Et si la force des mains permettait de repérer les enfants à risque cardiovasculaire ?
2 juin 2026 · Par Ana Espino
L’obésité abdominale, l’hypertension artérielle, les anomalies du cholestérol ou encore la résistance à l’insuline apparaissent de plus en plus tôt dans la vie. Ces facteurs de risque cardiométabolique, autrefois considérés comme des problématiques essentiellement adultes, touchent désormais une part croissante des enfants et des adolescent
L’obésité abdominale, l’hypertension artérielle, les
anomalies du cholestérol ou encore la résistance à l’insuline apparaissent de
plus en plus tôt dans la vie. Ces facteurs de risque cardiométabolique,
autrefois considérés comme des problématiques essentiellement adultes, touchent
désormais une part croissante des enfants et des adolescents. Or, leur
détection précoce est essentielle pour prévenir le développement futur de
maladies cardiovasculaires et métaboliques.
Si les professionnels de santé disposent de nombreux outils
pour évaluer ces risques, la plupart nécessitent des examens biologiques ou des
mesures cliniques complexes à mettre en œuvre à grande échelle. Depuis quelques
années, la condition musculaire attire l’attention des chercheurs comme
indicateur potentiel de santé. Parmi les tests disponibles, la force de
préhension de la main, mesurée à l’aide d’un dynamomètre, présente plusieurs
avantages : elle est rapide, peu coûteuse et non invasive.
Reste une question importante : à partir de quel niveau de
force peut-on considérer qu’un enfant présente un risque cardiométabolique
accru ? Pour y répondre, une équipe internationale de chercheurs a cherché à
définir des seuils de référence précis selon l’âge et le sexe, afin de
transformer ce test simple en véritable outil de dépistage.
Un test de quelques secondes qui pourrait en dire long
sur la santé
Les chercheurs ont d’abord analysé les données de plus de 1
100 enfants espagnols âgés de 8 à 11 ans participant à l’étude MOVI-2. La force
de préhension a été mesurée puis rapportée au poids corporel afin d’obtenir un
indicateur standardisé, plus représentatif de la condition musculaire réelle.
Cette mesure a ensuite été comparée à un indice de risque
cardiométabolique intégrant plusieurs paramètres : tour de taille, pression
artérielle, taux de triglycérides, cholestérol HDL et insulinémie à jeun.
Les résultats montrent qu’une force musculaire relativement
faible est associée à un risque cardiométabolique plus élevé. Chez les garçons
de 8 à 11 ans, le seuil identifié se situe à 0,38 kilogramme de force par
kilogramme de poids corporel. Chez les filles du même âge, ce seuil est
légèrement plus bas, à 0,34.
Afin de vérifier la robustesse de ces résultats, les auteurs
ont ensuite réalisé une revue systématique et une méta-analyse regroupant neuf
études supplémentaires menées dans plusieurs pays, représentant au total plus
de 10 500 enfants et adolescents.
L’analyse globale confirme que les seuils varient selon le
sexe et le stade de développement. Chez les enfants de 6 à 12 ans, les seuils
optimaux sont estimés à 0,39 chez les garçons et 0,30 chez les filles. À
l’adolescence, ils augmentent respectivement à 0,42 et 0,36, reflétant les
changements physiologiques liés à la croissance et à la puberté.
Les chercheurs observent également que la capacité du test à
identifier les jeunes présentant un risque cardiométabolique est
particulièrement bonne chez les adolescentes, pour lesquelles les performances
diagnostiques sont les plus élevées.
Et si une simple poignée de main devenait un outil de
prévention ?
Cette étude apporte de nouveaux repères pour l’utilisation
de la force de préhension comme marqueur précoce de santé cardiométabolique
chez les jeunes. Elle confirme qu’un test réalisable en quelques secondes
pourrait contribuer à identifier les enfants nécessitant une surveillance ou
des interventions préventives plus poussées.
Les auteurs rappellent toutefois plusieurs limites. Les
seuils observés varient selon les études, les protocoles de mesure utilisés et
les définitions du risque cardiométabolique. Par ailleurs, les données
analysées sont principalement issues d'études observationnelles, ce qui ne
permet pas d'établir de lien de causalité direct entre faiblesse musculaire et
développement futur de maladies.
Malgré ces réserves, les résultats renforcent l’idée que la
condition musculaire constitue un indicateur de santé à part entière dès
l’enfance. Ils soutiennent également l’intégration de tests de force simples
dans les programmes de surveillance de la santé pédiatrique. À terme, ces travaux pourraient contribuer au développement
d’outils de dépistage accessibles en milieu scolaire ou en médecine de premier
recours. Une perspective particulièrement intéressante à l’heure où la
prévention précoce des maladies cardiométaboliques devient un enjeu majeur de
santé publique.
À propos de l'auteure – Ana Espino Docteure en immunologie, spécialisée en virologie Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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Référence scientifique
García-Hermoso A, et al. Handgrip Strength Thresholds to Detect Cardiometabolic Risk in Youth: Cross-Sectional Study and Meta-Analysis. J Cachexia Sarcopenia Muscle. 2025 Oct;16(5):e70091. doi: 10.1002/jcsm.70091. PMID: 42207172; PMCID: PMC12536247.