Les sources de protéines alimentaires modulent la sensibilité à Clostridium difficile à travers le microbiote intestinal
29 septembre 2022
Les infections à Clostridium difficile, cause majeure d’infections nosocomiales, surviennent le plus souvent dans le cadre d’une dysbiose intestinale, provoquée par un traitement antibiotique. En temps normal, le microbiote intestinal prévient les infections à Clostridium difficile par la compétition vis-à-vis des nutriments et par la production de certains métabolites, comme les acides biliaires
Les infections à Clostridium
difficile, cause majeure d’infections nosocomiales, surviennent le plus
souvent dans le cadre d’une dysbiose intestinale, provoquée par un traitement
antibiotique. En temps normal, le microbiote intestinal prévient les infections
à Clostridium difficile par la compétition vis-à-vis des nutriments et par
la production de certains métabolites, comme les acides biliaires secondaires,
les acides gras à chaînes courtes ou la bactériocine. Néanmoins, la présence de
certains microorganismes favorise l’infection à C. difficile, comme Bacteroides
thetaiotaomicron, en fournissant des sources de carbone à l’agent pathogène.
Le microbiote intestinal, et donc la susceptibilité aux infections à C.
difficile, est principalement influencé par les aliments ingérés. Mais les
mécanismes sous-jacents restent encore mal connus.
Dans une nouvelle étude, des
chercheurs ont étudié l’effet de l’interaction entre certains aliments et le
microbiote intestinal sur la susceptibilité et la sévérité de l’infection à C.
difficile. Ils ont eu recours à deux alimentations différentes, naturelle et
purifiée, avec la même valeur nutritionnelle mais des composants alimentaires
différents, testées sur un modèle de souris infectée par C. difficile et
des souris contrôles non infectées.
Ils ont mis en évidence qu’une
protéine de soja augmenterait la mortalité chez les souris traitées par
antibiotiques puis infectées par C. difficile, en augmentant les niveaux
intestinaux d’acides aminés et l’abondance relative du genre Lactobacillus.
La fermentation des protéines de soja par une protéase pariétale
extracellulaire de Lactobacillus entraînerait la production d’acides
aminés et favoriserait la croissance de C. difficile. Cet effet de la
protéine de soja n’était pas retrouvé avec la même ampleur avec un autre type
de protéine, comme la caséine. La digestibilité de la protéine, supérieure dans
le cas de la caséine (protéine d’origine animale), par rapport à la protéine de
soja (protéine d’origine végétale), et donc le maintien de la protéine dans son
état natif pendant un temps plus long dans le tractus digestif pourrait
expliquer les différences sur le microbiote intestinal entre les deux
protéines. Ce résultat concorde avec des données antérieures, faisant état de
l’utilisation des acides aminés par C. difficile pour produire de l’ATP via
une réaction rédox (Stickland pathway).
La modulation de la
susceptibilité à l’infection par C. difficile en fonction des sources de
protéines alimentaires indique des interactions mutuelles entre les aliments et
le microbiote intestinal, capables de contrôler les infections à C.
difficile. Sélectionner certaines sources de protéines alimentaires après
un traitement antibiotique pourrait être une stratégie préventive contre ces
infections. Toutefois, l’étude présente quelques limites. Elle porte sur une
souche probiotique de souris, possédant une protéase capable de dégrader les
protéines de soja, alors que la source de protéine optimale pour la protéase
des Lactobacilles humains n’est pas encore identifiée. Connaître la spécificité
de substrat des protéases du microbiote intestinal pourrait permettre de
prédire quelles sources de protéines peuvent augmenter la susceptibilité aux
infections par C. difficile. De plus, d’autres enzymes que celle
identifiée dans l’étude pourraient hydrolyser les protéines de soja et
contribuer à l’augmentation des niveaux d’acides aminés. Des travaux
complémentaires sont donc nécessaires pour les identifier.
Cette étude est la première à
montrer que l’alimentation avec un régime riche en protéines de soja peut
augmenter les infections à C. difficile dans le cadre d’une dysbiose
post-antibiotique chez la souris. La transposition de ces données de la souris
à l’homme doit désormais être évaluée pour identifier l’impact des apports en
protéines de soja sur l’incidence et la sévérité des infections à C.
difficile.
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Référence scientifique
Kyosuke Yakabe et al. Dietary-protein sources modulate host susceptibility to Clostridioides difficile infection through the gut microbiota. Cell Reports 40, 111332, September 2022.