Par Elodie Vaz | Publié le 18 février 2026 | 3 min de lecture
Chaque année, des milliers de patients
bénéficient d’une greffe de cellules souches ou de moelle osseuse, souvent la
seule option curative pour des hémopathies malignes. Si la phase aiguë de la
transplantation est aujourd’hui mieux maîtrisée, les complications tardives
restent un défi majeur. Parmi elles, la maladie chronique du greffon contre
l’hôte (GVHc) demeure l’une des principales causes de morbidité et de mortalité
après greffe.
demeure l’une des principales causes de
morbidité et de mortalité après greffe.
La GVHc est une affection immunitaire
dans laquelle les cellules du greffon attaquent les tissus sains du receveur.
Elle peut toucher plusieurs organes (peau, yeux, bouche, articulations,
poumons) et entraîner une altération fonctionnelle sévère, voire le décès. Le
plus souvent, la maladie se développe de façon silencieuse, bien avant
l’apparition des premiers symptômes cliniques.
Anticiper
l’irréversible
Des chercheurs du MUSC Hollings Cancer
Center ont cherché à identifier ces signaux précoces invisibles. Leur objectif
: prédire le risque futur de GVHc et de mortalité liée à la greffe avant toute
manifestation clinique.
« Au moment où la GVHD chronique est
diagnostiquée, la maladie évolue souvent depuis des mois, affectant
silencieusement l’organisme », explique dans un communiqué de presse la Pr
Sophie Paczesny, co-responsable du programme de recherche en biologie et immunologie
du cancer à Hollings et co-autrice de l’étude. « Nous voulions savoir s’il
était possible de détecter les signes avant-coureurs plus tôt, avant même que
les patients ne se sentent malades. » Les résultats de ce travail ont été
publiés le 16 février dans le Journal of Clinical Investigation.
IA,
biomarqueurs et données cliniques
L’étude repose sur l’analyse de 1 310
patients, issus de quatre études multicentriques. Tous avaient bénéficié d’une
greffe de cellules souches ou de moelle osseuse. Des échantillons sanguins
prélevés entre 90 et 100 jours post-greffe ont été analysés afin de mesurer
sept protéines immunitaires, liées à l’inflammation, à l’activation immune et
au remodelage tissulaire.
Ces biomarqueurs ont été combinés à neuf
variables cliniques (âge, type de greffe, pathologie initiale, complications
antérieures, etc.), issues des registres du Centre international de recherche
sur la greffe de sang et de moelle osseuse.
Plusieurs modèles d’apprentissage
automatique ont été testés. Le plus performant, basé sur des arbres de
régression additive bayésienne, a servi de fondation à l’outil BIOPREVENT,
conçu pour estimer le risque futur de GVHc et de mortalité liée à la greffe.
Un signal avant
la maladie
Les modèles intégrant biomarqueurs +
données cliniques se sont révélés systématiquement supérieurs aux modèles
cliniques seuls, notamment pour prédire la mortalité liée à la transplantation.
L’outil a ensuite été validé sur une cohorte indépendante, confirmant sa
robustesse.
BIOPREVENT permet de classer les patients
en groupes à faible et à haut risque, avec des trajectoires cliniques nettement
distinctes jusqu’à 18 mois après la greffe. Fait marquant : certains
biomarqueurs étaient spécifiquement associés à la mortalité, tandis que
d’autres prédisaient préférentiellement l’apparition de la GVHc, suggérant des
mécanismes biologiques partiellement distincts.
Afin de favoriser son adoption,
BIOPREVENT a été transformé en application web gratuite, permettant aux
cliniciens d’entrer les données biologiques et cliniques de leurs patients pour
obtenir une estimation personnalisée du risque.
« Il était important pour nous que ce
projet ne reste pas un modèle théorique », souligne Pr Paczesny. « Rendre
BIOPREVENT accessible gratuitement permet aux chercheurs et aux cliniciens de
le tester et d’améliorer la prise en charge. » Pour l’instant, l’outil est
destiné à la recherche et à l’évaluation du risque, sans guider directement les
décisions thérapeutiques.
Vers une greffe
de précision
Cette étude marque une étape clé vers une
médecine de précision en transplantation, fondée sur l’intégration des données
biologiques et cliniques. Des essais cliniques seront nécessaires pour
déterminer si une surveillance ou des interventions précoces chez les patients
à haut risque peuvent réellement améliorer leur pronostic.
« Il ne s’agit pas de remplacer le
jugement clinique », conclut la Pr Sophie Paczesny, « mais de fournir de
meilleures informations plus tôt afin que les cliniciens puissent prendre des
décisions plus éclairées. » À terme, BIOPREVENT pourrait transformer le suivi
post-greffe. Non plus réactif face aux complications, mais proactif face au
risque.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les
maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie
humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au
chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes.
Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue
que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.