Par Elodie Vaz |
Publié le 13 mai 2026 | 4 min de lecture
L’épilepsie et les troubles du spectre de
l’autisme (TSA) sont deux pathologies neurodéveloppementales fréquemment
associées. Si leur coexistence est connue depuis plusieurs années, les
mécanismes sous-jacents restent encore largement débattus. Une étude publiée le
6 mai dans la revue Developmental Medicine & Child Neurology apporte
de nouvelles informations en s’appuyant sur une large cohorte populationnelle.
Elle confirme que les enfants épileptiques présentent un risque
significativement accru de développer un TSA, tout en identifiant plusieurs
facteurs cliniques associés à cette comorbidité.
Épilepsie et
autisme : un lien fréquent
L’objectif principal des chercheurs de la
Mayo Clinic est de comparer la prévalence des TSA chez les enfants avec et sans
épilepsie, et d’identifier les facteurs susceptibles d’expliquer cette
association. Parmi les variables étudiées figurent le sexe, l’âge au diagnostic
d’autisme et la présence d’une déficience intellectuelle. L’enjeu est de mieux
caractériser les profils à risque afin d’améliorer le repérage clinique.
Comment les
chercheurs ont procédé
L’étude repose sur l’analyse
rétrospective des dossiers médicaux de 30 490 enfants issus de la cohorte de
naissance du comté d’Olmsted (Minnesota). Parmi eux, 257 enfants (0,84 %)
avaient reçu un diagnostic d’épilepsie avant l’âge de 19 ans. Les chercheurs
ont comparé la prévalence des TSA selon différentes définitions diagnostiques —
critères de recherche larges, critères plus stricts et diagnostic clinique —
afin de garantir la robustesse des résultats.
Des résultats qui
interpellent
Les données montrent une augmentation
nette de la prévalence de l’autisme chez les enfants épileptiques, quel que
soit le critère utilisé :
●
21,4 % contre 3,2 % selon des
critères larges
●
14,0 % contre 1,6 % selon des
critères stricts
●
7,9 % contre 0,7 % pour le
diagnostic clinique
Au-delà de cette surreprésentation,
plusieurs facteurs différencient les enfants présentant les deux pathologies.
Ils sont plus souvent atteints de déficience intellectuelle (56,5 % contre 15,4
%), plus fréquemment des filles (38,2 % contre 25,8 %) et reçoivent un
diagnostic d’autisme plus précoce (7,4 ans contre 8,7 ans).
Mieux dépister pour agir plus tôt
Ces résultats soulignent que la sévérité
neurodéveloppementale globale pourrait jouer un rôle clé dans cette
comorbidité. La déficience intellectuelle apparaît notamment comme un marqueur
important, possiblement révélateur d’atteintes cérébrales plus diffuses ou
précoces. Par ailleurs, la proportion plus élevée de filles interpelle, dans un
contexte où l’autisme est habituellement sous-diagnostiqué chez elles.
Les auteurs insistent sur les
implications pratiques de ces observations. « Ces observations mettent en
évidence des différences cliniquement pertinentes au sein de ce groupe et
soulignent l’importance d’une reconnaissance précoce des problèmes de développement
», souligne dans un communiqué de presse, Mariya Saify.
Cependant, malgré ce risque accru, le
diagnostic de TSA peut rester tardif chez les enfants épileptiques. Comme le
rappelle la Dre Elaine C. Wirrell : « Nos résultats soulignent l’importance du
dépistage de l’autisme dans cette population afin de favoriser un diagnostic
précoce et une intervention rapide, deux éléments essentiels pour améliorer le
pronostic à long terme. »
Cette étude confirme l’existence d’un
lien fort entre épilepsie et autisme, tout en mettant en évidence des facteurs
associés tels que la déficience intellectuelle, le sexe féminin et l’âge au
diagnostic. Ces éléments plaident en faveur d’un dépistage systématique des
troubles du neurodéveloppement chez les enfants épileptiques.
Ces résultats soulèvent la question des
mécanismes biologiques communs aux deux pathologies, qu’ils soient génétiques,
structurels ou fonctionnels. De futures recherches devront explorer ces pistes
afin de mieux comprendre les trajectoires développementales et, à terme,
proposer des stratégies de prise en charge plus ciblées.
À lire également : Et
si les cellules souches parlaient autisme ?
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023 Élodie,
explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus
largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a
passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre
un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement
et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des
Hommes.