans le JAMA était ainsi de quantifier
les gains potentiels d'espérance de vie associés à la réduction de l'HbA1c, de
la pression artérielle systolique (PAS), du LDL cholestérol (LDL-c) et de
l'indice de masse corporelle (IMC) vers des cibles optimales, dans une
population représentative de patients adultes (51-80 ans) américains
atteints de diabète de type 2 (DT2) déclaré. Le modèle de microsimulation de
diabète nommé modèle BRAVO (Building, Relating, Assessing, and Validating
Outcomes) a été utilisé. Ce modèle a été récemment développé à partir des
données de l’essai ACCORD (Action to Control Cardiovascular Risk in Diabetes) et
utilise le profil de risque des patients pour projeter des résultats de santé à
long terme. Les participants de l'essai ACCORD (2001-2009) étaient des patients
atteints de DT2 à haut risque vasculaire. Le modèle a alors été calibré sur un
échantillon représentatif de la population générale d'adultes atteints de DT2
provenant de la National Health and Nutrition Examination Survey (2015-2016) ;
et les données de mortalité provenant du registre national des décès ont été
exploitées. Le modèle a ensuite été utilisé pour estimer l’espérance de vie
dans la population étudiée. Les données ont été analysées de janvier à octobre
2021. La population d’intérêt a été regroupée en quartiles sur la base des
niveaux d'HbA1c, de PAS, de LDL-c et d'IMC. Les gains d’espérance de vie
associés à l'obtention d'un meilleur contrôle des facteurs de risque étudiés
ont été estimés en fonction de l’évolution des biomarqueurs mesurables, d’un
quartile à l’autre. Les patients aux antécédents de maladie
cardio-vasculaire étaient exclus ; les auteurs justifiant cela en raison
des objectifs de traitement et des stratégies de prise en charge
vraisemblablement différents.
Parmi les 421
patients inclus DT2, 194 (46%) étaient des femmes et l'âge moyen était
de 65,6 (+/- 8,9) ans. Le bénéfice du contrôle des facteurs de risque
étudiés était plus prononcé chez les jeunes adultes, et diminuait avec l'âge.
Les résultats pour chaque facteur étudié étaient les suivants : - Concernant l’IMC : en
comparaison à un IMC de 41,4 kg/m2 (moyenne du quatrième quartile), des IMC
inférieurs à 24,3 kg/m2 (premier quartile), 28,6 kg/m2 (deuxième quartile) et
33,0 kg/m2 (troisième quartile) étaient respectivement associés à 3,9 ;
2,9 et 2,0 années de vie supplémentaires. - Concernant l’HbA1C : la
réduction de l'HbA1c de 9,9 % (moyenne du quatrième quartile) à 7,7 %
(troisième quartile) a été associée à un gain de 3,4 années d'espérance de vie.
Cependant, une réduction supplémentaire à 6,8 % (deuxième quartile) n'a été
associée qu'à un gain moyen de 6 mois d'espérance de vie, et une réduction de
l’HbA1C de 6,8 % à 5,9 % (deuxième au premier quartile) n'était pas
significative en termes d’espérance de vie. Dans l'ensemble, la réduction de
l'HbA1c du quatrième quartile au premier était associée à un gain d'espérance
de vie de 3,8 ans. - Concernant la PAS : en
comparaison à une PAS de 160,4 mm Hg (moyenne du quatrième quartile), des
niveaux de PAS inférieurs à 114,1 mm Hg (premier quartile), 128,2 mm Hg
(deuxième quartile) et 139,1 mm Hg (troisième quartile) ont été respectivement
associés à 1,9 ; 1,5 ; et 1,1 années de vie supplémentaires. - Concernant le LDL-c : en
comparaison à un taux de LDL-c de 146,2 mg/dL (moyenne du quatrième quartile),
un taux de LDL-c < 59 mg/dL (premier quartile), 84,0 mg/dL (deuxième
quartile) et 107,0 mg/dL (troisième quartile) était associé à un gain de
0,9 ; 0,7 et 0,5 année d'espérance de vie.
Ainsi, l'optimisation de ces quatre
facteurs vers la cible recommandée est associée à un gain d'espérance de vie
précisément quantifiable, comme le soulignent ces données. D’après les
auteurs, les différences d'HbA1c et d'IMC se sont avérées avoir la plus forte
association avec le gain d'espérance de vie. Ces résultats pourraient être
aisément utilisés par les cliniciens dans le cadre des programmes
d’éducation thérapeutique, pour encourager les patients à atteindre les
cibles recommandées sous traitement. Les auteurs soulignent également un intérêt
quant à leur utilisation dans le cadre de la conception d'interventions ou
de programmes de santé publique.
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Réservé aux professionnels de santé, inscription gratuite.
Référence scientifique
Kianmehr H.et al. Potential Gains in Life Expectancy Associated With Achieving Treatment Goals in US Adults With Type 2 Diabetes. JAMA Netw Open. 2022;5(4):e227705.