Par Carolina Lima | Publié le 9 mars 2026 | 3 min de lecture
La lésion aiguë de la moelle épinière (SCI, spinal cord
injury) demeure l’une des affections les plus complexes et les plus
invalidantes en médecine. Malgré les progrès des soins d’urgence, de la
neurochirurgie et de la rééducation, la récupération motrice chez les patients
présentant une lésion médullaire complète (AIS A) reste extrêmement rare. Les
données historiques montrent de façon constante que moins de 15 % de ces
patients récupèrent une quelconque activation musculaire volontaire en dessous
du niveau de la lésion. Dans ce contexte, une récente étude pilote brésilienne
évaluant la polylaminine — une forme polymérique stabilisée de la laminine —
apporte des résultats inattendus et cliniquement significatifs.
Comprendre la polylaminine
La laminine est une protéine de la matrice extracellulaire
essentielle au développement et à la régénération du système nerveux. Elle
favorise la survie neuronale, la migration cellulaire, l’extension axonale et
l’intégrité de l’organisation neurovasculaire des tissus. Lorsque son
expression est perturbée, la régénération neuronale est fortement compromise.
La polylaminine est une version synthétique produite en
laboratoire, plus stable et plus structurée, qui reproduit les propriétés de la
laminine. Des études précliniques chez le rat avaient déjà montré que la
polylaminine réduit l’inflammation, préserve la structure tissulaire et
augmente le nombre d’axones en régénération après une lésion médullaire. Ces
résultats se sont révélés suffisamment cohérents pour encourager les chercheurs
à passer à l’évaluation chez l’humain.
Confirmation des données précliniques
Avant de lancer l’essai clinique chez l’humain, l’équipe de
recherche a mené cinq expériences animales supplémentaires utilisant un modèle
de compression médullaire modérée chez le rat. Au total, 106 animaux ont été
évalués : 51 traités par polylaminine et 55 servant de contrôles non injectés.
Les résultats fonctionnels ont été évalués à l’aide du score
locomoteur BBB (Basso, Beattie, Bresnahan). Les rats traités par
polylaminine ont montré une récupération locomotrice significativement
supérieure à celle des témoins, atteignant une quasi-ambulatoire complète à la
huitième semaine.
L’analyse microscopique a également confirmé la présence
d’axones en régénération traversant le site de la lésion, suivant les voies de
laminine — un résultat compatible avec une véritable réparation structurelle.
L’essai pilote chez l’humain
Encouragés par ces données précliniques solides, les
chercheurs ont réalisé une première étude pilote chez l’humain, ouverte, à bras
unique.
Huit adultes présentant une lésion médullaire confirmée AIS
A ont été inclus selon des critères AIS stricts, comprenant l’évaluation de la
contraction anale volontaire, de la pression anale profonde et de la
sensibilité sacrée.
Tous les participants ont reçu une injection
intraparenchymateuse unique de polylaminine, généralement dans un délai moyen
de 2,3 jours après le traumatisme.
Malgré la taille limitée de l’échantillon, les résultats
sont remarquables :
- Les
six participants ayant survécu au premier mois ont retrouvé une
contraction motrice volontaire sous le niveau de la lésion.
- Un
patient a récupéré une capacité complète de marche, tandis qu’un autre a
présenté une amélioration du niveau sensitif et une activation volontaire
de muscles sur plusieurs segments. Les améliorations les plus marquées ont
été observées chez les patients présentant des lésions cervicales.
- Au
total, 75 % de la cohorte (6 patients sur 8) sont passés d’un statut AIS A
à AIS C ou D, un taux largement supérieur à l’évolution naturelle
habituellement observée.
- Les
évaluations électrophysiologiques ont montré la réapparition de potentiels
moteurs et sensitifs chez certains patients, soutenant les améliorations
neurologiques observées lors des examens cliniques.
Perspectives
Si ces résultats sont confirmés dans les phases ultérieures
des essais cliniques, la polylaminine pourrait représenter une avancée
significative dans le traitement des lésions médullaires aiguës.
Pour les professionnels de santé brésiliens, il est
difficile de ne pas ressentir une certaine fierté face à ces résultats
encourageants. Il est rare qu’une thérapie entièrement développée au sein de la
communauté scientifique nationale montre des résultats aussi prometteurs à un
stade aussi précoce, en particulier dans une pathologie où la récupération est
historiquement très limitée.
Toutefois, l’enthousiasme doit rester mesuré. Cette première
étude est de petite taille, non randomisée et sans groupe contrôle. Des essais
plus larges et méthodologiquement plus rigoureux seront indispensables pour
confirmer ces observations.
Malgré ces limites, les améliorations observées dépassent
largement ce que l’on attend habituellement de la récupération spontanée, ce
qui constitue un signal scientifique important.
Pour les personnes vivant avec une tétraplégie chronique et
leurs familles, ce type de recherche peut raviver l’espoir. Même si la
polylaminine s’avère surtout efficace dans la phase aiguë, chaque progrès dans
la réparation de la moelle épinière rapproche la médecine de traitements
susceptibles d’aider, à terme, les patients chroniques.
Les progrès sont rarement rapides, mais des études comme
celle-ci rappellent que des avancées significatives restent possibles.
À propos de l’auteure – Carolina LimaDocteure spécialisée en anesthésiologie
Carolina est spécialiste en anesthésiologie et nourrit une profonde passion pour l’apprentissage et le partage des connaissances médicales. Dévouée à l’avancement de sa discipline, la Dre Lima s’efforce d’apporter à la communauté médicale des perspectives nouvelles fondées sur les données probantes. Considérant la médecine non pas simplement comme une profession, mais comme un parcours d’apprentissage continu tout au long de la vie, la Dre Lima s’engage à rendre l’information complexe claire, pratique et utile pour les professionnels de santé du monde entier.