Hantavirus : pourquoi ce virus rare continue d’inquiéter les réanimateurs ?
3 juin 2026 · Par Ana Espino
Peu connu du grand public, l’hantavirus est pourtant responsable de l’une des infections virales les plus redoutées en soins intensifs. Transmis principalement par l’inhalation de particules contaminées provenant des excréments de rongeurs infectés, il peut provoquer un syndrome cardiopulmonaire sévère (HCPS) caractérisé par une détresse re
Peu connu du grand public, l’hantavirus est pourtant
responsable de l’une des infections virales les plus redoutées en soins
intensifs. Transmis principalement par l’inhalation de particules contaminées
provenant des excréments de rongeurs infectés, il peut provoquer un syndrome
cardiopulmonaire sévère (HCPS) caractérisé par une détresse respiratoire aiguë,
un état de choc et une défaillance multiviscérale. En Amérique du Sud, le virus
des Andes (ANDV) suscite une inquiétude particulière car, contrairement aux
autres hantavirus, il est capable de se transmettre d’une personne à l’autre.
Malgré une meilleure compréhension de la maladie au cours
des dernières décennies, les options thérapeutiques restent limitées. Aucun
traitement antiviral spécifique n’a démontré une efficacité suffisante pour
être recommandé en routine, et la prise en charge repose essentiellement sur le
support des fonctions vitales. La rapidité d’évolution de l’infection, associée
à une mortalité élevée, constitue un défi majeur pour les équipes médicales.
Face à ces enjeux, des chercheurs argentins, chiliens et
espagnols ont réalisé une revue narrative de la littérature afin de synthétiser
les connaissances actuelles sur l’épidémiologie, le diagnostic, les mesures de
prévention et la prise en charge du syndrome cardiopulmonaire à hantavirus à
l’ère de la mondialisation.
Dans les coulisses d’un virus capable de déstabiliser
l’organisme en quelques heures
Les auteurs ont analysé les données les plus récentes
concernant l’infection à hantavirus, avec un intérêt particulier pour le virus
des Andes, principal responsable des formes graves observées en Amérique du
Sud.
La revue rappelle que la maladie débute généralement par une
phase pseudo-grippale associant fièvre, céphalées et myalgies. Mais cette
période, souvent trompeuse, peut rapidement évoluer vers une dégradation
cardiopulmonaire brutale marquée par un œdème pulmonaire, une insuffisance
respiratoire sévère et un état de choc nécessitant une admission en
réanimation.
Les auteurs soulignent l'importance du diagnostic précoce.
Certains marqueurs biologiques apparaissent particulièrement évocateurs,
notamment une thrombopénie importante, une hémoconcentration, une neutrophilie,
la présence d’immunoblastes dans le sang périphérique ou encore une élévation
des lactates déshydrogénases (LDH). Le diagnostic est ensuite confirmé par
sérologie ou par RT-PCR.
La revue met également en lumière une particularité majeure
du virus des Andes : sa capacité démontrée de transmission interhumaine en
Argentine et au Chili. Cette caractéristique impose des mesures d’isolement
renforcées dans certaines régions d’Amérique du Sud et soulève des questions
importantes en matière de prévention des infections hospitalières.
Sur le plan thérapeutique, les résultats montrent que la
prise en charge reste essentiellement symptomatique. Une gestion prudente des
apports hydriques, le recours aux vasopresseurs et la ventilation mécanique
protectrice constituent les piliers du traitement. Les auteurs rappellent que
les corticoïdes n’ont pas démontré de bénéfice suffisant pour être utilisés
systématiquement et que la ribavirine ne semble pas efficace lors de la phase
cardiopulmonaire de la maladie.
À l’inverse, certaines approches suscitent un intérêt
croissant. Le plasma de convalescent apparaît prometteur dans plusieurs études,
tandis que l’oxygénation extracorporelle par membrane (ECMO) s’impose
progressivement comme une option salvatrice chez les patients les plus graves.
Dans plusieurs centres spécialisés, cette technique a permis d’obtenir des taux
de survie particulièrement encourageants chez des patients dont le pronostic
était initialement très défavorable.
Et si l’avenir reposait davantage sur la réanimation que
sur les antiviraux ?
Cette revue confirme que l’infection à hantavirus demeure
une urgence médicale redoutable, caractérisée par une évolution rapide et une
mortalité encore élevée. Elle met également en évidence les défis persistants
liés à l’absence de traitement antiviral efficace et à la nécessité d’un
diagnostic extrêmement précoce.
Les auteurs soulignent que les progrès observés ces
dernières années reposent avant tout sur l’amélioration de la prise en charge
en soins intensifs, l’optimisation des stratégies de ventilation et l’accès à
des techniques avancées comme l’ECMO. La surveillance épidémiologique et les
mesures de prévention restent également essentielles, en particulier dans les
zones où la transmission interhumaine du virus des Andes a été documentée.
Plusieurs questions demeurent toutefois ouvertes. Le rôle
exact du plasma de convalescent, l’intérêt potentiel de certaines stratégies
immunomodulatrices ou encore les meilleures modalités d’isolement continuent de
faire débat. De même, l’absence de vaccin et le risque croissant d’émergence de
maladies zoonotiques dans un contexte de mondialisation renforcent la nécessité
de poursuivre la recherche.
À terme, une meilleure compréhension des mécanismes
physiopathologiques de l’infection pourrait permettre le développement de
traitements ciblés. En attendant, la reconnaissance précoce des cas, le
transfert rapide vers des centres spécialisés et la qualité du support
d’organes restent les meilleures armes pour améliorer le pronostic des patients
atteints d’hantavirus.
À propos de l'auteure – Ana Espino Docteure en immunologie, spécialisée en virologie Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
Connexion requise pour lire la suite
Réservé aux professionnels de santé, inscription gratuite.
Référence scientifique
Chediack V, et al. Hantavirus infection: A narrative review focusing on epidemiology, diagnosis, infection control and treatment in the era of globalisation. Med Intensiva (Engl Ed). 2026 May 26:502523. doi: 10.1016/j.medine.2026.502523. Epub ahead of pri