Par Elodie Vaz | Publié le 28
avril 2026 | 3 min de lecture
La leucémie aiguë myéloïde (LAM) est la
forme la plus fréquente de leucémie aiguë chez l’adulte, avec une incidence
croissante après 60 ans. Cette hémopathie maligne se traduit par une
prolifération incontrôlée de cellules immatures - les blastes - dans la moelle
osseuse et le sang périphérique, perturbant l’hématopoïèse normale. Malgré des
avancées thérapeutiques récentes, le pronostic reste défavorable, en raison
notamment d’un taux élevé de rechute. Ces échecs thérapeutiques sont largement
attribués à une sous-population rare de cellules souches leucémiques (CSL),
capables d’échapper aux traitements cytotoxiques conventionnels et de réinitier
la maladie.
Dans ce contexte, une équipe du Centre de
recherches interdisciplinaires en cancérologie de Lille (Inserm/Université de
Lille/CHU de Lille/CNRS) s’est intéressée à la protéine membranaire CD81. Déjà
impliquée dans la communication interprotéique au sein de la membrane
cellulaire et surexprimée dans certains cancers, cette protéine pourrait jouer
un rôle clé dans la biologie des CSL. L’objectif de l’étude est d’évaluer sa
pertinence comme biomarqueur pronostique et comme cible thérapeutique dans la
LAM.
Une protéine au cœur du problème
Les chercheurs ont analysé une cohorte de
252 échantillons de patients au diagnostic et 38 en situation de rechute.
L’expression de CD81 à la surface des blastes a été corrélée aux données
cliniques. En parallèle, des modèles expérimentaux in vitro ont permis de
moduler l’expression de la protéine afin d’en étudier les conséquences
fonctionnelles. Ces observations ont été complétées par des modèles murins de
LAM. Enfin, une technologie de pointe a permis d’isoler spécifiquement les CSL
afin d’analyser finement leur profil d’expression de CD81.
Les analyses montrent qu’une
surexpression de CD81 est associée à une mauvaise réponse thérapeutique. Cette
expression augmente entre le diagnostic et la rechute, ce qui laisse penser à
un rôle dans la résistance aux traitements. Sur le plan fonctionnel,
l’augmentation de CD81 rend les blastes plus résistants à la chimiothérapie et
s’accompagne de modifications morphologiques de la membrane favorisant leur
capacité d’infiltration. Ces observations sont confirmées in vivo, où la
surexpression de CD81 est corrélée à une charge leucémique plus élevée et à une
infiltration tissulaire accrue.
Une cible prometteuse pour de futurs
traitements
L’étude met également en évidence que les
CSL surexprimant CD81 augmentent significativement au moment de la rechute.
Cette population est associée à un risque accru de rechute et à une survie
globale plus courte. « Nos travaux montrent que la protéine CD81 peut être
considérée comme un nouveau marqueur des cellules souches leucémiques. Comme
ces cellules réussissent à échapper à la chimiothérapie, les cibler via cette
protéine CD81 pourrait représenter une stratégie thérapeutique efficace, en
complément des traitements déjà existants », explique Dr Meyling Cheok dans un
communiqué de presse de l’Inserm.
Sur le plan thérapeutique, un anticorps
anti-CD81 a été évalué. Celui-ci ne présente pas de toxicité sur les cellules
saines in vitro et, chez la souris, son administration en combinaison avec la
chimiothérapie entraîne une réduction durable de la charge tumorale, une
diminution de l’agressivité de la maladie, un retard de la rechute et une
amélioration de la survie.
Ces résultats positionnent CD81 à la fois
comme un biomarqueur pronostique et comme une cible thérapeutique potentielle
dans la LAM. Le ciblage des CSL via la protéine CD81 pourrait permettre de
surmonter l’un des principaux obstacles thérapeutiques, à savoir la persistance
de cellules résistantes. « Si ces résultats venaient à être confirmés, le
ciblage du CD81 pourrait s’avérer efficace non seulement contre les cellules
leucémiques persistantes, mais aussi en tant que traitement de deuxième
intention en cas de rechute », conclut Meyling Cheok.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en
2023
Élodie, explore les empreintes que les
maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie
humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au
chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes.
Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue
que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.