Par Elodie Vaz |
Publié le 29 avril 2026 | 4 min de lecture
La grossesse est une période clé de la «
programmation développementale », durant laquelle l’environnement maternel peut
influencer durablement la santé de l’enfant. On sait déjà que l’activité
physique pendant la grossesse améliore le métabolisme de la progéniture, en
réduisant notamment le risque d’obésité et de troubles de l’équilibre
énergétique. À l’inverse, le stress prénatal est suspecté d’altérer cette
programmation en perturbant les signaux hormonaux et métaboliques transmis au
fœtus.
Une nouvelle étude publiée le 22 avril
dans The FASEB Journal estime que ces deux facteurs interagissent : chez la
souris, le stress maternel pourrait atténuer les bénéfices métaboliques de
l’exercice sur la descendance, en particulier chez les mâles.
Comprendre
l’effet combiné du stress et de l’exercice
Les chercheurs ont cherché à déterminer
comment le stress psychosocial pendant la grossesse influence les effets
bénéfiques connus de l’exercice maternel sur la santé métabolique des petits.
L’enjeu est double : observer les
conséquences métaboliques chez la descendance et identifier les mécanismes
biologiques impliqués. Les auteurs se sont particulièrement intéressés au tissu
adipeux brun, une graisse dite « bénéfique » capable de brûler de l’énergie
pour produire de la chaleur, contrairement au tissu adipeux blanc qui stocke
les calories.
Focus sur les corticostéroïde
L’étude, intitulée Distinct effects of
maternal stress and exercise on offspring metabolic health, a été menée sur
un modèle murin. Les femelles gestantes ont été exposées à différentes
conditions expérimentales combinant activité physique et stress prénatal.
Les chercheurs ont ensuite évalué la
santé métabolique de la progéniture, en analysant notamment les différences
selon le sexe. Ils ont également examiné les voies moléculaires impliquées dans
le tissu adipeux brun, avec un focus sur les corticostéroïdes, des hormones
essentielles à la régulation de l’équilibre énergétique et de nombreux
processus physiologiques.
Des bénéfices de
l’exercice atténués chez les mâles
Les résultats montrent que l’exercice
pendant la grossesse améliore bien la santé métabolique de la descendance.
Toutefois, ces bénéfices sont réduits lorsque la mère est soumise à un stress
prénatal.
Cet effet semble particulièrement marqué
chez les descendants mâles, suggérant une vulnérabilité sexuelle spécifique
dans la programmation métabolique.
Sur le plan mécanistique, le stress
maternel pourrait modifier les voies de signalisation des corticostéroïdes dans
le tissu adipeux brun de la progéniture. Cette altération pourrait limiter la
capacité de ce tissu à brûler l’énergie, compromettant ainsi les bénéfices
métaboliques normalement induits par l’exercice.
Comme l’écrivent les auteurs, « Ce
travail fournit un cadre pour comprendre comment les facteurs psychosociaux
peuvent modifier les interventions basées sur l’exercice pendant la grossesse
et souligne l’importance de prendre en compte le contexte de stress maternel
dans les études sur la programmation métabolique développementale. »
Nouvelles perspectives pour la
prévention des maladies métaboliques
Ces travaux renforcent l’idée que la
santé métabolique de l’enfant se construit dès la vie intra-utérine, sous
l’influence conjointe de facteurs biologiques, comportementaux et
psychosociaux.
Même si ces résultats doivent être
confirmés chez l’humain, ils ouvrent de nouvelles perspectives pour la
prévention des maladies métaboliques. À l’avenir, les recommandations autour de
l’activité physique pendant la grossesse pourraient devoir intégrer plus
systématiquement la prise en charge du stress maternel, afin d’optimiser les
bénéfices pour les générations futures.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en
2023
Élodie, explore les empreintes que les
maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie
humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au
chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes.
Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue
que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.