Par Lila Rouland | Publié le 22 septembre 2025 | 3 min de lecture#Hématologie #LeucémieLymphoïdeChronique
La leucémie myélomonocytaire chronique (LMMC) est une
hémopathie clonale rare, située à la frontière entre les syndromes
myélodysplasiques et les néoplasmes myéloprolifératifs. Elle survient surtout
chez les personnes âgées (âge médian >70 ans) et se caractérise par une
monocytose persistante et un risque élevé (15–20 % à 5 ans) de transformation
en leucémie myéloïde aiguë (LMA)
Cliniquement, deux formes se distinguent :
- Forme dysplasique (dLMMC) : dominée par
les cytopénies et une évolution relativement lente.
- Forme proliférative (pLMMC) : marquée par
les mutations RAS, la splénomégalie et une survie plus courte (18–24 mois
contre 45–60 mois pour la dLMMC)
Au cœur de la pathogénie, le vieillissement des cellules
souches hématopoïétiques favorise l’accumulation de mutations (TET2, ASXL1,
SRSF2, RAS), qui modifient l’équilibre entre différenciation et inflammation.
Les monocytes clonaux, très inflammatoires, expliquent le lien avec les
maladies auto-immunes et le sur-risque cardiovasculaire. Les cellules
dendritiques plasmacytoïdes, souvent porteuses de CD123 et d’IDO, participent à
l’immunotolérance et à la progression leucémique
Cibler, combiner, innover : la nouvelle ère du traitement
Le seul traitement potentiellement curatif reste la greffe
allogénique de cellules souches, rarement accessible aux patients âgés. En
pratique, les agents hypométhylants (azacitidine, décitabine) demeurent
la norme, mais avec des résultats modestes (<50 % de réponses, <20 % de
rémissions complètes). Les mutations TET2 (sans ASXL1) sont associées à une
meilleure réponse.
Face à ces limites, plusieurs pistes émergent :
- Épigénétique : ascorbate pour restaurer
l’activité TET2, inhibiteurs d’HDAC.
Voies de signalisation : inhibiteurs de
MEK (trametinib), nouvelles molécules ciblant KRAS ou RAS pan-GTPase - Voies de signalisation : inhibiteurs de
MEK (trametinib), nouvelles molécules ciblant KRAS ou RAS pan-GTPase
- Inflammation et microenvironnement :
lenzilumab (anti-GM-CSF) avec des résultats prometteurs dans l’essai PREACH-M
(55 % de rémissions complètes) ; ruxolitinib (anti-JAK2) pour les formes
GM-CSF–sensibles ; canakinumab (anti-IL-1β) et inhibiteurs de NLRP3 pour
bloquer la boucle inflammatoire
-
Ciblage immunologique : tagraxofusp
dirigé contre CD123 pour prévenir la transformation en LMA ; sabatolimab
(anti-TIM-3) exploré en association avec les agents hypométhylants.
- Apoptose : venetoclax, efficace dans la
LMA, montre une activité réduite dans la LMMC à cause de la résistance des
clones monocytaires
Un futur encore à construire
La CMML résulte de l’interaction entre mutations fondatrices
(TET2, SRSF2, ASXL1), activation des voies de signalisation (RAS) et
dérégulation immuno-inflammatoire, conduisant à une monocytose clonale et à une
évolution variable jusqu’à la LAM.
Les traitements actuels (agents hypométhylants) restent
limités et l’allogreffe est rarement accessible.
L’avenir thérapeutique repose sur des stratégies
combinées ciblant à la fois les voies de signalisation, l’épigénome et
l’immunité, afin de modifier réellement la biologie de la maladie et améliorer
le pronostic.
À lire également : CMML : une cible enfin dans le viseur ?
À propos de l'auteure – Lila RoulandDocteure en cancérologie, spécialisée en biotechnologies et marketing
Forte d’une double compétence scientifique et marketing, Lila met son expertise au service de l’innovation en santé. Après 5 années en recherche académique internationale, elle s’est tournée vers l’information médicale et scientifique en industrie pharmaceutique. Aujourd’hui rédactrice-conceptrice, elle s’attache à valoriser les savoirs scientifiques et à les transmettre avec clarté et pertinence aux professionnels de santé.