Le virus Zika (ZIKV), arbovirus transmis principalement par Aedes aegypti, a provoqué une épidémie majeure en Amérique latine entre 2015 et 2018, avec plus de 500 000 cas rapportés et une augmentation inattendue des malformations congénitales, notamment la microcéphalie. Depuis 2017, l’incidence mondiale a diminué. Toutefois, le virus reste
Par Ana Espino | Publié le 11 mars 2026 | 3 min de lecture
Le virus Zika (ZIKV),
arbovirus transmis principalement par Aedes aegypti, a provoqué une
épidémie majeure en Amérique latine entre 2015 et 2018, avec plus de 500 000
cas rapportés et une augmentation inattendue des malformations
congénitales, notamment la microcéphalie. Depuis 2017, l’incidence mondiale
a diminué. Toutefois, le virus reste endémique dans 92 pays, avec un
risque particulièrement élevé en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Des flambées récentes en Asie en 2024 rappellent la persistance d’un potentiel
épidémique. L’absence de vaccin homologué
ou de traitement antiviral spécifique constitue une limite majeure, en
particulier pour les femmes enceintes et les patients immunodéprimés.
Cette revue publiée en 2025 dans Current Opinion in HIV and AIDS propose
une mise à jour globale sur l’épidémiologie, la transmission, le diagnostic,
les manifestations cliniques et les avancées préventives récentes.
Sommes-nous vraiment prêts
pour une nouvelle épidémie ?
Les auteurs ont réalisé une revue
narrative des publications récentes (2022–2024), incluant données
épidémiologiques, essais cliniques et innovations diagnostiques.
Épidémiologie et transmission
La séroprévalence mondiale
moyenne est estimée à 21 %, avec un pic à 39 % dans les Amériques.
Chez les femmes en âge de procréer, l’incidence a culminé en 2016 à 174/100
000, avant de diminuer de 52 % entre 2016 et 2021.
La transmission dépend
étroitement de la dynamique vectorielle. Les interactions entre microbiote du
moustique et virus modulent la compétence vectorielle. Le changement climatique
pourrait élargir la distribution géographique des vecteurs vers des zones
tempérées.
Diagnostic : un défi de
spécificité
La réaction croisée
sérologique avec la dengue reste un obstacle majeur. De nouvelles protéines
multiepitope et des molécules synthétiques spécifiques du ZIKV sont en
développement pour améliorer la spécificité sérologique. Les approches
multiplex PCR et la surveillance des eaux usées représentent des outils
prometteurs pour la détection précoce.
Manifestations cliniques et
risque materno-fœtal
Si la majorité des infections
sont bénignes, trois complications majeures sont décrites : syndrome de
Guillain-Barré, thrombocytopénie immune rare et surtout syndrome
congénital Zika. Une méta-analyse brésilienne
portant sur 1548 grossesses exposées rapporte un risque de microcéphalie de
2,6 % et d’anomalies neurologiques fonctionnelles de 18,7 % . Le
risque de mortalité chez les enfants atteints de syndrome congénital est
multiplié par 11,3.
Aucune augmentation significative
des complications n’a été confirmée chez les patients vivant avec le VIH.
Prévention et perspectives
thérapeutiques
Plusieurs plateformes vaccinales
sont en phase 1 : vaccins inactivés, ADN, vecteurs adénoviraux et vaccins à
ARN messager, dont le candidat mRNA-1893 montre une réponse
neutralisante robuste et durable. Les anticorps monoclonaux ciblant
la protéine d’enveloppe représentent une stratégie prometteuse, bien que le
risque d’amplification dépendante des anticorps (ADE) en cas d’immunité
croisée dengue constitue un défi majeur. Concernant les antiviraux, seul
le galidesivir a atteint une phase 1 clinique, avec un profil de
tolérance acceptable.
Prévenir avant le prochain
pic
Le virus Zika demeure
endémique dans de nombreuses régions tropicales malgré l’absence d’épidémie
majeure récente. Le principal défi reste la prévention des complications
congénitales, particulièrement chez les femmes enceintes. Cette revue visait à actualiser
les données épidémiologiques et à évaluer les avancées diagnostiques et
vaccinales. Les progrès sont significatifs en matière de raffinement
sérologique et de développement vaccinal, mais aucune solution préventive
ou curative n’est encore disponible en pratique courante.
Les limites résident dans la
faible circulation actuelle du virus, qui freine la conduite d’essais de phase
3.
À terme, la mise en place
d’outils de surveillance globale, l’optimisation des tests différenciant
ZIKV et dengue, et la disponibilité de vaccins efficaces seront déterminantes
pour prévenir une nouvelle flambée épidémique et protéger les populations les
plus vulnérables.
À propos de l'auteure – Ana Espino Docteure en immunologie, spécialisée en virologie Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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Référence scientifique
de Jong HK, et al. Zika virus: an overview update. Curr Opin HIV AIDS. 2025 May 1;20(3):294-302. doi: 10.1097/COH.0000000000000926. Epub 2025 Mar 17. PMID: 40048580; PMCID: PMC11970592