Par Elodie Vaz | Publié le 16 avril 2026 | 3 min de lectureInfection virale majeure, la grippe saisonnière est responsable
chaque année de complications sévères et d’hospitalisations, en particulier
chez les populations vulnérables. Parmi elles, les personnes vivant avec une
obésité sévère (définie par un IMC ≥ 35 kg/m²) représentent un groupe à risque
encore insuffisamment caractérisé dans les essais vaccinaux.
En France, cette condition concerne
environ 6 % de la population adulte, soit plus de trois millions d’individus.
L’obésité est associée à un risque accru de formes graves de grippe, en partie
en raison d’une inflammation chronique et d’altérations du système immunitaire.
Plusieurs travaux pointent du doigt une réponse vaccinale atténuée ou moins
durable dans cette population. Les titres d’anticorps mesurés après
vaccination, notamment par inhibition de l’hémagglutination (HAI), sont
généralement corrélés au niveau de protection, bien que cette relation reste
imparfaite.
Améliorer
l’immunogénicité vaccinale
Dans ce contexte, l’étude clinique
française FLUO, publiée le 19 mars, promue par l’AP-HP et coordonnée par les
réseaux F-CRIN « FORCE » et « I-REIVAC », vise à déterminer si un vaccin
antigrippal de nouvelle génération pourrait induire une réponse immunitaire
supérieure chez les adultes présentant une obésité sévère.
L’hypothèse repose sur l’utilisation d’un
vaccin recombinant, contenant une quantité plus élevée d’antigène, en
l’occurrence l’hémagglutinine, et conçu sans recours au virus entier. Cette
technologie est supposée améliorer la stimulation du système immunitaire.
L’étude FLUO a inclus 206 adultes
recrutés dans 15 centres en France. Les participants ont été randomisés pour
recevoir soit un vaccin antigrippal standard, soit un vaccin recombinant. Les
réseaux F-CRIN impliqués apportent une structuration nationale à l’étude : «
FORCE » fédère 37 centres spécialisés en obésité, tandis que « I-REIVAC »
possède un réseau de référence en vaccinologie adossé à 30 centres cliniques et
des centres de ressources biologiques. L’analyse s’est concentrée sur
l’immunogénicité à court terme (28 jours) et à moyen terme (6 mois), ainsi que
sur la tolérance des vaccins.
Un bénéfice immunitaire à court terme
Les résultats montrent que le vaccin
recombinant induit une réponse immunitaire significativement plus élevée à 28
jours pour trois des quatre souches étudiées (A/H1N1, A/H3N2, B/Yamagata).
Aucune différence n’est observée pour la souche B/Victoria.
En revanche, cet avantage disparaît à six
mois, aucune différence n’étant alors détectée entre les groupes. Ce constat
laisse imaginer un bénéfice essentiellement à court terme, possiblement lié à
une décroissance plus rapide de la réponse immunitaire chez les personnes en
situation d’obésité sévère.
Sur le plan de la sécurité, aucun signal
particulier n’a été identifié. La tolérance est comparable entre les deux types
de vaccins. Il convient toutefois de souligner que FLUO est une étude
d’immunogénicité. Elle ne permet donc pas de conclure directement à une
supériorité en termes d’efficacité clinique, notamment sur la prévention des
infections ou des formes graves.
Vers une
vaccination plus personnalisée
Les résultats de ce travail de recherche
apportent des éléments en faveur d’une adaptation des stratégies vaccinales
chez les populations à risque. Comme le souligne le Pr Paul Loubet, auteur
principal : « Les résultats de FLUO montrent qu’on ne peut plus envisager une
approche unique de la vaccination contre la grippe chez les personnes à risque.
Adapter les stratégies vaccinales, notamment grâce aux vaccins de nouvelle
génération, est une piste concrète pour mieux les protéger ».
À l’heure où la prévalence de l’obésité
continue d’augmenter à l’échelle mondiale, cette étude ouvre ainsi la voie à
une approche plus personnalisée de la prévention vaccinale, tenant compte des
spécificités immunologiques des patients. Elle soulève également des questions
sur la durabilité de la réponse et la nécessité éventuelle d’ajustements, tels
que des rappels plus fréquents ou des formulations vaccinales spécifiques.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.