Par Elodie Vaz | Publié le 11 mai
2026 | 4 min de lecture
Le syndrome cardio-rénal-métabolique (SCR
ou CKM en anglais) est l’association de troubles cardiovasculaires, rénaux et
métaboliques, incluant notamment le diabète et l’obésité. Longtemps étudié sous
l’angle du risque cardiovasculaire, ce syndrome apparaît aujourd’hui comme une
pathologie systémique affectant l’ensemble des organes. Il est déjà bien établi
que le SCR augmente fortement le risque de mortalité et d’invalidité liées aux
maladies cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux. Toutefois, ses
répercussions dépassent largement ce cadre, avec des liens documentés vers
l’insuffisance rénale, la démence, la stéatose hépatique ou encore l’apnée
obstructive du sommeil.
Selon les données de l’American Heart
Association, près de 90 % des adultes américains présentent au moins un facteur
du spectre CKM, tels que l’hypertension artérielle, des anomalies lipidiques,
une hyperglycémie, un excès pondéral ou une altération de la fonction rénale.
Explorer le lien entre CKM et cancer
Dans ce contexte, une étude publiée le 27
avril dans Circulation : Population Health and Outcomes s’est intéressée
à une question encore peu explorée : l’association entre le syndrome CKM et le
risque de cancer. Plus précisément, les chercheurs ont cherché à déterminer si
la progression du syndrome, classée en différents stades de gravité, pouvait être
corrélée à une augmentation du risque oncologique.
Comme le souligne dans un communiqué de
presse le Pr Hidehiro Kaneko, auteur principal de l’étude, « les résultats de
l’étude suggèrent qu’il est important de prendre en compte non seulement le
risque de maladies cardiovasculaires, mais aussi le risque de cancer chez les
personnes atteintes du syndrome de CKM ».
Pour parvenir à ces résultats, l’équipe
de l’Université de Tokyo a analysé les données nationales de remboursement de
soins de santé concernant près de 1,4 million d’individus. Chaque participant a
été classé selon les recommandations de l’American Heart Association, qui
définissent cinq stades du syndrome CKM, du stade 0 (absence de facteurs de
risque) au stade 4 (maladie cardiovasculaire avérée).
Les participants ont ensuite été suivis
pendant une durée médiane d’environ 3,5 ans, afin d’identifier l’apparition de
nouveaux diagnostics de cancer. Cette approche longitudinale a permis d’évaluer
finement l’évolution du risque en fonction de la progression du syndrome.
Une augmentation marquée aux stades
avancés
Les résultats montrent une augmentation
significative du risque de cancer à mesure que le syndrome CKM progresse, bien
que cette hausse reste modeste aux stades précoces. Comparativement aux
individus sans facteurs de risque (stade 0), le risque de développer un cancer
augmente de :
●
3 % au stade 1
●
2 % au stade 2
●
25 % au stade 3
●
30 % au stade 4
Ces données mettent en évidence un seuil
critique à partir du stade 3, où l’accumulation des dysfonctionnements semble
jouer un rôle déterminant.
Pour le Pr Hidehiro Kaneko, « le syndrome
CKM représente une interaction complexe entre les systèmes cardiovasculaire,
rénal et métabolique, où un dysfonctionnement dans un domaine peut déclencher
ou aggraver un dysfonctionnement dans d'autres ». Il ajoute : « Un
dysfonctionnement dans chacun de ces systèmes est associé indépendamment à un
risque de cancer en raison de facteurs de risque communs. Cette étude suggère
que l'accumulation de facteurs de risque dans le cadre du syndrome CKM peut
contribuer au développement de différents types de cancer. »
Vers une approche intégrée
cardio-oncologique
Ces résultats s’inscrivent dans une
vision élargie des interactions entre maladies chroniques. Comme le rappelle le
professeur Tochukwu Okwuosa : « L'étude met en lumière cette relation
bidirectionnelle et souligne le concept de cardio-oncologie inversée, selon
lequel les maladies cardiovasculaires et leurs facteurs de risque augmentent
également le risque de cancer. »
Cette approche ouvre des perspectives en
matière de prévention et de dépistage. La classification du syndrome CKM
pourrait devenir un outil clinique utile pour identifier les patients à haut
risque et orienter les stratégies de surveillance oncologique.
L’étude présente néanmoins certaines
limites, notamment liées à son ancrage dans une population japonaise, ce qui
pourrait restreindre la généralisation des résultats. Toutefois, la cohérence
avec des travaux antérieurs souligne que ces associations pourraient être
observées dans d’autres contextes.
À l’avenir, une meilleure compréhension
des mécanismes biologiques sous-jacents — inflammation chronique, stress
oxydatif, dysrégulation métabolique — pourrait permettre de développer des
approches thérapeutiques ciblées, à l’interface entre cardiologie, néphrologie
et oncologie.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023 Élodie,
explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus
largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a
passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre
un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement
et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des
Hommes.