Les infections à Escherichia coli producteurs de Shiga-toxines (STEC) représentent la principale cause de syndrome hémolytique et urémique (SHU) chez l’enfant. Cette complication sévère associe anémie hémolytique, thrombopénie et insuffisance rénale aiguë, engageant parfois le pronostic vital. Malgré une surveillance structurée, l’identif
Par Ana Espino | Publié le 1er avril 2026 | 4 min de lecture
Les infections à Escherichia
coli producteurs de Shiga-toxines (STEC) représentent la principale
cause de syndrome hémolytique et urémique (SHU) chez l’enfant. Cette
complication sévère associe anémie hémolytique, thrombopénie et insuffisance
rénale aiguë, engageant parfois le pronostic vital. Malgré une surveillance
structurée, l’identification des sources de contamination reste complexe, en
raison de la diversité des vecteurs alimentaires et du caractère souvent
inattendu des expositions. En 2022, une augmentation
inhabituelle de cas pédiatriques de SHU a été observée en France, déclenchant
une investigation nationale d’ampleur. L’identification de la source
constituait un défi majeur, dans un contexte d’expositions multiples et
d’absence de signal évident. Cette étude, publiée dans Eurosurveillance
en 2026, avait pour objectif de décrire de manière intégrée les investigations
épidémiologiques, microbiologiques et de traçabilité, afin d’identifier
l’origine de l’épidémie et d’en tirer des enseignements concrets pour la sécurité
alimentaire.
Une simple pizza peut-elle
déclencher une épidémie ?
Au total, 59 cas ont été
identifiés entre janvier et avril 2022, dont 50 cas de SHU pédiatrique
et 2 décès, illustrant la sévérité de l’épidémie. L’âge médian était de 6
ans, avec une prédominance dans le nord de la France. L’analyse épidémiologique,
combinant interviews, données de cartes de fidélité et étude cas-témoins,
a permis d’identifier une association forte entre la maladie et la consommation
de pizzas surgelées d’une marque spécifique. L’étude cas-témoins montre
un risque très élevé.
Les investigations de traçabilité
ont identifié une usine unique produisant ces pizzas. Une particularité
majeure était l’absence de précuisson de la pâte, contrairement aux
standards habituels.
Les analyses microbiologiques ont
confirmé la présence de STEC O26:H11 et O103:H2 dans la pâte à pizza
et la farine, avec des souches génétiquement identiques à celles retrouvées
chez les patients. La contamination aurait été
favorisée par des conditions de production spécifiques, notamment une phase
de levée à 35°C, propice à la croissance bactérienne. De plus, la cuisson
domestique pouvait être insuffisante pour éliminer le pathogène, notamment en
raison d’une pâte épaisse et d’une température mal atteinte dans certains
fours. Après le rappel des produits
le 18 mars 2022, une diminution rapide des cas a été observée, confirmant
le rôle causal des pizzas dans l’épidémie.
Un risque alimentaire
sous-estimé
Les
infections à STEC constituent un enjeu majeur de santé publique,
particulièrement chez l’enfant en raison du risque de SHU sévère. Cette
étude visait à identifier l’origine d’une épidémie nationale d’ampleur
et à en décrypter les mécanismes de transmission. Les résultats
mettent en évidence le rôle d’un vecteur inattendu, les pizzas surgelées à
pâte non précuite, soulignant la vulnérabilité de certaines chaînes de
production et remettant en question des hypothèses établies en sécurité
alimentaire. Des zones
d’incertitude persistent néanmoins, notamment concernant la survie des
bactéries malgré la cuisson et les étapes précises de la contamination
initiale. Bien que
nécessitant des investigations complémentaires, ces données appellent à une réévaluation
des pratiques industrielles et des recommandations aux consommateurs. À
terme, elles pourraient contribuer à renforcer les normes de sécurité des
produits à base de farine et à limiter le risque d’épisodes épidémiques
similaires.
À propos de l'auteure – Ana Espino Docteure en immunologie, spécialisée en virologie Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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Référence scientifique
Krug C, et al. Nationwide outbreak of Shiga toxin-producing Escherichia coli infections associated with frozen pizzas, France, 2022. Euro Surveill. 2026 Feb;31(8). doi: 10.2807/1560-7917.ES.2026.31.8.2500506. PMID: 41755724