Par Carolina Lima | Publié le 17 février 2026 | 3 min de lecture
En tant que professionnels de santé, la plupart d’entre nous
seront, à un moment de leur carrière, confrontés à l’une des situations les
plus dévastatrices qui soient : l’annonce d’un cancer pédiatrique avancé.
Comprendre comment les familles vivent les discussions
pronostiques est essentiel. L’étude intitulée « We’re going to get through this
together » offre un éclairage précieux sur la manière dont les patients, les
parents et les oncologues eux-mêmes perçoivent le soutien émotionnel lors de
ces échanges.
L’étude repose sur des entretiens menés auprès de 25
patients (âgés de 12 à 25 ans), 40 parents et 20 oncologues, tous revenant sur
leur expérience de discussions autour d’un pronostic défavorable. Quatre thèmes
majeurs se dégagent clairement :
- fournir
une information fiable,
- prendre
le temps et créer un espace,
- valider
les émotions,
- préserver
un niveau d’espoir approprié.
1. Une information fiable
Les familles ont souligné un point simple : lorsque la
situation est accablante, la clarté devient en elle-même une forme de soutien
émotionnel. Les parents ont insisté sur la nécessité d’une communication
honnête et directe, même lorsque la vérité est douloureuse.
Comme l’a exprimé un parent :
« Soyez direct, soyez honnête… donnez aux parents tous les faits pour qu’ils
puissent prendre les meilleures décisions. » (Parent, cohorte 2)
Les cliniciens ont également reconnu l’importance de rester
disponibles pour un suivi. Certaines familles ont mentionné que pouvoir
recontacter le médecin par e-mail ou par téléphone apportait un réconfort à la
fois pratique et émotionnel, au moment d’intégrer les nouvelles informations.
2. Temps, espace, présence
L’une des demandes les plus universelles des familles était
simple : ne nous pressez pas.
Des parents ont décrit combien il était difficile de
recevoir une mauvaise nouvelle puis de voir le médecin quitter rapidement la
pièce. L’un d’eux a déclaré :
« Ne m’annoncez pas une mauvaise nouvelle pour ensuite partir en courant…
restez avec moi jusqu’à ce que nous puissions nous ressaisir. » (Parent,
cohorte 3)
Les patients souhaitaient disposer d’un espace privé et
calme pour assimiler l’information, sans discussion dans le couloir ni
interruption. Certains adolescents demandaient même que le médecin sorte
brièvement afin de pouvoir reprendre contenance avant de poursuivre.
Les oncologues partageaient cette nécessité, reconnaissant
leur propre besoin de bloquer un temps dédié :
« Quand je m’assieds, je m’attends à disposer d’un temps conséquent, sans
interruption. » (Oncologue 5)
3. Validation émotionnelle
Presque tous les participants ont identifié la validation
des émotions comme essentielle.
Les parents ont souligné que de simples manifestations
d’émotion partagée pouvaient avoir une portée considérable. L’un d’eux a décrit
combien il était réconfortant de voir son oncologue visiblement ému :
« Cela nous a réconfortés de savoir qu’il ressentait ce que nous ressentions. »
(Parent, cohorte 3)
Les réactions concernant les gestes physiques d’empathie
variaient toutefois : certains accueillaient volontiers un geste comme une main
posée sur l’épaule, tandis que d’autres préféraient l’absence de contact.
Ces divergences rappellent combien ces moments sont
sensibles et combien il est indispensable d’adapter l’approche aux préférences
et aux besoins propres à chaque famille.
4. Préserver un espoir réaliste
Les patients et les parents accordent une grande importance
au maintien de l’espoir, même lorsque le pronostic est défavorable. Pour ces
familles, l’espoir ne se confond pas nécessairement avec la guérison ; il peut
concerner des objectifs atteignables, comme le contrôle des symptômes, le
retour à l’école ou le maintien des liens avec les amis.
Un parent l’a exprimé ainsi :
« S’il y a 1 % de chance, ma fille est ce 1 %, et vous devez la traiter comme
si elle était ce 1 %. » (Parent, cohorte 4)
Dans le même temps, les oncologues ont exprimé leur
vigilance face au risque de nourrir de faux espoirs. Les familles ont toutefois
souligné qu’un espoir honnête, centré sur des objectifs réalistes, n’était pas
trompeur, mais porteur de sens et de vie.
Cela met en évidence l’importance d’un équilibre subtil
entre réalisme et empathie dans l’accompagnement des familles entre les
consultations.
Implications pour la pratique
Cette étude montre que le soutien émotionnel n’est pas un
élément accessoire, en particulier lorsque le pronostic est défavorable. Les
familles attendent de la présence, de la clarté, de l’honnêteté, de l’empathie
et un peu plus de temps que ce que le système permet habituellement.
Pour les cliniciens, cela ne nécessite pas de nouveaux
outils ni de nouveaux traitements. Parfois, il s’agit simplement de pouvoir
dire, avec sincérité :
« Nous allons traverser cette épreuve ensemble. »
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À propos de l’auteure – Carolina Lima
Docteure spécialisée en anesthésiologie
Carolina est spécialiste en anesthésiologie et nourrit
une profonde passion pour l’apprentissage et le partage des connaissances
médicales. Dévouée à l’avancement de sa discipline, la Dre Lima s’efforce
d’apporter à la communauté médicale des perspectives nouvelles fondées sur les
données probantes. Considérant la médecine non pas simplement comme une
profession, mais comme un parcours d’apprentissage continu tout au long de la
vie, la Dre Lima s’engage à rendre l’information complexe claire, pratique et
utile pour les professionnels de santé du monde entier.