Par Elodie Vaz | Publié le 16 mars 2026 | 3 min de lecture
Le cancer de l’ovaire demeure l’un des
cancers gynécologiques les plus redoutables, notamment en raison de diagnostics
souvent tardifs et d’une forte propension à développer des résistances
thérapeutiques. La forme la plus fréquente
et la plus agressive est le cancer de l’ovaire séreux de haut grade, qui répond
initialement à la chimiothérapie avant de devenir, dans de nombreux cas,
réfractaire aux traitements.
Si les immunothérapies, notamment les
inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, ont profondément transformé la
prise en charge de plusieurs cancers solides, leurs résultats restent limités
dans le cancer de l’ovaire. L’une des raisons majeures : les cellules
cancéreuses modulent leur environnement immunitaire de façon à affaiblir la
réponse de l’organisme et à échapper à l’attaque des cellules immunitaires.
Dans ce contexte, une étude menée par des
chercheurs de University of California San Diego et publiée dans la revue Cell
en mars 2026, propose une nouvelle stratégie thérapeutique visant à
reprogrammer cette interaction entre tumeur et système immunitaire.
Comprendre comment lever l’immunosuppression tumorale
L’objectif de ce travail de recherche est
d’identifier des mécanismes moléculaires capables de modifier la communication
entre les cellules tumorales ovariennes et les cellules immunitaires
environnantes, afin de restaurer une réponse immunitaire efficace.
Les chercheurs s’intéressent tout
particulièrement à une protéine intracellulaire, la kinase d’adhérence focale,
ou FAK, connue pour être fortement activée dans de nombreux cancers de l’ovaire
et impliquée dans la progression tumorale.
Selon David D. Schlaepfer, auteur
principal de l’étude et professeur à la faculté de médecine de l’UC San Diego,
« nos résultats révèlent une voie de communication lipidique jusqu'alors
inconnue entre les tumeurs ovariennes et le système immunitaire ». Il ajoute :
« En inhibant la FAK, nous pouvons reprogrammer les macrophages afin qu'ils
favorisent l'immunité antitumorale au lieu de la supprimer.
Une approche expérimentale centrée sur la communication
cellulaire
Pour explorer ce mécanisme, les
chercheurs étudient les conséquences du blocage de l’activité de la FAK dans
des cellules tumorales ovariennes et observent les effets de cette inhibition
sur les cellules immunitaires environnantes.
Ils analysent les signaux moléculaires
produits par les cellules cancéreuses et la façon dont ces signaux sont captés
par les macrophages, des cellules immunitaires clés impliquées dans la
régulation des réponses inflammatoires et immunitaires.
Des modèles murins de cancer de l’ovaire
sont également utilisés afin d’évaluer l’impact thérapeutique d’une stratégie
combinant inhibition de la FAK, chimiothérapie à faible dose et immunothérapie.
Des macrophages reprogrammés en alliés antitumoraux
Les résultats montrent que le blocage de
l’activité de la FAK dans les cellules tumorales modifie profondément leur
communication avec le système immunitaire. Les cellules cancéreuses libèrent
alors de minuscules particules riches en acides gras oméga-3, similaires à ceux
présents dans l’huile de poisson.
Ces particules sont captées par les
macrophages voisins, qui interprètent ces lipides comme des signaux
cellulaires. Sous l’effet de ces signaux, les macrophages adoptent un phénotype
anti-tumoral et produisent la molécule CXCL13.
Cette molécule agit comme un signal
d’attraction pour d’autres cellules immunitaires capables de combattre les
cellules cancéreuses, favorisant ainsi l’infiltration immunitaire au sein de la
tumeur.
Dans les modèles murins, l’association
d’un inhibiteur de FAK avec une chimiothérapie à faible dose et une
immunothérapie a permis de supprimer la croissance tumorale, d’augmenter
l’infiltration de cellules immunitaires et de prolonger la survie des animaux.
Une stratégie thérapeutique prometteuse
Ces travaux mettent en évidence un
mécanisme inédit reliant métabolisme lipidique tumoral et reprogrammation du
microenvironnement immunitaire. En transformant les macrophages d’un rôle
immunosuppresseur vers un rôle immunoactivateur, l’inhibition de la FAK
pourrait lever l’un des principaux obstacles à l’efficacité des immunothérapies
dans le cancer de l’ovaire.
Des médicaments ciblant la FAK sont déjà
évalués dans des essais cliniques pour cette pathologie. Les résultats de cette
étude suggèrent que leur combinaison avec certaines chimiothérapies et
immunothérapies pourrait améliorer significativement la réponse thérapeutique.
Bien que des recherches complémentaires
et des essais cliniques soient nécessaires, cette stratégie ouvre la voie à une
nouvelle génération d’approches visant non seulement à cibler la tumeur
elle-même, mais aussi à remodeler son microenvironnement immunitaire. Une
perspective qui pourrait, à terme, bénéficier aux patientes atteintes de cancer
de l’ovaire et potentiellement à d’autres cancers caractérisés par une forte
immunosuppression tumorale.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.