Par Elodie Vaz | Publié le 13 avril 2026 | 3 min de lectureLa maladie cœliaque est une affection
auto-immune déclenchée par l’ingestion de gluten, entraînant une inflammation
chronique de l’intestin grêle. Cette atteinte altère la muqueuse intestinale et
compromet l’absorption des nutriments. Le traitement repose exclusivement sur
un régime strict sans gluten, qui permet généralement de contrôler les
symptômes sans toutefois restaurer pleinement les fonctions intestinales.
Dans ce contexte, une consommation accrue
de fibres est souvent recommandée afin de favoriser la digestion et de soutenir
la santé intestinale. Pourtant, l’efficacité de cette stratégie pourrait être
limitée par un facteur jusqu’ici sous-estimé : la composition du microbiote
intestinal.
Comprendre
pourquoi les fibres ne suffisent pas
Une étude menée par l’Université McMaster
et publiée le 31 mars dans Nature Communications s’est donné pour objectif
d’évaluer la capacité des patients cœliaques à métaboliser les fibres
alimentaires, en lien avec leur microbiote.
Les chercheurs ont émis l’hypothèse que
les bénéfices des fibres dépendent non seulement de leur consommation, mais
aussi de la présence de bactéries capables de les dégrader. « Au départ, nous
pensions que le problème venait d'une consommation insuffisante de fibres. Puis
nous avons découvert que les gens n'avaient peut-être pas les bonnes bactéries
pour utiliser les fibres qu'ils consommaient déjà. Augmenter la quantité de
fibres ne résoudra rien si l'on ne s'attaque pas aux problèmes sous-jacents liés
à leur utilisation », explique dans un communiqué de presse Mark Wulczynski,
premier auteur de l’étude.
Une approche
combinant analyses cliniques et modèles précliniques
Pour explorer cette hypothèse, les
chercheurs ont analysé le microbiome intestinal de trois groupes : des patients
récemment diagnostiqués, des patients suivant un régime sans gluten depuis plus
de deux ans et des sujets sains.
Des échantillons de liquide intestinal
ont été étudiés afin d’identifier les bactéries présentes et leur capacité
génétique à dégrader différentes fibres. Ces données ont été croisées avec
l’apport alimentaire en fibres et des marqueurs objectifs issus de l’ADN
végétal détecté dans les selles.
En parallèle, des modèles précliniques
ont permis d’évaluer l’impact de différents types de fibres sur la
cicatrisation intestinale, notamment l’inuline et l’amidon résistant Hylon VII.
Un déficit
microbien limitant l’effet des fibres
Les résultats montrent que les patients
atteints de maladie cœliaque présentent une capacité significativement réduite
à métaboliser les fibres dans l’intestin grêle. Cette altération est liée à un
déficit en bactéries de la famille des Prevotellaceae, impliquées dans la
dégradation des fibres, la régulation de l’inflammation et la cicatrisation de
la muqueuse.
Ce déficit est observé aussi bien chez
les patients nouvellement diagnostiqués que chez ceux suivant un régime sans
gluten de longue durée, suggérant une altération persistante du microbiote liée
à la maladie elle-même.
Par ailleurs, si la plupart des
participants (malades ou non) consomment moins de fibres que les
recommandations, les patients cœliaques cumulent un double désavantage : un
apport insuffisant et une incapacité accrue à les utiliser.
Les analyses précliniques révèlent
également que toutes les fibres ne se valent pas. L’inuline, présente dans des
aliments comme la banane, l’ail ou la racine de chicorée, favorise la
cicatrisation intestinale en stimulant le microbiote. À l’inverse, l’Hylon VII
n’a montré aucun effet significatif sur le microbiome ni sur la réparation
tissulaire.
Vers une approche
symbiotique des traitements
Pour la professeure Elena Verdu, auteure
principale de l’étude, « bien qu’un régime sans gluten demeure essentiel […],
nos résultats suggèrent que les thérapies futures devront peut-être aussi
soutenir le microbiote intestinal ». Elle précise : « Cela ouvre la voie à la
combinaison de stratégies alimentaires comme l’ajout de fibres avec des
probiotiques capables de les métaboliser ».
Cette approche dite symbiotique associant
fibres spécifiques et modulation du microbiote, pourrait permettre de restaurer
une fonction intestinale plus complète.
En mettant en évidence le rôle
déterminant des bactéries dans l’utilisation des fibres, cette étude invite à
repenser les recommandations nutritionnelles dans la maladie cœliaque. Au-delà
de l’exclusion du gluten, l’avenir thérapeutique pourrait reposer sur une
médecine intégrative ciblant à la fois l’alimentation et l’écosystème microbien
intestinal.
Des recherches complémentaires seront
nécessaires pour confirmer ces résultats et déterminer si la restauration
conjointe du microbiote et des apports en fibres peut améliorer durablement les
symptômes et la cicatrisation intestinale.
À lire également : Microbiote intestinal et neurodégénérescence : un nouveau levier thérapeutique
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.