Par Ana Espino | Publié le 17 avril 2026 | 4 min de
lecture
L’hémophilie est une maladie génétique de la
coagulation causée par un déficit en facteur VIII (hémophilie A) ou IX
(hémophilie B), entraînant des saignements spontanés ou prolongés. Elle
touche principalement les hommes en raison de sa transmission liée au
chromosome X et représente une pathologie chronique impactant fortement la
qualité de vie.
Les traitements actuels reposent majoritairement sur la
thérapie de remplacement des facteurs de coagulation, administrée à la demande
ou en prophylaxie. Bien que ces traitements soient efficaces, ils présentent
plusieurs limites importantes : un coût élevé, des injections intraveineuses
fréquentes contraignantes pour les patients, ainsi que le développement
d’anticorps neutralisants (inhibiteurs) pouvant réduire leur efficacité.
Ces limites soulignent les défis actuels : améliorer
l’observance, réduire la charge thérapeutique et proposer des solutions
efficaces chez les patients avec inhibiteurs. Dans ce contexte, cette étude a
été initiée de sorte à présenter le fitusiran, première thérapie basée sur
l’ARN interférent (siRNA) approuvée dans l’hémophilie, et d’évaluer son
mécanisme d’action, son efficacité clinique et son potentiel à transformer la
prise en charge de la maladie.
Peut-on contrôler l’hémophilie autrement ?
L’étude repose sur l’analyse des données issues de plusieurs
essais cliniques de phase III (ATLAS-INH, ATLAS A/B et ATLAS-OLE), incluant des
patients atteints d’hémophilie A ou B, avec ou sans inhibiteurs. Ces essais
comparent le fitusiran administré en prophylaxie à des traitements standards
(agents de contournement ou facteurs de coagulation à la demande).
Le fitusiran agit selon un mécanisme innovant : il cible le
gène SERPINC1 dans le foie pour réduire la production d’antithrombine.
Cette diminution permet d’augmenter l’activité de la thrombine et de rétablir
l’équilibre de la coagulation, indépendamment du déficit en facteur VIII ou IX
et de la présence d’inhibiteurs.
Les résultats des essais cliniques montrent une réduction
significative du taux annuel de saignements (ABR) chez les patients traités
par fitusiran :
- chez
les patients avec inhibiteurs : réduction importante comparée aux agents
de contournement (5,1 vs 19,1),
- chez
les patients sans inhibiteurs : réduction marquée comparée aux traitements
standards (9,0 vs 31,4).
Un autre avantage majeur est la simplicité du schéma
posologique, avec une administration sous-cutanée espacée (tous les deux
mois avec ajustement individualisé), améliorant potentiellement l’adhésion au
traitement.
Cependant, des effets indésirables ont été observés,
notamment des événements thrombotiques, des troubles hépatiques et biliaires,
ainsi que des infections. Ces risques ont conduit à l’adaptation du schéma
posologique, basé sur le suivi de l’activité de l’antithrombine afin de
maintenir un équilibre entre efficacité et sécurité.
La coagulation repensée
L’hémophilie reste une maladie chronique nécessitant une
prise en charge à long terme, avec des contraintes thérapeutiques importantes.
Les principaux défis concernent la réduction de la charge de traitement, la
gestion des inhibiteurs et l’amélioration de la qualité de vie des patients.
Cette étude avait pour objectif de présenter le fitusiran
comme une nouvelle approche thérapeutique innovante basée sur l’ARN
interférent. Les résultats montrent que le fitusiran représente une avancée
majeure, en proposant un mécanisme indépendant des facteurs de coagulation
et une réduction significative des saignements, tout en simplifiant le
traitement.
Cependant, certaines limites persistent, notamment les
risques de thrombose et d’atteinte hépatique, ainsi que le manque de données à
long terme sur la sécurité et l’efficacité en conditions réelles.
Les perspectives restent toutefois prometteuses. Le
fitusiran pourrait transformer durablement la prise en charge de l’hémophilie
et ouvrir la voie à d’autres thérapies basées sur l’ARN interférent, à
condition de confirmer son profil de sécurité à long terme.
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court de fer ?À propos
de l'auteure –
Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la
recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie
et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et
accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des
décisions éclairées grâce à une communication percutante.